C’est une petite ville entourée de terres agricoles comme il en existe des centaines en France. Saint-Soupplets, situé dans le nord de la Seine-et-Marne, a 3.500 têtes, son église, son bureau de Poste et son centre culturel. Elle a également, et c’est une première, sa liste Rassemblement national pour des élections municipales le 15 mars prochain. « J’ai grandi ici, j’ai vu ma ville évoluée, avec des choses qui fonctionnaient et d’autres qui fonctionnaient moins bien… », dit Sébastien Burdeau, tête de liste RN. « Avec un ami, on a réfléchi à un projet, on a monté la liste, puis j’ai demandé l’investiture sur le site du parti, je suis passé devant la commission et c’était bon », ajoute l’ostéopathe de 25 ans.
Le Rassemblement national a de grands espoirs pour ces élections municipales. Le mouvement revendique 763 listes déposées en préfectures (contre environ 500 en 2020), dont 601 investies sous ses propres couleurs et 162 où il sera « en soutien ». A un an de la présidentielle, Jordan Bardella rêve de s’offrir des victoires tonitruantes dans plusieurs grandes villes comme Toulon, Nice, Marseille ou Nîmes. Mais le parti à la flamme cherche également à améliorer son maillage territorial, en s’implantant dans les villes moyennes et même de bien plus petites communes.
Le RN mise sur la sécurité
« Ce n’est pas normal d’avoir des villages ou des villes qui votent à 70 % pour nous aux élections nationales, et de n’avoir aucun élu au conseil municipal ou des maires qui nous sont hostiles », résume Aymeric Durox, sénateur RN de Seine-et-Marne et patron du parti en Ile-de-France. A Saint-Soupplets, Jordan Bardella a recueilli 46,39 % des voix aux européennes 2024, soit 15 points de plus que sa moyenne nationale. Alors, dans cette petite commune, le mouvement entend prospérer sur ses thèmes de prédilection. « On pourrait se dire que la sécurité n’est pas un sujet dans les campagnes. Mais les gens sont inquiets, car un voisin a été cambriolé ou une voiture a été dépouillée, même ici il y a une hausse de la délinquance, c’est une problématique importante », souffle Sébastien Burdeau, qui rêve de faire tomber le maire divers droite depuis 2014, Stéphane Devauchelle.
Des listes RN seront présentes dans d’autres petites communes en France, comme à Bazouges-Cré-sur-Loir (2.000 habitant) dans la Sarthe, à Donges (8.000 habitants) en Loire-Atlantique, ou encore à Crèvecœur-le-Grand (3.400 habitants) dans l’Oise. Mais la dynamique nationale du RN et l’insécurité au cœur des préoccupations des Français seront-elles suffisantes pour faire tomber les maires en place ? Pas forcément.
« Dans les communes de moins de 10.000 habitants, l’enjeu local a tendance à être au moins aussi important que l’étiquette nationale. Donc il ne faut pas s’enflammer… », prévient l’eurodéputé RN Aleksandar Nikolic, délégué national aux fédérations. « Mais le mandat local est celui où l’on apprend le plus. Quand on est élu d’opposition, on doit connaître ses sujets, apprendre à parler en public, parfois gérer un groupe…. c’est très formateur », ajoute le porte-parole du RN.
Poursuivre la dédiabolisation
L’implantation dans les communes moyennes ou plus petites est donc utile dans l’optique de « dédiaboliser » le parti.
« « L’objectif est de passer d’un parti de masse à un parti d’élus, note Aymeric Durox. Quand on a des élus RN dans un village, ça devient quelque chose de palpable. Ce n’est plus seulement Marine et Jordan qu’ils voient à la télé. Ce sont des gens avec qui ils peuvent discuter, le voisin, ou le marchand du coin, c’est du concret. Cela nous aide en matière de notabilisation. » »
A condition d’échapper aux polémiques sur le profil des personnes investies. Et le parti a de nouveau été confronté aux « brebis galeuses » sur certaines communes, obligeant à retirer certaines investitures. Sébastien Burdeau a lui été épinglé pour des propos sur la peine de mort ou le wokisme, le contraignant à mettre hors-ligne son compte X. « Je l’ai mis en pause pour éviter ce genre de polémiques », balaie-t-il.
L’élection d’élus locaux est aussi importante pour le mouvement en vue des sénatoriales de septembre et dans l’optique de prendre des cantons aux départementales de 2028. Mais le parti est loin d’avoir régler ses problèmes d’implantation et peine toujours à trouver des candidats sur l’ensemble du territoire. Selon un décompte du Monde, le RN sera absent dans huit départements de France métropolitaine et n’aura qu’un ou deux candidats dans 35 autres départements.
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