Guerre en Iran : C’est quoi cette île de Kharg, 25 km2 au centre du conflit désormais ?

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C’est une petite île qui pourrait devenir la clé de voûte de l’attaque américano-israélienne en Iran. Ce dimanche 8 mars, Téhéran s’est réveillé sous une épaisse fumée noire après des frappes israéliennes sur des dépôts de pétrole de la capitale iranienne. Une première attaque sur des sites énergétiques qui pourraient laisser augurer d’une autre, bien plus stratégique sur l’Île de Kharg.

Cet îlot de 25 km2, soit un quart de la surface de Paris, est en effet, le cœur de l’économie pétrolière de l’Iran. Si Chris Wright, le ministre de l’Énergie américain a assuré sur CNN ce dimanche que les Etats-Unis ne « prévoient pas de viser l’industrie pétrolière iranienne, leur industrie gazière ou quelque élément que ce soit de leur industrie énergétique », des sources citées par le média américain Axios indiquent que la Maison Blanche aurait étudié ces derniers jours la possibilité de prendre le contrôle de l’Île de Kharg. Ce qui représenterait un coup dur pour le régime iranien.

« L’île au pétrole »

Et pour cause, surnommée « l’île au pétrole », elle abrite le principal terminal gérant plus de 90 % des exportations de pétrole iraniennes. Reliée via des pipelines à différents sites d’extractions (les champs pétrolifères de Khouzestan et des réservoirs sous-marins du Golfe), l’île dispose de cuves de rétention qui peuvent accueillir l’équivalent de sept millions de barils de pétrole par jour et des quais adaptés au chargement des pétroliers.

Selon Jean-Pierre Favennec, conseiller et spécialiste Énergie, l’Iran, avant le début de la guerre, produisait « entre 3 et 4 millions de barils par jour ».

Principale source de revenus des Gardiens de la révolution

Si l’Île de Kharg revêt une importance stratégique, c’est surtout parce qu’elle est la principale source de revenus des Gardiens de la révolution qui perçoivent environ 50 % des exportations de pétrole du pays ce qui leur permet, notamment, de payer les fonctionnaires, les forces armées, les milices régionales et tout l’appareil sécuritaire du régime. Privés de cette ressource, la milice du régime des Mollahs se trouverait en très grande difficulté dans la guerre qu’ils mènent pour leur survie.

« Les installations pétrolières de l’île de Kharg sont vitales pour le système pétrolier iranien et leur fonctionnement continu est essentiel à la prospérité économique de l’Iran », estimait la CIA, dans une note repérée par la revue Le Grand Continent rédigée en 1984 et déclassifiée en 2010.

Selon le média Bloomberg, si le détroit est paralysé depuis plusieurs jours, des opérations de chargement et de transit ont encore eu lieu ces derniers jours sur l’île.

Refaire le coup du Venezuela

Les Etats-Unis pourraient également voir un autre intérêt à prendre le contrôle de l’Île de Kharg. A la manière dont Donald Trump a pris possession du pétrole vénézuélien après l’enlèvement de Nicolas Maduro, le président américain clame depuis des jours qu’il aura son mot à dire dans la désignation du successeur d’Ali Khamenei, tué par des frappes américaines le 28 février dernier. Une manière, peut-être, de refaire un coup à la « Delcy Rodriguez », à savoir nommer une personnalité à sa main pour prendre possession du pétrole iranien, même si la nomination de Mojtaba Khamenei ne semble pas vraiment aller dans ce sens.

Kharg island se situe à une vingtaine de kilomètres de la côte de l'Iran en plein Golfe persique.
Kharg island se situe à une vingtaine de kilomètres de la côte de l’Iran en plein Golfe persique. - Google maps

Selon l’historien Guy Laron, cité par Le Grand Continent, avant le déclenchement de l’opération Epic Fury le 28 février dernier, alors que les forces américaines se massaient dans la région, l’Iran a augmenté ses exportations de 1,5 million à 4 millions de barils par jour. « Cela signifie que les Iraniens […] ne croient pas qu’il cherche à instaurer un changement de régime […]. Il ne vise qu’à s’emparer du pétrole. »

La Chine risque de tiquer

Un « but de guerre » sans doute plus délicat à mener à bien qu’en Amérique latine. Si Donald Trump n’a pas exclu, ces derniers jours, une intervention militaire terrestre en Iran, des frappes ciblées et limitées plutôt qu’une invasion à grande échelle, un paramètre reste susceptible de retenir ses ardeurs : la présence de la Chine dans l’équation.

En effet, près de 90 % du pétrole iranien est destiné à l’Empire du Milieu qui ne verrait sans doute pas d’un bon œil une intervention américaine après avoir déjà perdu le Venezuela. Ce qui l’obligerait à se tourner davantage vers la Russie et Vladimir Poutine et pourrait créer des tensions avec les Etats-Unis. Des tensions que Donald Trump préférerait sans doute éviter.

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