L’Abécédaire d’Averroès Ali Ben Makhlouf

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L’ABÉCÉDAIRE D’AVERROÈS
Ali Ben MAKHLOUF
(Éditions de l’Observatoire 2025)

Comme le souligne l’auteur de cet essai dès les premières lignes, ce qui tient le plus à cœur à Averroès n’est autre que la promotion des études philosophiques.

En effet, cela représente l’essentiel de sa noétique, c’est son projet à la fois éthique et philosophique.

Pour Averroès la société elle-même doit se soumettre à ce désir car la religion la mieux inspirée est justement celle éclairée par la philosophie. Ce projet n’est pas à la portée de tous, ce qui explique la corruption des sociétés contemporaines qui ont banni la vertu de leurs institutions.
L’état général de la société ne pouvait pas satisfaire un philosophe de la trempe d’Averroès.

Certes, au gré du profane, les termes médiéval et moyenâgeux signifient la même chose, ce qui constitue un grave contresens.

Mais pouvons-nous vraiment englober la révélation divine dans nos spéculations humaines, vu les limites intrinsèques de notre intellect dit hylique ?

En effet Averroès a tenté d’établir, sans le moindre doute possible, selon lui, une surface où l’intellect peut se déployer du mieux qu’il peut. Et cet intellect constitue l’une des questions philosophiques les plus ardues du moyen-âge dans ses commentaires.

Notamment sur Aristote, il se livre à des développements qui en ont repoussé plus d’un, lesquels se sont laissé décourager par le caractère aride et ardu de ces mêmes commentaires.

Le problème de fond entrevu par Averroès continue d’être le rapport entre la philosophie et la religion ce qui fait qu’une part non négligeable de ses écrits est occupée par la théologie.
Il m’est particulièrement agréable de revenir sur cette question de l’intellect qui doit à l’intellect agent le fait de passer de la puissance à l’acte.

Cette question comme je le disais plus haut, n’est pas facile à expliciter car l’écrit majeur sur cette question par Averroès ne nous a pas été conservé si ce n’est dans une version hébraïque et dans un hébreu rabbinique complexe qui n’en facilite pas la compréhension mais qui a le mérite d’exister.

Cet aspect de la pensée d’Averroès ne nous a été connu que par des traductions en latin et donc pas dans la langue arabe originale.

Il s’agissait de savoir comment l’intellect procède.
Nous allons passer en revue 3 aspects de la pensée d’Averroès :

L’exégèse spirituelle des versets coraniques,
Le traité décisif (FASL AL MAQAL),
La réfutation par Averroès, notamment dans La destruction de la destruction d’Al-Ghazali (1058-1111).

Averroès ne craint pas de dire que c’est le sens logique qui prime chaque fois que l’on se heurte à un passage difficile des saintes écritures.

La raison doit prévaloir.

Quant aux qualités requises pour intégrer la philosophie à la vie quotidienne, Averroès définit très exactement ceux qui sont aptes à philosopher et ceux qui ne le sont pas.
Certaines parties peuvent paraître arbitraires, mais Averroès persiste dans cette voie et considère que la parole divine doit recevoir l’aval du raisonnement philosophique.

Le troisième élément auquel Averroès a consacré une partie de sa vie porte sur sa confrontation avec le théologien que j’ai nommé plus haut, Al Ghazali. Ce dernier avait conçu le projet ambitieux de détruire le raisonnement philosophique appliqué à la religion.

Il avait intitulé son attaque contre la philosophie : « Les intentions des philosophes ».
Il y attaquait sévèrement les notions philosophiques de Dieu, du monde et de l’homme.

AVERROÉS après quelques années, s’en est pris à cette présentation biaisée de la philosophie qui ne reposait que sur une source contestable.
Dans l’histoire de la philosophie ce passage constitue un tournant, il explique qu’Averroès n’a pas eu de disciples de sa communauté religieuse, et principalement chez les juifs et les chrétiens.

L’héritage d’Averroès semble avoir été incompatible avec les sources rationnelles.

Il est un problème qui n’est pas du tout abordé, c’est celui du rapport aux sources juives qui nous ont livré un Averroès hébraïque comme il y aura un Averroïsme latin, ce point qui est classique est évidemment contesté par ce brillant essai.

Averroès se situe au carrefour des civilisations et des cultures, son ralliement à l’universalité a fait que sa pensée est compatible avec d’autres pensées, il est l’un des maîtres spirituels de l’Europe tout comme Albert le Grand (12e siècle) et Maïmonide.

Ernest Renan en 1850 avait publié un important travail sur Averroès et l’averroïsme.

Maurice-Ruben Hayoun

Maurice-Ruben Hayoun est un philosophe, exégète et historien, spécialiste de la philosophie juive. Auteur de de près de cinquante ouvrages constamment réédités et traduits notamment la philosophie juive allemande.

Le 22/02/2026
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