Municipales à Nîmes : « Vous avez fait une connerie énorme »… Ce bastion LR convoité par le RN et la gauche

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De notre envoyé spécial à Nîmes,

Une drôle de bataille se joue à quelques pas des imposantes arènes de Nîmes. Les gladiateurs ont laissé place à des militants combatifs, tracts en main, qui tentent ce mercredi matin de convaincre les habitants venus faire des emplettes au marché des Halles. A quatre jours du second tour des municipales, l’enjeu est historique. Les Républicains pourraient perdre la préfecture du Gard, un bastion de 150.000 habitants détenu par la droite depuis vingt-cinq ans. Le Rassemblement national est arrivé en tête (30,39 %) au premier tour, distançant de 163 voix la gauche unie (sans LFI, 30,05 %). La droite, qui pourrait perdre sa plus grande ville, ne peut que regretter ses divisions.

Le maire sortant Jean-Paul Fournier, élu depuis 2001, a passé la main, entraînant une lutte fratricide pour sa succession entre le premier adjoint Franck Proust (19,5 %), soutenu par Bruno Retailleau, et l’ex-premier adjoint dissident Julien Plantier (15 %). « Dans toutes les familles, il y a des disputes », évacue Franck Proust à l’intérieur d’un café. Posé sur la table, le nouveau tract de campagne où l’ancien eurodéputé s’affiche avec son frère ennemi pour symboliser la fusion des deux listes annoncée ce mardi. « C’est le choix de la raison, il n’y a pas de grandes différences de projet, nous avons gouverné ensemble. Le scrutin ne peut pas se résumer à un duel entre RN et communistes. En additionnant nos scores, nous sommes les favoris », ajoute le président de Nîmes métropole.

Le tract scellant l'union des deux frères ennemis de la majorité sortante à Nîmes.
Le tract scellant l’union des deux frères ennemis de la majorité sortante à Nîmes. - T. Le Gal/20 Minutes

« Il ne connaît même pas le nom des rues »

Mais la politique ne se résume jamais à une simple arithmétique. Et plusieurs électeurs de droite fustigent une union arrivée trop tard. « Vous avez fait une connerie énorme, j’ai parfois du mal à comprendre la bêtise humaine, lundi je crains la gueule de bois », s’emporte une retraitée de l’enseignement, 88 ans, derrière son écharpe rouge. « Il y a eu des problèmes d’ego, et maintenant les gens sont furieux contre nous. Je crains qu’on perde des voix des deux côtés… », soupire une militante.

A quelques mètres, Julien Sanchez enchaîne les selfies. L’eurodéputé RN, ex-maire de la ville voisine de Beaucaire (2014-2024), résume à sa façon l’enjeu du scrutin : « C’est nous ou les communistes », dit-il aux habitants, évoquant l’immigration et l’insécurité, thématiques historiques du Rassemblement national. Dans cette ville durement frappée par le narcotrafic, qui a fait plusieurs morts ces dernières années, le parti d’extrême droite promet le « doublement des effectifs de police municipale » et « de harceler les délinquants ». « Comme si le maire pouvait lutter contre les narcos, il faut arrêter de mentir. Julien Sanchez surfe sur des thématiques nationales car il n’a pas de projet, il ne connaît même pas le nom des rues », tacle Franck Proust.

Julien Sanchez et ses équipes tractent au marché des Halles de Nîmes.
Julien Sanchez et ses équipes tractent au marché des Halles de Nîmes. - T. Le Gal/20 Minutes

« La droite aujourd’hui, c’est le RN »

L’intéressé, parachuté en janvier, balaie les critiques. « Les Nîmois m’ont mis en tête, ça ne doit pas les déranger. » Dans cette ancienne cité romaine, celui qui avait suscité la polémique pour avoir imposé le porc dans les cantines scolaires de Beaucaire, a doublé le score RN de 2020, bien aidé par la dynamique nationale dans le département. Sur les six députés du Gard élus en 2024, cinq sont RN et un du parti allié ciottiste. Ici, le parti de Jordan Bardella, qui est venu soutenir son vice-président début mars, a conservé Beaucaire et décroché Vauvert dès le premier tour. « On peut remporter Nîmes et Bagnols-sur-Cèze, on perce à Alès, cela confirme notre ancrage. L’appareil LR n’existe quasiment plus, les électeurs de droite se reportent très largement sur nous », se félicite le député de Nîmes, Yoann Gillet.

A ses côtés, Julien Sanchez acquiesce : « Il y a une porosité entre nos électorats. Pour beaucoup, on est en train de remplacer la droite. J’ai d’ailleurs proposé l’alliance à Proust, qui a préféré se tirer une balle dans le pied », ajoute le candidat RN, qui a rallié plusieurs élus de la majorité municipale sortante.

« Vous savez où sont les LR ? Ils sont là, à tracter pour Julien Sanchez. Les temps changent, la droite aujourd’hui, c’est le RN, avance Catherine Jehanno, adjointe au maire sortant, élue depuis 2001, et désormais soutien du candidat RN. En dépit de la logique stupide des barons. »

La gauche peut l’emporter

Mais l’alliance refusée par Franck Proust montre que l’union des droites n’est pas encore gagnée dans l’ancienne cité romaine. Ce qui pourrait priver le RN d’une nécessaire réserve de voix pour l’emporter. La gauche espère bien profiter de ces divisions. Au QG du candidat communiste, les militants s’appliquent soigneusement à plier les tracts. L’objectif mise sur l’électorat insoumis du premier tour (4,46 %) et sur les abstentionnistes, alors qu’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé dimanche dernier. Notamment dans les quartiers populaires en périphérie, plus favorable à la gauche. « Il y a peut-être une vague à l’échelle nationale, mais le RN n’est pas implanté ici. Etre Nîmois, c’est avoir une identité très forte, il y a aussi une culture de résistance héritée du protestantisme », insiste une militante.

Au QG de Vincent Bouget, on prépare les derniers tracts pour mobiliser les absentionnistes.
Au QG de Vincent Bouget, on prépare les derniers tracts pour mobiliser les absentionnistes. - T. Le Gal/20 Minutes

Vincent Bouget, donné gagnant en cas de triangulaire dans les sondages, espère réitérer le scénario de 1995, lorsque la ville était tombée dans l’escarcelle communiste. « A force de banaliser l’extrême droite, la droite se fait remplacer. Mais il y a des ressorts populaires dans la ville pour faire un front républicain », indique le candidat d’union de la gauche. Le communiste, organisait ce mercredi soir un grand rassemblement populaire à l’esplanade Charles-de-Gaulle. « Il y a un risque RN, mais je ne peux pas imaginer que la ville tombe comme ça ». Et après un temps d’arrêt, il ajoute : « Mais j’imagine qu’ils se disaient ça aussi à Perpignan… »

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