Alors que le Moyen-Orient s’embrase dans une guerre totale, G., habitant de l’une des plus grandes villes d’Iran, révèle dans une interview rare et périlleuse ce qui se passe derrière le rideau de fer • De la joie face à l’effondrement d’une dictature de 37 ans, à l’abandon des citoyens sans abris, jusqu’au plan cynique du régime consistant à frapper son propre peuple pour gagner la sympathie du monde •
Mako – Dana Weiss | ‘Hadachoth sof hachavoua (Le Mag du week-end)
Alors que le monde tente de comprendre ce qui se passe à l’intérieur même de l’Iran, G., résidant dans l’une des grandes agglomérations du pays, parvient à faire entendre une voix rare depuis cet État déconnecté. Dans un entretien exclusif avec ‘Hadachoth sof hachavoua, il décrit la mort de Khamenei, le cynisme du régime qui réclame « le prix des balles » aux familles des manifestants massacrés pour leur rendre les corps, et son propre rêve : visiter Tel-Aviv et le Mur des Lamentations.
L’échange avec G. se déroule sous d’énormes difficultés techniques. Internet est en grande partie coupé en Iran, les satellites sont brouillés et la peur dans les rues est palpable. Pourtant, malgré le danger de mort, il est primordial pour G. que sa voix soit entendue. « Je veux envoyer une bénédiction et des remerciements du cœur de l’Iran », commence-t-il.
La joie discrète face à l’élimination du Guide Suprême
L’information majeure qui secoue la rue iranienne est l’élimination d’Ali Khamenei. Selon G., la joie dans les rues — même si elle est contenue par crainte des autorités — est immense. « Imaginez une telle joie. C’est comme être enfermé dans une chambre noire pendant de longues années, et soudain une fenêtre de lumière s’ouvre. »
Le fossé entre le pouvoir et le peuple se révèle dans toute sa cruauté sous les bombardements. Alors que Tsahal prévient avant de frapper, les citoyens iraniens n’ont nulle part où fuir. « Nous n’avons pas d’abris. Le régime n’a jamais pensé au peuple. Les abris ne sont que pour les dirigeants », raconte G.
De plus, il décrit une réalité où les forces du Basij utilisent les civils comme boucliers humains : « Maintenant que leurs bases ont été bombardées, ils se trouvent dans les écoles, les stades et les hôpitaux. Ils patrouillent armés et tirent sur quiconque leur semble suspect. »
L’un des détails les plus révoltants de l’entretien concerne le cynisme du régime envers les défunts : « L’une des choses les plus terribles est qu’ils prennent aux familles des tués « l’argent des balles ». Pour récupérer le corps de leur proche afin de l’enterrer, la famille doit payer une somme importante. »
Que pense-t-on en Iran des recommandations de Netanyahu et Trump ?
G. évoque la contestation qui n’a pas encore éclaté de nouveau avec force, l’expliquant par une stratégie de « l’attente du moment opportun ». Selon lui, le peuple écoute les conseils du Premier ministre Netanyahou, du président Trump et du prince Reza Pahlavi. « Ils ont recommandé de rester à la maison pour le moment pour notre sécurité. Le régime cherche des morts civils pour se présenter en victime devant le monde et dire que c’est l’œuvre des États-Unis et d’Israël. Nous attendons le bon moment pour renverser le régime. »
Alors que le pouvoir tente d’afficher une continuité, G. dépeint une image de stress et de chaos. L’Assemblée des experts a choisi le fils du Guide, Mojtaba Khamenei, pour lui succéder, mais G. est sceptique quant à sa capacité à fonctionner. « Concernant le fils de Khamenei, il n’y a aucune information sur lui. Il n’a jamais été interviewé. Il est exactement comme son père, un jeune dictateur qui veut poursuivre ses actions en secret. » G. ajoute que, selon ses informations, il est possible que Mojtaba soit également grièvement blessé ou même mort, ce que le régime dissimulerait.
Il désigne « le noyau » restant : Ali Larijani, Ahmad Vahidi (commandant des Gardiens de la révolution impliqué dans l’attentat en Argentine), le président Pezeshkian et Gholam-Hossein Mohseni-Ejei. « S’ils les tuent, ce régime n’aura plus la capacité de continuer. »
Un rêve sur les ruelles de Tel-Aviv
Malgré la guerre, le message de G. aux Israéliens est plein de chaleur et d’estime. « J’envoie une bénédiction au peuple d’Israël et j’exprime mon admiration pour votre patience et votre résilience. Vous n’avez jamais cédé face à vos ennemis jusqu’à ce que l’ennemi se rende. »
Il conclut par un message émouvant : « J’ai un rêve avant de mourir : voir ce grand pays de près. Voir le Mur des Lamentations et Yad Vashem, marcher sur les belles pierres de Tel-Aviv et de Haïfa, et flâner dans leurs ruelles. Je veux vivre aux côtés des meilleures personnes au monde, même pour peu de temps. »
Sa dernière promesse résonne : « Aucune frontière ne pourra à l’avenir arrêter l’amitié entre le peuple iranien et Israël. Je vous le promets. »
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