Les municipales, la remontée du chômage, ce mois de février pluvieux, le blocage du détroit d’Ormuz… Avec tant d’apocalypses en 2026, on en oublierait que les années 2022 et 2023 étaient (presque) monopolisés par un seul malheur monolithique : l’inflation. A cette époque, la hausse des prix faisait la pluie et le beau temps en France, minant le pouvoir d’achat et le moral des Français, en étant leur motif de préoccupation largement numéro 1.
Une époque aux allures de lointains souvenirs. Aujourd’hui, l’inflation a atteint des niveaux historiquement bas. Elle n’était qu’à 0,9 % sur le total annuel 2025, et même à un quasi inexistant 0,3 % en janvier 2026. Mais attention, car en économie, une mauvaise nouvelle en chasse une autre : une inflation trop basse est aussi un problème pour le pays. A croire qu’on ne peut jamais être heureux dans le domaine.
Une croissance atone
L’inflation ultra-basse reste le thermomètre d’une demande qui patine, et donc une croissance apathique. En 2025, le PIB n’a progressé que d’un riquiqui 0,9 %, et même de 0,2 % au quatrième trimestre. L’économie n’était pas bien plus folichonne en 2024, avec un très poussif 1,1 % de croissance sur l’année. 2026 devrait être dans le même créneau, les prévisions de la Banque de France et de l’Insee tablant sur un modeste 1 % de PIB supplémentaire.
La consommation en biens a vacillé tout l’hiver : – 0,6 % en décembre 2025, avec rebond fragile de + 0,5 % en janvier 2026. Rien n’y fait, malgré toutes les politiques d’incitations mises en place, les Français préfèrent épargner plutôt que dépenser. Résultat, les entreprises vendent moins, sabrent leur prix pour attirer le client, réduisent leurs marges et investissent moins.
Un pouvoir d’achat et des salaires figés
Sylvain Bersinger, économiste à BersingerEco, rappelle les b.a.-ba : « Il est communément admis qu’il faut un minimum d’inflation pour le bien d’une économie, la banque centrale européenne souhaite par exemple une inflation à 2 %, censée entraîner un cercle vertueux ». Les prix augmentent à une hausse soutenable, donc les salaires augmentent, donc la croissance augmente, donc les prix augmentent, etc. Enfin un monde économique heureux – comme quoi, c’est possible. Ce 2 % n’est pas gravé dans le marbre. « De 1 à 3 %, le cercle vertueux peut avoir lieu », poursuit l’expert. Ainsi, les Etats-Unis, moins psychorigides que le Vieux-Continent, recommandent parfois une inflation autour des 3 %, jugés soutenables.
Une inflation quasi nulle au contraire « pousse à la modération salariale. Ces derniers augmentent peu en France, contrairement à l’Allemagne et l’Espagne », indique Philippe Crevel, chef économiste. Ainsi, les entreprises prévoient des hausses médianes de seulement 1,7 % en 2026, contre 2,3 % en 2025 et 3,5 % en 2024, selon les observatoires LHH et Groupe Alpha. Pourquoi payer plus quand les prix ne montent pas ? Conséquence, les salariés voient leur pouvoir d’achat stagner.
Bénéfice pour notre compétitivité extérieure
Les entreprises, face à une demande faible, préfèrent gagner en productivité plutôt qu’embaucher. Le chômage, lui, après des années de baisse remonte. Il devrait tourner autour de 7,8 %, éloignant l’objectif, désormais bien irréaliste, du plein-emploi souhaité par Emmanuel Macron (moins de 5 %). Plus de chômage, moins de pression des salariés au moment des entretiens individuels pour avoir une augmentation, moins de consommation, et une inflation qui reste basse.
Tout n’est pas noir pour autant. Cette inflation toute mollassonne a un côté positif. « Elle a dopé la compétitivité extérieure. Nos prix, qui restent bas, sont devenus très concurrentiels », s’enthousiasme Philippe Crevel. Le déficit commercial – la différence entre les exportations et les importations – s’est réduit à 69 milliards d’euros en 2025, contre 81 en 2024. Mieux : au quatrième trimestre 2025, la France a même retrouvé un excédent commercial inédit depuis vingt ans.
L’Iran, la guerre et le retour de l’inflation
« Tant que l’inflation n’est pas trop basse – en dessous des 0,5 % par exemple –, elle ne constitue pas non plus un drame majeur », tempère ainsi Sylvain Bersinger. Le risque de la déflation, lorsque personne ne consomme en attendant demain que les prix baissent encore, « n’existe pas en France ». Et ne devrait certainement pas exister dans les prochains mois.
Car qui suit un minimum l’actualité s’en doute : l’inflation basse ne devrait pas survivre longtemps face à la géopolitique mondiale. « Avec ce qu’il se passe en Iran, et l’impact sur le prix du pétrole, l’inflation devrait remonter », prophétise sans aucun mal Sylvain Bersinger, et largement dépasser les 2 % tant chéries par la BCE. Certains économistes craignent même une possible stagflation, cataclysme jamais vu depuis les années 1970. On vous l’a dit, en économie, une mauvaise nouvelle en chasse une autre et on est jamais vraiment heureux longtemps.
La source de cet article se trouve sur ce site

