Message du Hezbollah aux journaliste : rapportez ce que nous voulons sinon vous en subirez les conséquences.
Simon Plosker
Le Hezbollah intimide activement les journalistes: les reportages depuis les zones contrôlées par le Hezbollah au Liban se font souvent sous surveillance directe, sous pression ou sous menaces, ce qui limite ce que les journalistes peuvent enquêter ou montrer.
Les récits sont soigneusement contrôlés: des incidents impliquant Sky News et d’autres médias illustrent comment le Hezbollah guide les journalistes vers des lieux et des scènes spécifiques conçus pour renforcer son récit privilégié.
La liberté de la presse est confrontée à des contraintes asymétriques : tandis que les États démocratiques bénéficient d’un contrôle médiatique ouvert, les organisations terroristes comme le Hezbollah influencent la couverture médiatique par l’intimidation, créant ainsi un environnement journalistique faussé.
La liberté de la presse est fréquemment invoquée comme une valeur fondamentale du journalisme moderne. Les journalistes protestent à juste titre lorsque les gouvernements tentent de restreindre leur travail ou d’influencer leurs reportages.
Mais que se passe-t-il lorsque la pression ne vient pas d’un État, mais d’une organisation terroriste lourdement armée ?
Les récents événements au Liban mettent en lumière une réalité souvent négligée dans la couverture internationale : le Hezbollah ne se contente pas de façonner le récit, il cherche activement à intimider les journalistes qui le contestent.
Il suffit de demander au correspondant de Sky News, John Sparks, qui s’est aventuré aux abords du quartier le plus dangereux de la capitale libanaise – le quartier de Dahiya, dominé par le Hezbollah, où les frappes aériennes israéliennes sur des cibles terroristes ne sont pas la seule menace.
Sparks explique clairement qu’« un membre du Hezbollah a proposé de nous emmener sur un site bombardé… mais nous a dit qu’il fallait faire vite ». Lui et son caméraman n’ont que deux minutes pour filmer une rue jonchée de débris, où se trouvent des magasins et des restaurants – précisément l’image que le Hezbollah souhaite diffuser.
Sparks doit partir rapidement, vraisemblablement sur ordre du membre invisible du Hezbollah qui l’accompagne. À son crédit, Sparks déclare ouvertement que s’il a été autorisé à filmer sur place, c’est parce que le Hezbollah voulait qu’il constate que l’endroit était une zone commerciale animée, « et non un centre de commandement du Hezbollah, ni un dépôt d’armes ».
Ce que Sparks aurait pu découvrir sans cette escorte – par exemple, des infrastructures du Hezbollah dissimulées dans des zones civiles – reste inconnu.
Sparks et son caméraman sont alors arrêtés et interrogés par un autre groupe du Hezbollah qui les empêche de partir. Ils ne parviennent à s’échapper qu’après une diversion inattendue: ce que Sparks pense être des tirs de sommation israéliens destinés à inciter les civils à évacuer.
Mais Sparks a peut-être eu de la chance.
Quand le journalisme devient dangereux
Les risques liés au reportage dans les zones contrôlées par le Hezbollah ne sont pas théoriques. En octobre 2024, une équipe de télévision belge a été blessée à Beyrouth après avoir été attaquée alors qu’elle couvrait le conflit.
Le même mois, une équipe de la RAI TG3, chaîne de télévision publique italienne, a été attaquée par un inconnu alors qu’elle couvrait un attentat à la bombe près de la ville côtière de Saïda. Leur coordinateur libanais avait coordonné leur position avec le Hezbollah. L’incident s’est tragiquement terminé lorsque le chauffeur local de l’équipe a succombé à une crise cardiaque.
De tels incidents ne donnent qu’un aperçu du contexte plus large auquel les journalistes sont confrontés au Liban – un contexte où les groupes armés exercent une influence considérable sur ce qui peut et ne peut pas être rapporté.
Pour les journalistes locaux en particulier, franchir les lignes rouges du Hezbollah peut avoir de graves conséquences.

Le Hezbollah cible les journalistes qui contestent son discours.
L’hostilité de l’organisation envers le journalisme indépendant est apparue clairement suite aux visites, en septembre et octobre 2024, de journalistes occidentaux intégrés aux forces de Tsahal dans le sud du Liban.
En réponse au reportage ultérieur de la BBC, le Hezbollah a publié une déclaration publique condamnant la visite et appelant à des mesures contre la BBC et ses journalistes.
Le Hezbollah a publié un communiqué accusant la chaîne de télévision de partialité et exigeant que les autorités libanaises prennent des mesures juridiques et politiques à son encontre.
Le communiqué allait plus loin, exhortant les autorités médiatiques et judiciaires libanaises à prendre des mesures contre les journalistes impliqués, et les syndicats de journalistes et les médias du monde entier à condamner cette initiative.
Un communiqué ultérieur aurait étendu la condamnation à tous les médias participants.
Dans les faits, les journalistes qui s’écartaient du récit privilégié par le Hezbollah n’étaient pas seulement critiqués ; ils étaient dénoncés aux autorités.

Le message derrière les menaces
Le Hezbollah a présenté la visite des journalistes comme une violation de la souveraineté libanaise. Mais le message sous-jacent était clair : les journalistes qui coopèrent avec Israël ou qui révèlent les activités du Hezbollah s’exposeront à des représailles.
Ce message a été relayé par les médias proches du Hezbollah, qui ont amplifié les demandes de mesures contre les journalistes impliqués.
L’objectif est clair. En condamnant publiquement les journalistes et en réclamant des poursuites judiciaires, le Hezbollah signale que certains types de reportages sont inacceptables.
Même si aucune accusation formelle n’est portée, la pression à elle seule suffit à dissuader de nombreux journalistes de franchir ces limites à l’avenir.
Un terrain de jeu inégal pour les médias
Les journalistes insistent souvent sur la nécessité de présenter les « deux côtés » d’un conflit. Or, ce principe suppose que les deux camps opèrent dans des conditions de responsabilité comparables.
En réalité, non.
Les États démocrates sont soumis à une surveillance médiatique constante. Leurs décisions font l’objet de débats publics et les journalistes peuvent interpeller les responsables sans craindre de représailles.
Les organisations terroristes comme le Hezbollah fonctionnent de manière très différente. Elles exercent leur contrôle par l’intimidation, la coercition et la menace implicite de violence.
Il en résulte un environnement médiatique où les gouvernements démocratiques sont examinés ouvertement, tandis que la couverture des groupes terroristes est façonnée par la peur et la pression.
L’histoire du Hezbollah en matière d’intimidation des journalistes
Cette dynamique n’est pas nouvelle .
Pendant la seconde guerre du Liban en 2006, Nic Robertson, de CNN, a été emmené en visite par un « attaché de presse » du Hezbollah. Robertson a rapporté qu’Israël semblait frapper des zones civiles, notant qu’il n’y avait « aucune preuve de la présence d’équipement militaire ici », tandis que l’attaché de presse donnait des instructions à son caméraman sur ce qu’il devait filmer.
Une semaine plus tard, sur CNN, dans l’émission Reliable Sources , Robertson a reconnu qu’il n’avait aucun moyen de confirmer les affirmations qu’il avait diffusées. Le Hezbollah, a-t-il expliqué, contrôlait les déplacements des journalistes et ce qu’ils pouvaient voir.
D’autres journalistes ont décrit des pressions similaires.
Christopher Allbritton, collaborateur du magazine Time, a écrit que le Hezbollah possédait des copies des passeports de journalistes et avait menacé certains reporters.
Richard Engel, de NBC, a rappelé les avertissements des responsables du Hezbollah : « Écoutez, nous sommes sérieux, nous vous tuerons si vous filmez ces roquettes lancées. »
Une réalité qui mérite d’être reconnue
Les journalistes travaillant dans les zones de conflit méritent d’être reconnus pour les dangers auxquels ils sont confrontés. Couvrir l’actualité dans des régions influencées par des groupes comme le Hezbollah est loin d’être facile.
Mais si les médias veulent vraiment défendre la liberté de la presse, ils doivent aussi reconnaître les forces qui la menacent.
Lorsque des organisations armées menacent des journalistes ou exigent des poursuites judiciaires à leur encontre simplement pour avoir rapporté ce qu’elles ont vu, ce fait devrait être rapporté avec la même visibilité que tout autre développement du conflit.
Autrement, le public se retrouve avec une image incomplète, dans laquelle l’intimidation qui façonne l’information elle-même reste largement invisible.
Et ce silence sert en fin de compte les intérêts de ceux qui préfèrent que leurs activités restent dans l’ombre.
Fort d’une expérience de plus de vingt ans au sein de diverses organisations non gouvernementales au Royaume-Uni et en Israël, Simon Plosker a rejoint HonestReporting en octobre 2022 en tant que directeur éditorial, après avoir fait partie de son équipe de direction de 2005 à 2020. Avant son premier passage chez HonestReporting, il a travaillé en Israël pour NGO Monitor et BICOM, et a brièvement servi au sein de l’unité du porte-parole de Tsahal.
JForum.fr avec HonestReporting
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