Faut-il fermer Ben Gourion ?
Le débat ne porte plus seulement sur la reprise des vols, mais sur un arbitrage bien plus brutal : faut-il continuer à faire fonctionner Ben Gourion au ralenti, ou fermer presque totalement la principale porte d’entrée aérienne d’Israël ? Selon plusieurs professionnels du secteur aéronautique, le maintien d’un trafic limité n’offre plus de garantie suffisante dans le contexte actuel. Ils recommandent à la ministre des Transports de restreindre l’activité aux seuls vols jugés indispensables, alors qu’environ 10 000 passagers transitent encore chaque jour par l’aéroport malgré un espace aérien officiellement très contraint. Le point de rupture n’est pas théorique : il y a quelques jours, des débris issus d’une interception de missile ont endommagé trois avions privés stationnés à Ben Gourion, dont l’un a pris feu.
C’est ce contraste qui rend la séquence si tendue. D’un côté, les experts de la sécurité aérienne plaident pour une fermeture plus nette, estimant que l’aéroport reste exposé tant que les tirs et interceptions peuvent projeter des débris sur la zone. De l’autre, les compagnies israéliennes ont intérêt à maintenir autant de rotation que possible, ne serait-ce que pour faire circuler les passagers et éviter une paralysie complète. Cette tension n’est pas seulement commerciale : elle touche à la gestion du risque en temps de guerre. Début mars, les autorités israéliennes avaient déjà opté pour une réouverture très encadrée, avec des appareils arrivant pleins et repartant à vide, afin de réduire le temps passé au sol. Cela montre bien que le système fonctionne déjà en mode dégradé, et que la question n’est plus de savoir si la situation est normale, mais jusqu’où l’on peut prolonger cette semi-normalité sans prendre de risque excessif.
Le reste du secteur en tire d’ailleurs ses propres conclusions. Les compagnies étrangères continuent, pour beaucoup, de repousser leur retour. United a maintenu la suspension de ses lignes vers Tel-Aviv, tandis que Wizz Air a prolongé l’arrêt de ses vols vers Israël jusqu’au 29 mars. D’autres transporteurs restent prudents, dans un environnement où les déroutements, les surcoûts et l’incertitude sécuritaire pèsent de plus en plus lourd. En parallèle, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne a prolongé son bulletin de risque sur l’espace aérien du Moyen-Orient et du Golfe jusqu’au 27 mars, preuve que les autorités internationales ne considèrent pas la zone comme stabilisée. Le message est limpide : même lorsque quelques avions continuent d’atterrir, le ciel n’a rien d’ordinaire.
Au fond, Ben Gourion est devenu le symbole d’un dilemme plus large. Le maintenir ouvert, même partiellement, permet de préserver un minimum de continuité nationale et économique. Le fermer plus fermement reviendrait à reconnaître que le niveau de menace a franchi un seuil. Aucun de ces choix n’est neutre. Mais à mesure que les alertes s’accumulent, l’aviation civile israélienne semble se rapprocher d’un moment de vérité : dans un ciel saturé de menaces, la logique opérationnelle finit souvent par l’emporter sur l’argument de la résilience.
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