«Nous devons finir le boulot, non ? ». Au treizième jour des opérations américano-israéliennes en Iran, Donald Trump multiplie les contradictions. Mercredi, lors d’un meeting dans le Kentucky, il a fait mine de s’interroger : « Nous ne voulons pas partir avant l’heure, n’est-ce pas ? ». Quelques heures avant, il avait pourtant assuré que l’Iran était « proche de la défaite ». Son allié israélien, au contraire, assure que l’opération durera aussi longtemps que nécessaire. Du côté du régime des mollahs, on se dit prêt à une guerre longue.
Le républicain, qui s’était opposé durant des années aux « guerres sans fins » au Moyen-Orient, s’est-il pris les pieds dans un bourbier dont il ne pourrait sortir ? « L’enlisement est la problématique centrale des Etats-Unis, confirme Guillaume Ancel, ancien officier et auteur du blog Ne pas subir. Donald Trump a conçu cette offensive comme une opération militaire spéciale avec un dénouement en quelques jours, mais il découvre que c’est plus compliqué. »
Une résilience iranienne sous-estimée
Au début des bombardements, le président américain avait indiqué que les Etats-Unis se préparaient pour une opération de « quatre à cinq semaines ». Mais au treizième jour de la guerre, les objectifs militaires américains restent flous et la situation n’a pas évolué. « Le résultat n’est pas probant : le régime ne s’est pas effondré, l’Iran tire tous les jours sur Israël ou sur d’autres cibles… », note Guillaume Ancel. Mojtaba Khamenei, désigné comme nouveau guide suprême à la place de son père, a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d’Ormuz et a promis de venger les victimes de la guerre « jusqu’au bout ».
« Les Etats-Unis et Israël sont coincés : ils ne peuvent pas aller au-delà des frappes aériennes. Il n’a jamais été prévu d’envoyer des forces à terre pour lancer une guerre complète », poursuit l’ancien militaire. Et d’ajouter : « Ils ont lancé cette opération en étant sûrs d’eux, ils ont réussi à décapiter le pouvoir et à intercepter les missiles, mais l’Iran montre une capacité de résilience d’autant plus grande que le régime des mollahs était prêt à ce scénario depuis longtemps. » Selon Guillaume Ancel, l’utilisation massive des drones par l’Iran change aussi la donne, semant facilement le chaos.
L’horizon des midterms
« C’est une course de vitesse à laquelle on assiste, poursuit l’analyste. Il reste à Donald Trump deux petites semaines de soutenabilité politique, alors que le régime iranien veut jouer la durée. » « Le président américain ne veut pas d’un enlisement qui serait contreproductif voire suicidaire avant l’échéance des midterms », abonde Lauric Henneton, maître de conférences à l’université de Versailles et spécialiste des États-Unis. Les élections de mi-mandat, qui se dérouleront le 3 novembre prochain, s’annoncent décisives. Traditionnellement, le président perd ce scrutin et le contrôle du Congrès.
« La base MAGA lui reste très fidèle, souligne le spécialiste. Si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante. » Le président doit compter sur un électorat plus large mais la guerre est impopulaire. Selon une enquête de la chaîne NBC publié mercredi, 52 % des électeurs sont opposés à l’intervention militaire en Iran. Les conséquences économiques de l’intervention, qui a déjà coûté plus de 11,3 milliards de dollars aux Etats-Unis la première semaine selon New York Times, se font déjà sentir avec une hausse du coût de l’essence. Les prix à la pompe ont augmenté de 22 % par rapport au mois dernier, selon l’association automobile américaine (AAA).
Contre-vérité
Pour éviter l’enlisement, Donald Trump semble ne pas avoir le choix que d’arrêter les frais rapidement. Lauric Henneton imagine une « manœuvre très trumpienne qui serait de sortir du conflit et de déclarer la victoire », peu importe la réalité du terrain. « Il a une parole qu’il estime performative : je dis donc je fais et donc c’est vrai », insiste-t-il.
Ce jeudi, Donald Trump a affirmé sur son réseau Truth Social qu’il était plus important pour lui « d’empêcher un empire du mal, l’Iran, de se doter d’armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier » que les prix du pétrole. En juin, après la guerre des douze jours entre l’Iran et Israël, aidé par les Etats-Unis, le président américain avait déjà assuré avoir « totalement anéanti » le potentiel nucléaire de Téhéran. « Il répète à l’envi qu’il a gagné l’élection en 2020, rappelle le spécialiste. On n’est pas à une contre-vérité près. »
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