Évacuations forcées de population, bombardements sur des infrastructures civiles… Au Liban, le sud du pays vit sous la menace d’une invasion israélienne imminente. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a affirmé mercredi 25 mars que son pays était en train d’élargir la « zone tampon » au Liban pour « éloigner la menace des missiles » du mouvement pro-iranien Hezbollah. Cette zone doit s’étendre jusqu’au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière israélienne.
Comme une redite de l’occupation du sud du pays qui a eu lieu pendant dix-huit ans. Après avoir envahi le sud Liban en 1982, Israël avait en effet maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu’à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.
Mardi, le ministre de la Défense, Israël Katz, avait prévenu que les forces armées « manœuvraient à l’intérieur du territoire libanais pour s’emparer d’une ligne de défense avancée » jusqu’au fleuve Litani. Ces derniers jours, cinq ponts ont été détruits sur cette rivière, ne laissant qu’un seul passage ouvert à Tyr. Les troupes israéliennes ont aussi bâti des fortifications et détruit des maisons dans des villages vidés de leurs habitants, rapporte Reuters le 26 mars.
« Le prochain Gaza » ?
« Je crains vraiment que le Liban ne devienne le prochain Gaza », avait alerté Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU dans une interview sur Euronews le 18 mars, en faisant référence au « langage de plus en plus belliqueux des ministres israéliens ». Israël Katz avait alors laissé entendre que le Liban pourrait « perdre du territoire » s’il ne désarmait pas le Hezbollah. « Israël dit qu’il cible le Hezbollah, mais nous voyons des dégâts massifs dans les zones civiles », a mis en garde Tom Fletcher.
Le 23 mars, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui dirige un petit parti d’extrême droite israélien, est allé encore plus loin en appelant à l’annexion du sud Liban, rapporte The Times of Israel. Dans une émission de radio, il a affirmé que cette campagne militaire devait « se terminer sur une réalité radicalement différente, vis-à-vis du Hezbollah mais aussi avec un changement des frontières israéliennes » et que « la nouvelle frontière israélienne doit être le Litani ». Le cabinet de Netanyahou n’avait pas répondu à la demande de commentaires.
Des ordres d’évacuation dans des zones très larges
Pour Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer armes et conflits pour Amnesty International France, des points de comparaisons peuvent être faits entre les tactiques utilisées à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et celles mises en place au Liban. Si à Gaza, comme il le rappelle, Amnesty International a documenté et dénoncé un génocide, ce n’est pas le cas au sud Liban.
Mais comme à Gaza, Israël a émis pour le sud Liban « des ordres d’évacuation généralisés insuffisamment précis pour des zones extrêmement larges, indique-t-il, avec des déplacements forcés de population ». Au Liban, un million de personnes ont été déplacées en quelques jours début mars. Le pays a été entraîné dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, après la mort du guide suprême Ali Khamenei. Cela a déclenché des représailles israéliennes massives.
Cependant, quand une force armée est engagée, elle doit respecter les principes du droit international et humanitaire, c’est-à-dire les principes de précaution, distinction, proportionnalité, rappelle Aymeric Elluin. « Les zones évacuées ne doivent pas être transformées en zones de tir. »
Des cibles civiles bombardées
Deuxième élément de comparaison possible : « les bombardements indiscriminés qui vont frapper des cibles civiles », poursuit Aymeric Elluin, mentionnant des frappes sur des structures financières, comme la banque Al Qard al Hassan ou contre des hôpitaux. « Comme à Gaza avec le Hamas, Israël va frapper au Liban des infrastructures civiles ou chercher à frapper d’autres cibles, en partant du principe qu’il y a affiliation avec le Hezbollah sans apporter de preuves », complète-t-il.
« Des méthodes de guerre, déjà employées par le passé en 2009 ou 2014 à Gaza, sont aujourd’hui utilisées à grande échelle, avec la destruction de ponts d’autoroutes, d’infrastructures civiles, des frappes sur des ambulances », complète Aymeric Elluin. Amnesty International appelle à ce qu’il y ait une commission d’enquête pour établir s’il y a des crimes de guerre ou non au Liban.
La crainte d’un déplacement permanent de la population du sud Liban
Mardi, Israël Katz, le ministre de la Défense israélien a indiqué que les centaines de milliers de résidents évacués vers le nord « ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord [d’Israël] ne sera pas assurée ». Pourtant, la Convention de Genève, à travers son article 49, interdit les transferts forcés de population, et précise qu’une puissance occupante peut procéder à l’évacuation totale ou partielle d’une région seulement si la sécurité de la population ou d’impérieuses raisons militaires l’exigent. Ces déplacements doivent être effectués dans des conditions satisfaisantes de salubrité, de sécurité et d’alimentation.
« Notre crainte sur les ordres d’évacuation, c’est qu’ils soient faits pour déplacer de force, de façon permanente, les populations afin de s’accaparer le territoire, ce qui en droit national est un crime de guerre », dénonce Aymeric Elluin. L’ONG demande que la communauté internationale condamne fermement les agissements d’Israël au sud Liban et à Beyrouth et que des sanctions soient prises pour mettre un terme à ces opérations.
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