Guerre au Moyen-Orient : Le tourisme français va-t-il profiter ou pâtir du conflit cet été ?

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Même à plus de 4.000 kilomètres de Téhéran, la guerre en Iran lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou a des répercussions. Et pas seulement sur le prix du carburant qui pèse sur les finances des automobilistes et des entreprises françaises. Privé d’une grande partie de ses touristes aisés venus du Moyen-Orient ou d’Asie, le secteur touristique français tire un peu la langue. Dans les beaux hôtels parisiens, certaines suites ne trouvent pas preneur. Doit-on s’inquiéter pour notre titre de pays le plus visité du monde ? Pas certain. Oui, les touristes venant de loin pourraient être moins nombreux dans l’Hexagone cet été. Mais les craintes et contraintes liées au conflit pourraient aussi convaincre un paquet d’Européens de rester sur leurs terres pour un été tout en sécurité.

Oui, le tourisme français va « profiter » du conflit

Comme pendant la pandémie de Covid-19, les guerres qui encerclent l’Europe pourraient donc inviter à un tourisme en circuit court pour une partie des voyageurs. « La peur et le tourisme ne font pas bon ménage. Le touriste a besoin de confiance, de sécurité, de bien-être, de plaisir. Le risque géopolitique devient une préoccupation centrale dans le choix de ses vacances », estime Dominique Lecea. Le consultant tourisme du cabinet In Extenso rappelle que « dans un contexte de guerre, on a un effet très clair de repli sur soi ». Dans le jargon, on appelle ça le « staycation », ou tourisme de proximité. Dans ce contexte, « la France devient une destination refuge. Pour les Français mais aussi pour les clientèles traditionnelles de l’Hexagone. Je pense que les Belges, les Allemands ou les Néerlandais vont faire de la France une cible prioritaire », estime l’expert.

Dans une enquête menée par l’Ifop, l’Alliance France tourisme annonçait que quatre Français sur dix étaient prêts à modifier leurs projets de vacances pour le printemps et l’été. La moitié d’entre eux affichaient déjà leur préférence pour un séjour en France. Un constat d’autant plus criant chez les personnes plus âgées interrogées par les sondeurs. « Depuis début mars, il y a un attentisme énorme de la part des clients, parce que se projeter dans des vacances d’été en période de guerre, ce n’est pas forcément évident », prolonge Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du tour operating (Seto).

La crainte des couloirs aériens

Dans cette même enquête publiée par l’Ifop, 75 % des Français interrogés jugent que la situation de guerre « est dissuasive pour voyager ou transiter dans la zone ». Peu de gens prendront le risque d’y séjourner. Mais on peut aussi s’interroger sur l’impact de la quasi-fermeture des hubs du Moyen-Orient sur les vols moyen et long courriers. Depuis début mars, 32.000 vols ont déjà été annulés.

« Il y a une inquiétude sur les survols. Par où mon avion va-t-il passer si je dois quitter l’Europe ? C’est un risque psychologique nouveau. C’est difficile à quantifier mais c’est réel », assure Dominique Lecea. Ajoutez à cela une flambée des prix des billets liée notamment à la hausse du prix du pétrole, et vous comprendrez pourquoi les Français ne se précipitent pas sur les habituels sites de réservation.

Et qui va en faire les frais ?

« On ne sera pas les seuls gagnants », prévient Dominique Lecea. A côté de la France, « l’Espagne, la Grèce, l’Italie ou le Portugal » pourraient capter des milliers de visiteurs attirés par la sécurité, selon l’expert en tourisme. Profitant de couloirs aériens jugés plus safe, l’Amérique pourrait également se détacher. Mais d’autres pays vont évidemment pâtir de ce conflit, dont personne ne sait dire quand il pourrait s’arrêter. « Il y a une image de sécurité qui a été largement écornée. Il y a déjà des chutes de fréquentation à Dubaï, à Oman, à Barheïn ou au Qatar », assure Dominique Lecea.

La Jordanie, comme ici le théâtre romain de Jerash près d'Amman, pourrait faire les frais de sa proximité avec le conflit en Iran.
La Jordanie, comme ici le théâtre romain de Jerash près d’Amman, pourrait faire les frais de sa proximité avec le conflit en Iran. - Sergi Reboredo/VWPics

En cas de sortie rapide du conflit, la guerre pourrait faire reculer les arrivées de visiteurs au Moyen-Orient de 11 à 27 % en 2026, selon Oxford Economics. Avant les premiers tirs de missiles, une croissance de 13 % était prévue. « On a aussi des pays limitrophes qui risquent d’en faire les frais. Je pense à l’Arabie saoudite, à la Turquie, à la Jordanie ou à l’Égypte. La peur ne respecte pas les frontières. Il y a un effet de contagion », détaille l’expert du cabinet In Extenso.

Les riches touristes vont-ils venir ?

Si la France va clairement profiter d’un tourisme de proximité, elle va sans doute devoir se passer d’une partie de sa clientèle internationale, notamment la plus fortunée. Les visiteurs du Moyen-Orient pourraient décommander, tout comme les touristes asiatiques, dont les vols sont nettement plus compliqués depuis l’attaque des États-Unis et d’Israël.

« C’est vraiment un point d’interrogation. Car cette perte d’une clientèle haut de gamme est plus lourde sur le plan du chiffre d’affaires par visiteur », prévient Dominique Lecea. Pour Paris ou pour les chics destinations de la Côte d’Azur, l’impact pourrait être notable si le conflit était amené à durer.

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