Dans son uniforme de scout, Anastasia chante pour rendre hommage à ceux qui sont morts dans les combats qui font rage en Ukraine. Avec sa mère, Liubov, la petite fille de 11 ans aux longs cheveux blonds assiste ce dimanche 22 février à une cérémonie commémorative pour les quatre ans de la guerre en Ukraine, organisée par Plast, les scouts ukrainiens de France, dans l’église catholique ukrainienne de Vincennes.
Quelques jours après l’invasion russe le 24 février 2022, mère et fille ont fui leur ville d’origine, Ivano-Frankivsk, dans l’ouest du pays, s’arrêtant en Pologne avant de terminer leur périple en région parisienne. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de la moitié des Ukrainiens arrivés sur le territoire depuis 2022 sont restés, représentant plus de 49.000 adultes en 2025.
Malgré les milliers de kilomètres parcourus, la guerre – et ses traumatismes -reste encore très présente dans leurs vies. « Je suis triste parce que la guerre n’est pas encore terminée », témoigne Anastasia, émue lors de la cérémonie par les récits de vies des soldats, « de tous ceux qui sont morts et nous ont protégés ».
« Toute notre famille est restée en Ukraine »
Leur famille a été durement éprouvée par la guerre : les deux frères de Liubov ont perdu la vie. « Ici, c’est bien, insiste cette femme de 37 ans en essuyant quelques larmes. On a eu de la chance, on a trouvé des gens gentils qui nous aident, mais toute notre famille est restée en Ukraine, il n’y a que nous qui sommes en France. »
Elle ne parle qu’ukrainien, mais sa fille traduit ses paroles. Aujourd’hui, le français semble une formalité, mais la jeune adolescente n’a pas oublié ses premiers pas en CE1. « Trop durs », résume-t-elle. « Je ne comprenais pas la langue. Maintenant, j’ai appris et j’aime trop. » Si elle a une préférence pour les maths, la lecture de BD, Anastasia apprend aussi le violon.
Elle suit également des cours en ligne de l’école ukrainienne et va à des cours en ukrainien le samedi. Pour garder le lien avec son pays mais aussi pour préparer – peut-être – l’avenir. Bien sûr, elle voudrait retourner dans son pays à la fin de la guerre. « Pour retrouver ma famille qui me manque », dit-elle doucement. « A la maison, on donne de l’argent pour les gens qui se battent pour l’Ukraine », ajoute-t-elle. Pour subvenir à leurs besoins, Liubov explique faire des ménages dans des familles avec des contrats courts.
Pour Roman, des premiers mois « compliqués psychologiquement »
Si Anastasia ne connaissait pas les scouts en Ukraine, elle s’y est inscrite sur les conseils de sa mère. Elle y retrouve sa culture et sa langue natale, mais aussi une solidarité entre Ukrainiens nés en France ou exilés à cause de la guerre. Pour Roman, 22 ans, arrivé en France en avril 2022, les scouts lui permettent aussi de rester en lien avec son pays d’origine. « Trouver des amis, une communauté ukrainienne, ça apporte du soutien », reconnaît-il. Originaire d’une petite ville près de Kiev détruite par les bombardements, il a fui la guerre tout comme sa famille, qui s’est installée en Irlande.
Aujourd’hui, il a obtenu sa licence de commerce et habite à Auxerre, dans l’Yonne. En contrat dans une armurerie en ligne, il voudrait poursuivre ses études en France en master. « Ici, j’ai trouvé des moyens d’aider ma nation », souligne le jeune homme, en montrant des pointeurs laser que lui et ses amis ont acheté et qu’ils enverront en Ukraine. Il participe aussi à des collectes alimentaires dans l’Yonne qui permettent d’envoyer de la nourriture pour les civils ukrainiens.
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Les premiers mois en France ont été « compliqués psychologiquement », affirme-t-il. S’il est d’abord resté chez des proches, Roman a ensuite commencé ses études et habité seul dans l’Yonne, sans ses parents à proximité. « Il faut faire des efforts pour apprendre le français aussi, c’est une belle langue, mais avec conjugaison ou une prononciation difficile », sourit-il. Pour autant, il ne pense pas retourner en Ukraine après avoir trouvé ses marques dans l’Hexagone. Il y a aussi gagné son indépendance.
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