Zini lâche-t-il vraiment Netanyahu ?
Le ton était inhabituel pour une institution qui cultive la discrétion. Lors d’une conférence interne réunissant la direction du Shin Bet en présence du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le patron de l’agence, David Zini, a choisi de s’aligner publiquement sur les conclusions de l’enquête interne portant sur la journée du 7 octobre. Sans attaquer directement Netanyahu, il a acté une rupture de fait : « j’accepte l’enquête de service sur le massacre de Sim’hat Torah », a-t-il affirmé, tout en balayant les accusations complotistes de « trahison » ou de « collaboration » au sein de l’appareil sécuritaire.
Dans le contexte israélien actuel, la nuance compte autant que les mots. Zini était souvent décrit comme un profil proche du Premier ministre, ce qui rend sa prise de position d’autant plus significative. Elle valide un récit institutionnel qui reconnaît des défaillances graves — et qui, surtout, n’écarte pas la dimension politico-stratégique des choix opérés avant l’attaque. C’est précisément ce point qui heurte le narratif promu par Netanyahu ces derniers mois : une lecture visant à concentrer la responsabilité sur les échelons sécuritaires, tout en requalifiant la guerre dans un registre plus mobilisateur et moins accusateur.
L’enquête du Shin Bet, rendue publique auparavant, admettait que l’agence n’avait pas empêché l’attaque, qui a fait environ 1 200 morts et 251 otages. Elle détaillait une chaîne de causes : mauvaise exploitation, sur plusieurs années, d’indices et de plans d’attaque ; partage flou des responsabilités d’alerte entre l’armée et le service ; difficulté à adapter des méthodes antiterroristes à un adversaire agissant comme une force quasi militaire ; et, la nuit précédant l’assaut, des failles dans la fusion du renseignement et la coordination opérationnelle. Le document évoquait aussi des facteurs structurels ayant permis au Hamas de se renforcer : une stratégie consistant à acheter des périodes de calme, l’érosion de la dissuasion, et des flux financiers ayant alimenté l’écosystème de Gaza.
Ces conclusions avaient placé l’ancien directeur, Ronen Bar, dans la ligne de mire du pouvoir politique. Bar avait réclamé une commission d’enquête d’État, demande hautement sensible à l’approche de nouvelles échéances électorales. En parallèle, l’affaire dite « Qatargate » — soupçons de liens financiers entre des proches du Premier ministre et le Qatar — a aggravé la défiance, au point d’alimenter une bataille juridique sur la tentative de limogeage de Bar. La Cour suprême est intervenue, et Bar a finalement quitté ses fonctions, laissant l’agence dirigée provisoirement par un adjoint connu sous une simple initiale avant l’entrée en fonction de Zini.
Depuis, le climat ne s’est pas apaisé. Une lettre d’anciens chefs du Shin Bet et de responsables de division a dénoncé des attaques politiques « sans précédent » contre l’institution et a reproché à Zini son silence. C’est ce mutisme que sa déclaration vient fissurer. En reconnaissant la validité de l’enquête et en rejetant les théories de la trahison, Zini ne tranche pas tout. Mais il fixe une ligne : restaurer une base factuelle, protéger l’autorité professionnelle du service, et rappeler qu’un débat sur les responsabilités ne peut durablement s’affranchir des conclusions des organismes chargés de la sécurité.
En Israël, et plus largement en politique, les conclusions trop rapides sont souvent trompeuses. Derrière les déclarations publiques se jouent des équilibres plus complexes. Il ne faut pas oublier que, ces derniers mois, certains cercles institutionnels ont tenté d’écarter David Zini de son poste à la tête du Shin Bet. À cela se sont ajoutées les difficultés juridiques rencontrées par son frère, ainsi que des discussions internes évoquant la possibilité de lui retirer certaines prérogatives au sein de l’appareil sécuritaire.
Dans ce contexte, la prise de position actuelle de Zini peut être lue de plusieurs manières. Faut-il y voir un simple alignement sur les conclusions professionnelles de son agence, ou bien un compromis tactique destiné à desserrer l’étau de ses adversaires ? L’hypothèse mérite d’être posée sans être érigée en certitude. En politique comme dans les institutions de sécurité, les rapports de force évoluent souvent à bas bruit. Attendre et observer reste parfois la seule attitude raisonnable : l’avenir dira peut-être quelle lecture était la bonne.
Jérémie de Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

