Guerre en Iran : « Eviter d’être aspirés par le conflit »… Pourquoi les pays du golfe ne ripostent-ils pas plus fort ?

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L’Arabie saoudite montre les dents. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane, le pays a fait savoir jeudi qu’il était prêt à répliquer militairement à l’Iran. Depuis le début du conflit l’opposant aux Etats-Unis et à Israël, la République islamique a régulièrement frappé les installations énergétiques de ses voisins. Jeudi matin, un drone s’est abattu sur une raffinerie saoudienne dans la zone industrielle de Yanbu, sur les rives de la mer Rouge, provoquant d’importants dégâts. Et des explosions ont été entendues à Riyad, la capitale de cet Etat du golfe.

D’autres raffineries, situées au Koweït, ont également été visées durant la nuit, tout comme un site de production de gaz naturel liquéfié à Ras Laffan, au Qatar. Dans un communiqué commun, les pays du golfe appellent l’Iran à « cesser immédiatement ses attaques » et réaffirment « le droit des Etats à se défendre ». Mais pourquoi ne le font-ils pas déjà ? « Ce sont des pays qui ont délégué historiquement leur sécurité ; d’abord aux Britanniques puis aux Américains depuis le milieu du XIXe siècle. Il y avait un deal implicite avec les Etats-Unis et ils n’étaient pas censés se retrouver en première ligne », explique à 20 Minutes Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux.

« Pas une expérience de combat à grande échelle »

Les Etats du Golfe tentaient, jusqu’à présent, d’« éviter d’être aspirés par le conflit », complète David Rigoulet-Roze, chercheur à institut français d’analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques. « Mais le fait qu’ils aient des bases américaines sur leur territoire les met de facto dans une position inconfortable. Cette posture devient de plus en plus difficile à tenir car ils ont fait l’objet d’une agression caractérisée. Jusqu’à présent, il s’agissait de ce qui pouvait être considéré peu ou prou comme des dégâts collatéraux. Mais les infrastructures critiques énergétiques qui sont visées, c’est le poumon économique de ces pays. La production du Qatar représente près de 20 % du gaz mondial. En s’y attaquant, on s’en prend à leur développement économique. »

Mais ont-ils réellement les moyens militaires de réagir ? « Les Saoudiens et les Emiratis sont partis faire la guerre au Yémen en 2014. Et depuis quelques années, les Emiratis sont très très actifs en Afrique, que ça soit en Libye, au Soudan ou dans la Corne de l’Afrique », observe Stéphane Audrand. « Ils ont les moyens de riposter : ils ont des effectifs militaires, des armements essentiellement américains mais aussi français ou britanniques », complète David Rigoulet-Roze. Mais, dit-il, « ils n’ont pas une expérience de combat à grande échelle. S’ils intervenaient, ce serait surtout une participation plus politique que proprement militaire car le conflit est d’abord géré par les Américains ».

« Leur modèle économique et politique est en jeu »

Selon le chercheur, ces Etats vont toutefois être obligés de répondre d’une manière ou d’une autre. « Ils ne peuvent plus s’en tenir à une posture déclaratoire parce qu’un palier a été franchi ». Stéphane Audrand ajoute que « les monarchies du golfe n’auront pas d’autres choix que d’intervenir de manière assez musclée si l’Iran commençait vraiment à déstabiliser la région. C’est leur modèle économique et politique qui est en jeu ».

Il cite notamment l’exemple de Dubaï, où travaillent de nombreux étrangers. « Il y a une forme de dangerosité en ce moment. Or, le business aime bien la sérénité. Il y a un certain nombre d’entreprises qui risquent de localiser leurs activités et leurs équipes ailleurs. »

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