«Ah ! Si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour nous pouvions apaiser la haine du monde ! », peut-on lire dans le recueil de Pablo Neruda, « Résider sur la terre », publié entre 1933 et 1947. Un ouvrage suspendu entre espoir et désespoir, et qui mardi soir, posé sur le bureau d’Emmanuel Macron, s’est transformé en message implicite adressé aux Français.
Pour son allocution consacrée à la guerre au Moyen-Orient, le président de la République a semé des indices, offerts à ceux qui ont le goût du détail. Sur son bureau, les téléspectateurs ont pu remarquer un soldat de plomb, des badges militaires et un ouvrage posé en évidence. Il s’agissait du recueil de poésie de Pablo Neruda, « Résider sur la terre », volume de la collection Quarto (Gallimard). Un détail ? En communication politique, il n’y a pas de hasard.
« La présence de cette ouvrage suggère une réelle réflexion. »
En posant ce livre à portée de regard des caméras, Emmanuel Macron ne cite pas explicitement Neruda. Pourtant, le message est là. Selon Yassine El Yattioui, docteur en science politique et relations internationales à l’Université de Salamanque et chargé d’enseignement à l’Université Lumière Lyon-2, « la présence de l’ouvrage de l’auteur chilien suggère une réelle réflexion. Pablo Neruda parle de l’angoisse et de la fragmentation du monde. Il a une résonance sur l’actuelle désarticulation de la géopolitique ».
Il souligne aussi la présence du marque-page placé à la fin du recueil, qui « peut être interprétée comme un cycle historique ». Le livre « suggère une certaine conscience du président vers un basculement stratégique », reliant la poésie à la lecture politique de la situation internationale.
L’importance des références littéraires
Yassine El Yattioui rappelle également que « la tradition des présidents français est de faire des références littéraires. Cette fois, Macron fait un pas de côté en choisissant un auteur étranger ». Prix Nobel de littérature en 1971, Pablo Neruda n’était pas qu’un immense poète. Né en 1904, mort en 1973, il fut aussi sénateur au Chili et diplomate. Intellectuel engagé, il s’est confronté aux grandes convulsions de son siècle : dénonciation du fascisme, défense des républicains espagnols, combat pour les droits des peuples.
Sa trajectoire politique est indissociable de son œuvre. Neruda incarne une voix de contestation, de résistance face aux formes d’ingérence et de domination étrangère. Il fut notamment très critique à l’égard de l’interventionnisme américain en Amérique latine.
Le recueil ne figure pas seul sur le bureau. D’autres symboles ont attiré l’œil des téléspectateurs : « Comme le petit soldat de plomb de l’armée napoléonienne, explique l’expert. Le mélange de la poésie et de l’imaginaire de la projection de puissance rappelle que la France n’a jamais été aussi puissante et grande qu’à l’époque napoléonienne ».
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