Le Liban a menti sur le désarmement du Hezbollah
Au sud du Liban, la ville d’El-Khiam redevient un point de friction majeur entre Israël, le Hezbollah et l’armée libanaise. Selon des officiers israéliens, les forces libanaises n’auraient pas réellement désarmé le mouvement chiite dans cette zone pourtant censée être démilitarisée. L’accusation est lourde, car elle vise non seulement la présence persistante du Hezbollah, mais aussi la crédibilité même des mécanismes de contrôle mis en avant ces derniers mois. Pour l’état-major israélien, les opérations relancées sur le terrain auraient mis au jour une réalité très différente des rapports transmis jusque-là : le Hezbollah se serait réimplanté dans plusieurs secteurs stratégiques et y aurait reconstitué des infrastructures militaires.
Ces derniers jours, les troupes israéliennes ont intensifié leurs opérations autour d’El-Khiam, une localité à haute valeur tactique en raison de son relief et de sa proximité avec la frontière. Depuis cette position en hauteur, il est possible d’observer directement plusieurs localités du nord d’Israël, mais aussi de menacer les axes militaires et civils avec des missiles antichars, des tirs de mortier ou des frappes de précision. D’après les responsables militaires israéliens, des fouilles récentes auraient permis de découvrir de nouvelles positions, des armes et des installations souterraines qui n’avaient pas été neutralisées. Dans cette lecture israélienne, El-Khiam ne serait pas un simple village frontalier, mais une véritable base arrière, pensée pour accueillir combattants, matériel et postes d’observation, au plus près du territoire israélien.
Le point central, toutefois, réside dans l’accusation portée contre l’armée libanaise. Des officiers israéliens affirment avoir été induits en erreur par des rapports laissant entendre que la région avait été traitée et que les capacités du Hezbollah y avaient été démantelées. Cette version n’est pas neutre : elle sert aussi à justifier une nouvelle phase d’opérations plus lourdes, incluant, selon plusieurs indications, des travaux d’ingénierie et des destructions ciblées de bâtiments. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a d’ailleurs annoncé vouloir installer une zone de sécurité plus large au sud du Liban, jusqu’au Litani, ce qui montre que la logique israélienne ne se limite plus à des frappes ponctuelles. Elle tend vers une reconfiguration durable du terrain au nom de la prévention des infiltrations et des attaques transfrontalières.
Mais ce récit israélien s’inscrit dans un contexte plus large, où les lignes entre action militaire, communication stratégique et pression politique sont de plus en plus floues. Depuis le début du mois de mars, la guerre entre Israël et le Hezbollah s’est fortement aggravée, provoquant plus de mille morts au Liban et le déplacement de plus d’un million de personnes. Dans le même temps, les autorités libanaises ont accru la pression sur l’influence iranienne et promis d’agir contre les activités militaires du Hezbollah, sans pour autant convaincre Israël que la menace a réellement reculé. C’est précisément là que se cristallise la tension : pour Beyrouth, il s’agit de préserver une souveraineté fragile ; pour Israël, toute faille dans le désarmement du Hezbollah est interprétée comme un danger immédiat.
Au-delà des accusations et des démonstrations de force, El-Khiam pourrait donc devenir un modèle pour la suite des opérations israéliennes au Liban sud. Si les autorités politiques valident cette approche, la zone pourrait servir de laboratoire pour une stratégie plus vaste de démantèlement systématique. Reste une inconnue majeure : cette pression accrue affaiblira-t-elle réellement le Hezbollah, ou préparera-t-elle une nouvelle phase d’enracinement clandestin et de confrontation prolongée ? À ce stade, la certitude est mince. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le front nord d’Israël est loin d’être stabilisé.
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