Sur ce coup-là, Donald Trump est numéro 1. Mardi, le président américain a donné le plus long discours sur l’état de l’Union de l’histoire des Etats-Unis. Sa durée – 1h47 – dépasse de près d’une demi-heure le précédent record, tenu par le démocrate Bill Clinton en 2000. Selon le New York Times, les discours de l’Etat de l’Union de Donald Trump durent 107 minutes en moyenne, contre 74 pour Joe Biden et seulement 37 minutes pour le moins prolixe George W. Bush. C’est dire si le locataire de la Maison-Blanche est bavard.
Les grands discours font vivre l’histoire politique. Chez les dictateurs, ils sont généralement longs, voire très long. De Joseph Staline dont certaines interventions duraient deux heures à Adolf Hitler, connu pour hypnotiser les masses avec ses mots, en passant par Fidel Castro dont certaines allocutions ont pu atteindre sept longues heures. De là à dire que le discours de Donald Trump revêt des atours dictatoriaux ? « La longueur du discours n’est pas forcément un signe de dérive dictatoriale, mais on décèle des éléments antidémocratiques », analyse Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, spécialiste des présidents et auteur de Les mots de Trump (Dalloz).
Une scénographie léchée
Applaudissements, petits cris d’enthousiasme, haie d’honneur… Lorsque le magnat de l’immobilier s’est présenté devant le Congrès américain, une masse de Républicains se sont pressés pour l’effleurer ou lui réclamer un selfie. A tel point que certains journaux, comme The Guardian, ont évoqué une mise en scène de « monarque médiéval ». Alors que les invités sont « généralement déjà présents dans la salle dès le début du discours, il a fait entrer des personnalités une à une comme sur une scène. Metteur en scène, commentateur, sportif… Il prend plusieurs casquettes », analyse Jérôme Viala-Gaudefroy.
Le président américain est connu pour ses logorrhées, si fréquentes qu’elles mettent à mal les sténographes de la Maison-Blanche. « A priori, il s’agit de son dernier mandat et il adore être au centre de l’attention. Cela lui permet de saturer l’espace et de contrôler le narratif », explique Jérôme Viala-Gaudefroy. Cette mise en scène lui permet aussi de se présenter comme le « sauveur » de l’Amérique. « On est dans un discours religieux, fréquemment convoqué en politique aux Etats-Unis, mais ici particulièrement tourné vers lui. C’est lui, en étant simplement élu, qui a offert la rédemption aux Etats-Unis », note l’expert.
Un « test de loyauté »
Au-delà de ce qui frise le culte de la personnalité, renforcé par la tentative d’assassinat dont il a été victime, Donald Trump surveille son camp de plus en plus près. Mardi, lors de son discours, tout en parlant, il surveillait ceux qui se levaient et qui applaudissaient. Ou plus particulièrement ceux qui ne le faisaient pas. « Vous devriez avoir honte de vous ! », a-t-il aussi vociféré à l’encontre de ceux qui ne l’applaudissaient pas. « C’est une forme de test de loyauté », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy.
Dans une étrange mise en scène, il a également invité les membres du Congrès à se lever s’ils étaient d’accord pour que le gouvernement protège les citoyens « et non les étrangers en situation irrégulière ». Objectif : créer une image forte, selon The KBS Chronicle : « d’un côté, ceux qui défendent « l’Amérique », de l’autre, ceux qui la rejetant ouvertement ».
Les calculs ne sont pas bons, Donald
Sur le fond, le président des Etats-Unis a continué à déformer – voire inventer – la réalité. Du prix de l’essence aux fraudes électorales fantaisistes en passant par sa déclaration selon laquelle « au cours des neuf derniers mois, aucun étranger en situation irrégulière n’a été admis aux Etats-Unis », les mensonges se sont multipliés. « Dans ce discours, Donald Trump a donné 70 à 80 % de chiffres faux ou trompeurs. Parmi eux, 35 à 40 % sont totalement faux. Or, il donne beaucoup de chiffres », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy.
Cette tendance à la falsification de la vérité – même si elle ne date pas d’hier – « est une marque du populisme et de certaines formes de dictatures, à travers la propagande, même si les Etats-Unis n’en sont pas là », note-t-il. Comme toutes les dérives politiques, Donald Trump marque aussi et surtout par son extrémisme et par ses paroles de haine. Le dirigeant a notamment jeté l’opprobre sur la communauté somalienne du Minnesota, qualifiée de « pirate » qui « pille » l’Etat. Derrière le spectacle se trouve bien un discours dangereux pour les habitants des Etats-Unis, alors que deux citoyens ont été tués en pleine rue par la police de l’immigration ces deux derniers mois.
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