Trois jours après l’arrivée du porte-avions Charles-de-Gaulle et de son groupe aéronaval (Gan) en Méditerranée orientale, une frappe de drone iranien sur une base franco-kurde en Irak, a tué un militaire français et blessé six autres. C’est dans ce contexte « grave » que le commandant du (Gan), le contre-amiral Thibault Haudos de Possesse, a présenté ce vendredi, en visioconférence, le déploiement militaire français.
Outre le Charles-de-Gaulle, le groupe est composé de trois frégates françaises, deux de défense aérienne et une frégate multimissions (Fremm), ainsi qu’un bâtiment ravitailleur de forces. « Sur le Charles-de-Gaulle, nous avons 20 Rafale, deux avions de guet aérien Hawkeye et trois hélicoptères ». L’escorte du porte-avions est actuellement complétée « par des moyens alliés, une frégate italienne, une frégate espagnole et une autre néerlandaise ».
« Aucun contact avec les porte-avions américains Lincoln et Ford »
« Nous ne prenons pas part à ce conflit », a insisté le contre-amiral à plusieurs reprises. Et de préciser : « La mission que j’ai reçue est exclusivement d’ordre défensive, avec trois volets : protection de nos emprises, de nos ressortissants et de nos alliés et partenaires, avec lesquels nous avons des accords de défense ».
La mission est à ce point défensive que « je n’ai aucun contact avec les porte-avions américains Lincoln et Ford », assure le commandant du Charles-de-Gaulle. « Nos opérations sont totalement séparées, découplées et non-coordonnées, poursuit-il. Nous n’avons pas les mêmes objectifs. Les Américains conduisent une opération à laquelle la France n’est pas associée, il est donc naturel et normal que les Américains ne cherchent pas à entrer en contact avec moi, comme je ne cherche pas à entrer en contact avec eux. »
Missiles balistiques et bombardiers américains au-dessus de la tête
Concrètement, la fonction du Gan est de « surveiller ce qu’il se passe, et ce n’est pas inutile puisque ce matin encore nous avons détecté des missiles balistiques tirés depuis l’Iran en direction du nord-ouest » raconte-t-il. Il faut, par ailleurs, surveiller les nations directement menacées -Turquie, Chypre – ainsi que « le passage de bombardiers américains dans le ciel ». L’environnement aéromaritime « nécessite beaucoup de concentration, de professionnalisme, de calme et de sang-froid. »
Si les Rafale Marine n’ont pas encore eu à décoller pour partir en mission, « ils sont prêts pour venir renforcer le dispositif de protection » de l’armée de l’Air et de l’Espace dans la région, assure le commandant du Charles-de-Gaulle. Aucune indication n’a été donnée sur le calendrier, ni sur un éventuel mouvement à venir du Charles-de-Gaulle. « Nous pouvons rester en mer indéfiniment, jusqu’à ce que le réacteur nucléaire nous dise de rentrer, indique le contre-amiral Thibault Haudos de Possesse. On se fait régulièrement ravitailler, essentiellement en vivres pour le porte-avions et en gas-oil pour les bâtiments ravitailleurs. »
« Ça va moins vite que la Route du Rhum, mais il y a plus de tonnes à déplacer… »
Le Charles-de-Gaulle a quitté Toulon le 27 janvier dernier, d’abord pour participer à l’exercice Orion dans le Golfe de Gascogne et dans la Manche, puis pour se rendre à Malmö en Suède. C’est là qu’il lui a été ordonné, le 3 mars, par Emmanuel Macron, de se rendre en Méditerranée orientale.
« On a fait ce que l’on appelle une bascule de théâtre, de l’Atlantique nord à la Méditerranée orientale. Si, de loin, cette manoeuvre peut paraître assez simple, elle reste compliquée, car autant le caractère nucléaire du porte-avions lui permet d’aller vite et de déployer une puissance de propulsion continue, autant les escorteurs ont besoin d’être ravitaillés au fur et à mesure de notre avancée, de façon que le porte-avions soit toujours protégé ». Le Gan a pu s’appuyer pour cela « sur un pétrolier espagnol qui nous a, au pied levé, ravitaillé ».
La flotte a ainsi parcouru 3.600 nautiques [environ 6.600 kilomètres] en six jours, à la vitesse moyenne de 22 noeuds [40 km/h], « tout en continuant à entraîner les pilotes à être catapultés et à apponter » souligne le contre-amiral. « C’est l’équivalent d’une traversée de l’Atlantique, alors, ça va moins vite que la Route du Rhum, mais il y a plus de tonnes à déplacer… » Quelque 42.000 tonnes, rien que pour le porte-avions, en l’occurrence.
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