“Tout l’or employé à cette œuvre, aux diverses parties de l’œuvre sainte” (Chemoth 39,24)
Lorsqu’on interroge un Juif qui possède de l’argent plus que ce dont il a besoin pour subvenir à ses besoins, pourquoi il épargne tellement d’argent et réduit les dépenses pour la Tsedaka et les autres Mitsvoth, il répond : “C’est pour mettre de côté pour mes enfants.” Et lorsque ses petits-enfants grandissent, eux aussi répondent de la même façon. Et ce schéma se reproduit jusqu’à la fin des temps. À ce sujet, un Tsadik a dit : “J’attends de voir le fils heureux pour lequel toutes les générations ont travaillé pour lui.”
À ce sujet, la Guemara (Baba Bathra 11a) fait le récit d’un roi, Monbaze, qui gaspilla ses trésors et ceux de ses ancêtres pendant une période de sécheresse. Ses frères et les membres de la maison de son père se liguèrent contre lui et lui dirent : “Tes ancêtres ont amassé ces trésors et en ont ajouté. Toi, tu les gaspilles.” Il leur répondit : “Mes ancêtres ont amassé ici-bas, tandis que moi, j’ai amassé en Haut.”
Le ‘Hafets ‘Haïm zatsal, dans son ouvrage Ahavat ‘Hessed (deuxième partie, 14) commente le verset (Yechayahou 8,7) : “Ne te dérobe jamais à ceux qui sont comme ta propre chair.” L’homme doit avoir pitié de lui-même et doit, avec son argent, donner la Tsedaka et faire de bonnes actions. En effet, pourquoi devrait-il peiner toute sa vie pour léguer tout en héritage à ses enfants, alors qu’il doit aussi peiner pour lui-même ? Est-il inférieur à ses héritiers ? Il mérite plus qu’eux, car c’est lui qui s’est donné de la peine pour gagner de l’argent.
Dans ce domaine, on constate souvent ce phénomène : les hommes dépensent sans compter pour des objets matériels, mais, lorsqu’il est question d’engager des dépenses dans le domaine spirituel, ils pensent alors à se restreindre pour conserver de l’argent pour leurs enfants.
Cela tient au fait qu’ils n’ont pas encore ancré dans leur cœur la croyance que toute leur richesse leur a été octroyée du Ciel, dans le but de l’utiliser pour les Mitsvoth et les bonnes actions et mener ainsi leur mission à bien dans ce monde. Ainsi, ils jugent inutile de faire de grandes dépenses pour les besoins de Mitsva, comme pour les autres domaines où l’utilité matérielle est perceptible.
Nous découvrons ainsi dans la Guemara (Soucca 56b) un récit sur Miriam, fille d’une famille de Cohanim, qui épousa un fonctionnaire grec. Lorsque les Grecs pénétrèrent dans le sanctuaire, elle donna un coup avec sa sandale sur l’autel où était réalisée la Mitsva des Korbanoth (sacrifices). Elle dit : “Loup, loup, jusqu’à quand vas-tu consumer les biens des enfants d’Israël ?” Lorsque les Sages furent informés de sa conduite, ils sanctionnèrent sa famille.
Nos sages expliquent que la raison pour laquelle ses parents ont été punis tient à cette idée : “Ce que l’enfant dit sur la place du marché vient de son père ou de sa mère.” La jeune fille avait entendu ses parents s’exprimer de cette façon : le respect des Mitsvoth entraîne une perte financière, ce qui contribua à l’éloigner de la Tradition. Elle affirma que l’autel sur lequel on sacrifie les Korbanoth pour Hachem gaspille vainement l’argent du peuple juif. En effet, ceux qui n’ont pas la croyance que tout ce qu’ils possèdent vient de Hachem dans le but d’accomplir les Mitsvoth, estiment qu’offrir un sacrifice est un gâchis d’argent, car on perd le profit matériel que l’on pourrait dériver de la chair de l’animal.
De ce fait, il vaut la peine de se répéter constamment, à soi et à sa famille, que le rôle principal de l’homme dans ce monde consiste à pratiquer les Mitsvoth et les bonnes actions, et c’est à cet effet que toute l’abondance matérielle a été créée. En conséquence, il convient d’utiliser largement l’argent et les autres biens matériels pour les Mitsvoth et les bonnes causes, et le dépenser avec largesse, pour accéder au niveau du Hidour en l’honneur de la Mitsva. En revanche, réduisons les dépenses matérielles, contrairement à l’usage général.
Un exemple d’une conduite exemplaire à ce titre nous est donné dans un récit figurant dans le Talmud Yerouchalmi (Pessa’him) : des Gabbaïm de Tsedaka se tenaient devant la maison d’une famille aisée et entendirent le maître de maison parler à sa famille en leur demandant d’acheter des légumes à prix bas. Ils pensèrent qu’il avait perdu sa fortune et de ce fait, ils n’entrèrent pas dans sa maison pour solliciter son aide. Or, ils le rencontrèrent par la suite et il leur offrit une belle somme. Il leur expliqua que, pour lui-même, il réduisait ses dépenses, mais que pour la Tsedaka, il donnait avec largesse.
À ce sujet, nos Sages (Chabbath 123b) nous exhortent : “C’est mon D’ et je L’embellirai” (Chemot 15,2) : je L’embellirai par les Mitsvoth : un beau Tsitsith, de belles Téfilines, un beau Séfer Tora, un beau Loulav, etc. De même, il est dit (Baba Kama 9) : on peut ajouter jusqu’au tiers du prix pour acquérir un objet de Mitsva mehoudar, comme l’Etrog.
L’auteur de l’ouvrage Messilat Yecharim explique que, d’après les propos de nos Sages, on constate clairement que l’argument soutenant que Hachem n’a nul besoin d’embellissements matériels dans la pratique des Mitsvoth est fallacieux. Au contraire, il ne suffit pas de réaliser la Mitsva sans y ajouter un embellissement : il faut l’honorer et la glorifier, du fait que D’ est qualifié de “Kel Hakavod” (Tehilim 29,3), et nous sommes tenus de L’honorer, même s’Il n’a pas besoin de nos marques d’honneur.
Relevons aussi, dans le processus de l’apport des Bikourim (prémices), cette remarque de nos Sages (Bikourim 3,3) : “Le taureau avance devant eux, ses cornes sont couvertes d’or et il porte une couronne d’olives sur la tête, etc.” De même, il est dit (Michna 8) : “Les riches apportent les Bikourim dans des corbeilles d’or, tandis que les pauvres les apportent dans des paniers en osier, etc.” Par conséquent, nous comprenons qu’il est souhaitable d’enrichir cette Mitsva en l’embellissant. Ce principe est valable pour toutes les Mitsvoth de la Tora. Il est donc clair que nous devons mettre à profit notre or, notre argent et nos autres biens matériels pour embellir les Mitsvoth. C’est à cet effet qu’ils ont été créés et transmis aux hommes.
Nous pouvons affirmer que tel est le sens du verset de notre paracha : “Tout l’or employé” : tout l’or employé dans le monde entier a été donné à l’homme du Ciel dans le but de “cette œuvre, aux diverses parties de l’œuvre sainte” : pour nous en servir pour la sainteté, et mener ainsi notre mission à bien dans l’œuvre du Ciel. Ainsi, nous embellissons les Mitsvoth et contribuons à accroître la gloire du Ciel, et nous ne gardons pas de côté pour les enfants ou le dilapidons sur des besoins matériels.
Chabbath Chalom !
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