«C’est un scandale ! », « C’est de la provocation volontaire », « C’est un crétin ! »… L’auditoire du palais de justice est sorti de ses gonds, ce mercredi après-midi à Toulouse. Et pour cause, le costard cravate de ce co-gérant d’une pizzeria jurait avec le maillot de foot qui l’a amené devant la cour correctionnelle, ce 25 mars.
Devant une salle bondée, le jeune homme de bientôt 24 ans, tatouage sur le visage et lunettes vissées sur le nez comparaissait pour apologie de crime contre l’humanité après une plainte déposée par le Crif pour avoir porté un maillot de foot allemand floqué d’un « 39 » en référence au début de la Seconde Guerre mondiale mais surtout d’un « Einsatzgruppen », nom de l’unité mobile d’intervention et d’extermination du régime nazi. Un vêtement porté dans une salle de sport du quartier Matabiau le 26 novembre dernier, à l’heure de pointe et aperçu notamment par deux personnes juives qui se sont depuis constituées parties civiles n’en « croyant par leurs yeux ».
« Une blague entre potes pour un match de foot »
Devant le tribunal, ce mercredi, le prévenu reconnu, en premier lieu, les faits, selon lui provoqués par « une blague entre potes sur mes origines allemandes pour un match de foot entre nous ». Une simple « blague » qui n’est pas du tout passée du côté des parties civiles, du procureur de la République et du président. « J’ai du mal à voir ce qu’il y a de drôle là-dedans ? », s’est interrogé ce dernier après des explications plus ou moins bancales sur les origines de la grand-mère polonaise du prévenu et sa connaissance partielle de l’histoire des Einsatzgruppen. « Pourquoi pas un résistant allemand ou polonais ? Je ne comprends pas votre démarche… », a enchaîné le juge devant le jeune prévenu, droit comme un piquet sous pression. « Je n’ai pas plus d’explications… Ce n’était pas un hommage. Je regrette amèrement ».
Pourtant la cour est revenue sur cette démarche dite « réfléchie » : un maillot allemand acheté sur le Web, reçu puis floqué… « Je n’avais pas prévu de le porter en public, se défend le jeune homme. J’ai pris un maillot sans faire attention. Ce n’était pas un choix volontaire. »
« Votre défense, elle est foireuse »
La défense du jeune toulousain n’a pas convaincu. Au contraire. « Je vais vous le dire comme je le pense : votre défense, elle est foireuse ! », s’est emporté le procureur de la République. « Vous faites de la provocation sur des morts qui avaient pour seul tort de pratiquer une religion. Vous êtes-vous posé la question de ce que ça peut dire à une personne de confession juive dans la salle de sport ? « Mort aux juifs » ! Est-ce que ça vous serait venu à l’idée d’écrire « Auschwitz forever » ? Est-ce que ça ne serait pas mieux de dire : « j’ai merdé, je suis un crétin, je m’excuse ? » », a-t-il enchaîné comme une leçon.
L’audience est en effet devenue un cours sur l’histoire de l’horreur de la Shoah et des Einsatzgruppen, à travers les réquisitions du procureur et les plaidoiries des avocats des parties civiles pour rappeler le pire. « On parle de la légion de l’enfer qui se vantait de pouvoir tuer plusieurs personnes avec une seule balle. Si on a si peu de textes sur eux, c’est qu’on a très peu de survivants de leurs horreurs », a rappelé avec émotion Me Sztulman, avocat de la Licra et du Crif.
« Ce n’est plus possible d’entendre que c’est une blague. On est sur une banalisation de l’antisémitisme. Le 22 octobre 2025, on était exactement au même endroit pour condamner monsieur Victor O. pour avoir floqué un maillot « Arracheur 2 kippas ». Un mois plus tard quelqu’un s’est autorisé à recommencer. C’est de la provocation », a poursuivi l’avocat représentant le Consistoire juif de Toulouse et l’organisation juive européenne.
« Oui, c’est un crétin, c’est un fait »
Après un enchaînement d’invectives, qui a ébranlé le prévenu, la défense a soutenu une prise de conscience tardive d’une « blague que l’on ne peut pas faire », soulignant l’absence de lien avec un quelconque groupe extrémiste ou antisémite. « Nous parlons ici d’un fait isolé qui relève de l’immaturité de mon client. Oui, c’est un crétin, c’est un fait mais cette procédure aura eu pour effet de le faire gagner en maturité. », a admis Me Maylis Alazard.
En larmes, son client s’est dit profondément « désolé ». « Je tiens à m’excuser auprès des personnes que j’ai pu blesser. Je regrette profondément », a-t-il déclaré, la gorge serrée, quelques minutes avant le délibéré. Comme le préconisait le ministère public, le jeune a été déclaré coupable d’apologie de crime contre l’humanité et condamné à six mois de prison avec sursis avec obligation d’effectuer un stage de citoyenneté.
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