Guerre en Iran : Des influenceurs exfiltrés de Dubaï attendus par des agents de l’Urssaf à l’aéroport ? Absolument pas

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Sur la photo, deux personnes en uniforme bleu marine. Au niveau du biceps de l’une d’elles, un brassard avec écrit en lettres majuscules blanches sur fond bleu « URSSAF ». En légende, est précisé : « L’Urssaf contrôlera les Français qui reviennent de Dubaï dès leur arrivée à l’aéroport ». Depuis dimanche dernier, ces publications pullulent sur les réseaux sociaux.

L’origine de ces contenus, ce sont les vidéos d’influenceurs français installés à Dubaï qui appellent leur pays natal à les exfiltrer de la principauté des Emirats arabes unis où ils résident. Car elle victime depuis dimanche des frappes iraniennes menées en représailles aux attaques américaines et israéliennes. Parmi eux se trouve notamment Maeva Ghennam, pourtant interdite de quitter le territoire depuis sa condamnation en France pour « pratiques commerciales trompeuses » en octobre 2025. « On est Français. La France, protégez-nous », écrivait-elle dans l’une de ses story publiée le 1er mars sur Instagram.

Présentés au départ comme de simples railleries, ces photomontages sont devenus à tel point viraux sur les réseaux sociaux que le doute a commencé à poindre chez certains : si ces influenceurs étaient rapatriés en France, pourraient-ils être épinglés par l’Urssaf pour n’avoir pas payé leurs impôts en France ces dernières années ? « Cheh », disent certains, persuadés que le retour au pays de ces « évadés fiscaux » sonnera le glas de leur fortune.

FAKE OFF

En réalité, jamais l’Urssaf ne contrôlera un entrepreneur à la descente d’un avion, dans un aéroport, qu’il soit influenceur ou non. « Les contrôles de l’Urssaf ne sont pas des contrôles de douanes qui viendraient regarder dans vos bagages », confirme auprès de 20 Minutes Emmanuel Gayat, avocat au barreau de Paris, spécialisé en droit du travail et en droit social.

L’Urssaf est chargé de vérifier les cotisations de Sécurité sociale mais ne s’occupe absolument pas de contrôler le régime fiscal d’une entreprise ou d’un entrepreneur indépendant. « Dans la loi française, ne sont redevables d’impôts sur le revenu que les personnes dont la résidence fiscale se trouve en France, peu importe leur nationalité, précise l’avocat. En revanche, l’Urssaf peut aller regarder leur comptabilité. »

Certains expatriés exemptés de cotisations fiscales

Pour être imposable en France, il faut donc être résident fiscal français ou avoir des revenus de source française. Des influenceurs français comme Maeva Ghennam ou Caroline Receveur, qui sont expatriés à Dubaï et exercent leur activité de créateur de contenu depuis la principauté, ne seront donc pas soumis au régime fiscal français tant qu’ils résident aux Emirats arabes unis au moins 183 jours par an.

C’est l’inverse pour les cotisations sociales qui, elles, ne sont pas liées au lieu de résidence de l’entrepreneur. « En matière de Sécurité sociale, les cotisations sont dues y compris sur des revenus qu’on perçoit à l’étranger si l’activité qui les a générés est en France », détaille Emmanuel Gayat. Des contrôles de l’Urssaf pourraient donc avoir lieu dans les cas où les revenus de ces influenceurs sont générés grâce à des activités ayant lieu en France.

Mais mêmes inopportuns, ils restent très encadrés et doivent obligatoirement avoir lieu soit au siège de l’entreprise concernée, soit « sur pièces », c’est-à-dire à distance grâce aux éléments fournis par les personnes soumises à une vérification. « Mais les contrôles inopinés des entrepreneurs indépendants restent très rares, assure Emmanuel Gayat, sauf s’il y a vraiment de la dissimulation de l’emploi. Dans ce cas-là, ça se passe plutôt sur des chantiers, par exemple. C’est le cas pour certains artisans ».

Aux Emirats, un impôt sur les sociétés à 9 %

Bien qu’installés aux Emirats arabes unis, territoire connu pour être fiscalement intéressant, les créateurs de contenus sont eux aussi soumis à des obligations fiscales. Depuis le 1er juin 2023 et l’entrée en vigueur du décret-loi fédéral n° 47 sur l’imposition des sociétés et des entreprises – premier régime fédéral d’imposition des sociétés du pays –, ils sont notamment tenus de s’enregistrer auprès de l’autorité fiscale fédérale, quels que soient leurs revenus. Ceux qui gagneraient 375.000 AED (soit près de 88.000 euros) ou plus par an via leurs activités d’influenceurs sont redevables d’un impôt sur les sociétés de 9 %. Un chiffre qui reste très faible, au regard du régime d’imposition français.

« Par contre, ce qui est certain, c’est que s’ils sont rapatriés en France dès maintenant, ça risque de changer pas mal la donne, explique Emmanuel Gayat. Etant donné que nous sommes au mois de mars, s’ils restent plus de la moitié de l’année ici, ce qui ne serait pas délirant au vu de la situation, alors ils devront payer leurs impôts 2026 en France ».

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