Mojtaba Khamenei est plus redoutable que son père
La succession au sommet du pouvoir iranien suscite de nombreuses interrogations au Moyen-Orient. Alors que le nom de Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême Ali Khamenei, revient régulièrement comme possible héritier du régime, certains anciens membres du système mettent en garde contre sa personnalité et ses ambitions. Selon Jaber Rajabi, un ancien responsable iranien aujourd’hui en exil, le fils du guide suprême pourrait représenter une menace encore plus importante que son père.
Rajabi affirme avoir connu Mojtaba Khamenei lorsqu’ils étudiaient ensemble au séminaire religieux de Qom, l’un des centres majeurs de formation du clergé chiite en Iran. Ancien conseiller en politique étrangère auprès du président Mahmoud Ahmadinejad et ancien intermédiaire entre Téhéran et certaines milices chiites en Irak, Rajabi affirme avoir longtemps évolué au cœur du système. Désormais réfugié aux Émirats arabes unis depuis 2021, il décrit Mojtaba Khamenei comme un acteur particulièrement déterminé et stratégique. Selon lui, le fils du guide suprême serait prêt à adopter une attitude diplomatique plus souple vis-à-vis de l’Occident afin de gagner du temps et de consolider l’influence iranienne dans la région. Pour Rajabi, cette approche serait motivée par une vision idéologique dans laquelle la domination du Moyen-Orient constitue un objectif central.
Le parcours de Rajabi lui-même illustre les liens étroits entre Téhéran et plusieurs milices chiites régionales. Issu d’une famille fidèle au régime iranien, il a combattu en Irak au sein des forces proches du chef religieux Moqtada al-Sadr contre les troupes américaines. Blessé lors de la bataille de Najaf en 2004, il a ensuite été repéré et recruté par les Gardiens de la révolution. Il a participé à l’encadrement et à l’endoctrinement de groupes armés irakiens et a contribué à la création de certaines organisations paramilitaires soutenues par l’Iran, notamment Asa’ib Ahl al-Haq et Harakat al-Nujaba. Au fil des années, il affirme avoir travaillé au contact direct des réseaux régionaux qui composent ce que Téhéran appelle « l’axe de la résistance », un ensemble d’alliances reliant l’Iran à plusieurs mouvements armés au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen.
Rajabi affirme également avoir été témoin de luttes internes au sein du pouvoir iranien. Après avoir quitté ses fonctions en 2017, il dit avoir été emprisonné aux côtés d’Esfandiar Rahim Mashaei, ancien conseiller proche d’Ahmadinejad. Il affirme avoir survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, notamment un empoisonnement à l’arsenic et une tentative d’électrocution. Selon lui, ces attaques seraient intervenues après qu’il a évoqué publiquement l’ampleur des réseaux financiers attribués à Mojtaba Khamenei. Il affirme que ce dernier disposerait d’un vaste empire financier international, comprenant des actifs dans plusieurs pays, bien que ces biens ne soient pas officiellement enregistrés à son nom.
Malgré son passé au service du régime, Rajabi affirme aujourd’hui vouloir un changement radical en Iran. Il se dit favorable à un pays plus ouvert et débarrassé du système politico-religieux instauré après la révolution de 1979. Selon lui, une partie des forces chiites de la région serait même prête à envisager une coexistence plus pacifique avec leurs voisins, y compris Israël. Il estime toutefois que Téhéran chercherait à maintenir des relais armés régionaux afin de préserver son influence, même en cas de fragilisation du pouvoir central.
La question de la succession au sommet de la République islamique reste incertaine, mais le rôle potentiel de Mojtaba Khamenei continue d’alimenter les débats. Pour certains observateurs, sa montée en puissance reflète les luttes d’influence internes au régime iranien et les enjeux stratégiques qui traversent l’ensemble du Moyen-Orient.
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