Guerre en Iran : Pourquoi les Etats-Unis ont des bases militaires (presque) partout à travers le monde ?

Vues:

Date:

Le refus espagnol de collaborer avec les Etats-Unis dans sa guerre contre l’Iran, en ne leur donnant pas accès à deux de ses bases, fait apparaître une réalité parfois méconnue : l’armée américaine est un empire militaire implanté dans le monde entier. Les Etats-Unis possèdent en effet le réseau de bases militaires le plus étendu de l’histoire moderne.

Selon le Congrès, il y aurait 128 bases permanentes situées 51 pays, même si des experts évoquent 750 et 800 sites militaires à l’étranger, répartis dans environ 95 pays. Certains des plus petits sites, parfois secrets, peuvent être utilisés occasionnellement, pour des opérations spéciales et du renseignement. Où sont ces bases américaines, et à quoi servent-elles ? On fait le point.

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils autant d’implantations militaires à l’étranger ?

Le maillage militaire américain à l’étranger est l’héritage de l’histoire mouvementée du XXe siècle et raconte la guerre froide puis les guerres « contre la terreur ». La majorité des bases américaines ont été construites après la Seconde Guerre mondiale, afin de contrer l’URSS jusqu’à sa chute en 1991. Une nouvelle vague d’installations militaires a été décidée après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, et le commencement des guerres en Afghanistan et en Irak.

« Les Etats-Unis sont la seule puissance au monde qui a divisé la planète en plusieurs gigantesques commandements, estime Alain De Neve, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) à Bruxelles. Il n’y a aucune autre puissance qui n’a eu la prétention ou la capacité de le faire ». Ce qui fait dire à certains observateurs critiques que « les États-Unis se partagent leur empire, comme l’Empire romain a partagé ses possessions en provinces, avec le détachement de consuls et de proconsuls », avance l’expert.

A quoi servent ces bases américaines ?

Ces bases ne sont pas de simples pistes d’atterrissage. Elles remplissent plusieurs objectifs, dont le premier est de pouvoir intervenir n’importe où en quelques heures. Elles assurent aussi un objectif de surveillance, en collectant des renseignements via les « grandes oreilles » que sont les stations d’écoute, et par les drones. Ces bases ont aussi pour fonction de contrôler les routes commerciales, en sécurisant les flux de pétrole et de marchandises.

Elles assurent par ailleurs un rôle de dissuasion face à aux adversaires régionaux. « Certaines installations ont une finalité diplomatique [plutôt que purement militaires], pour que soient établies des relations entre le département de la défense américain et les autorités du pays », rappelle Alain De Neve.

Où sont situées les bases américaines à l’étranger ?

« De manière contre-intuitive avec ce qu’il se passe aujourd’hui au Moyen-Orient, l’Europe reste le  » hub  » principal des forces militaires américaines, avec près de 70.000 personnels basés de manière permanente dans une trentaine de bases », liste l’expert en sécurité et défense. Un chiffre fluctuant car, « avec la situation sécuritaire européenne liée au conflit en Ukraine, il y a de 10.000 à 15.000 personnels supplémentaires », précise Alain De Neve.

L’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni comptent le plus de troupes américaines sur leur territoire, les Britanniques leur louant une base au beau milieu de l’océan Indien, dans l’atoll Diego Garcia.

Mais le cœur battant de la présence américaine en Europe reste la base aérienne de Ramstein, en Rhénanie-Palatinat (Allemagne). C’est ici qu’arrivent toutes les troupes et le matériel circulant entre les États-Unis, l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Quant à la France, elle n’accueille plus de base américaine depuis la mesure d’expulsion décidée par le général de Gaulle en 1966.

Où sont situées les autres bases ?

Dans le reste du monde, les principaux pays hôtes sont le Japon et la Corée du Sud, considérés comme prioritaires pour contrer l’influence de la Chine. Au Moyen-Orient, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et la Jordanie sont aujourd’hui sous forte tension avec la guerre en Iran. La base d’Al-Udeid au Qatar et la Cinquième flotte à Bahreïn ont été la cible de frappes de représailles des Iraniens depuis le lancement de l’opération « Fureur épique », le 28 février.

Quels accords entre les États-Unis et les pays hôtes pour régir ces bases ?

Les bases américaines à l’étranger ne sont pas des territoires extraterritoriaux, et « le pays hôte reste le gardien ultime de l’emploi qui est fait de cette base », rappelle le chercheur Alain De Neve. Les Etats-Unis se sont pliés aux décisions souveraines des Etats, comme en 2024 en quittant le Mali, ou en 2025 en limitant l’usage des bases philippines à de la logistique et de l’aide humanitaire.

Mais la question du mépris de la souveraineté des pays hôtes se pose en ce mois de mars 2026. En suggérant que les États-Unis pouvaient se passer de l’autorité de l’Espagne pour utiliser les bases de Rota et Morón afin de frapper Téhéran, Donald Trump a ouvert une crise diplomatique majeure avec Madrid, et interroge parmi les alliés.

Comme l’analyse Alain De Neve, les États-Unis souhaiteraient ne plus avoir besoin d’implantations à l’étranger : « leur souhait ultime serait de se doter de capacités militaires d’intervention leur permettant d’échapper à cette dépendance territoriale ». Cela passe notamment par des avions pouvant voler longtemps et loin, permettant de frapper des cibles, avant de revenir sur le sol américain. Aujourd’hui, seuls quelques types de bombardiers ont la capacité de voler aussi longtemps et loin.

Le dossier Armée

Les Etats-Unis pourraient-ils quitter l’Europe ?

« Malgré les tensions avec les États-Unis sur l’Ukraine ou le Groenland et la volonté de se doter d’une autonomie stratégique, les Européens prennent toujours soin de souligner l’intérêt d’une présence américaine en Europe », souligne Alain De Neve. La peur d’une fermeture de bases américaines n’est pas à l’ordre du jour, selon l’expert. « Les pays européens peuvent craindre sans doute une réallocation des ressources mais pas une fermeture de bases, et encore moins la disparition de la présence américaine en Europe », continue le chercheur.

Malgré une réorientation stratégique en Asie-Pacifique pour contrer la Chine, le continent européen représente toujours le « heartland », une région centrale pour les Etats-Unis, explique le spécialiste, qui précise que la fermeture d’une base coûterait par ailleurs trop cher à Washington.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img