Tetsavé: les habits du Cohen Gadol (détails) Vidéo
La paracha en bref
La paracha commence par le commandement d’utiliser de l’huile d’olive pure pour l’allumage quotidien de la Ménora. D.ieu enseigne ensuite à Moché les vêtements spéciaux d’Aaron et de ses fils, incluant l’Ephod élaboré, le ‘hochen Michpat, contenant douze pierres précieuses représentant les tribus, le me’il, et le tzitzit. Les Cohanim normaux portaient des vêtements plus simples: des tuniques, des turbans, des écharpes et des pantalons. Les détails de la cérémonie d’inauguration de sept jours pour les Cohanim sont établis, ainsi que les offrandes de sacrifice deux fois par jour, et enfin les instructions pour l’autel d’encens et son service quotidien.

Tetsavé détaille énormément l’apparence physique du Cohen Gadol
Rabbi Sacks fait référence au Moussaf de Yom Kippour, lorsque nous chantons la façon dont le Cohen Gadol conclut son service et émerge du Saint des Saints : “Telle l’étoile matinale qui brille sur les frontières de l’Est – était l’apparence du grand-prêtre (Maré Cohen).”
Il écrit ensuite que “Au risque d’une simplification excessive, voici comment on pourrait définir la différence entre l’Israël antique et la Grèce antique : là où les Grecs croyaient à la sainteté de la beauté, les juifs croyaient à la hadrat kodech, la beauté de la sainteté.” Les vêtements spéciaux des Cohanim, conçus pour “la dignité et la beauté,” démontrent comment les éléments visuels comptent dans le culte de D.ieu. En effet, la beauté visuelle joue un rôle clé dans notre expérience religieuse. Le pouvoir de la beauté, lorsqu’il est orienté vers l’élévation spirituelle et le service divin, peut être une chose positive. C’est notre tâche d’atteindre un équilibre entre l’appréciation de la beauté et le fait de rester fidèle à nos valeurs.
Dans Tetsavé, la Torah accorde beaucoup de précision et d’attention aux vêtements portés par le Cohen et le Cohen Gadol. Mais pourquoi ? En général, le judaïsme est réticent vis-à-vis des apparences. Saül, le premier roi d’Israël, semblait faire l’affaire. Il “dépassait de l’épaule” tout le reste du peuple. Mais lorsque Samuel devait oindre un le prochain roi d’Israël, D.ieu lui dit : “Ne considère point sa mine ni sa haute taille, celui-là je le repousse. Ce que voit l’homme ne compte pas : l’homme ne voit que l’extérieur, D.ieu regarde le cœur.”
Les apparences sont trompeuses. En effet, le mot hébraïque pour vêtement, begued, provient du même mot hébraïque que “trahir”, comme dans le vidouï ‘Achamnou bagadnou’, “Nous sommes coupables, nous avons trahi”. Jacob utilise les vêtements d’Esaü pour tromper. Les frères de Joseph font de même avec sa tunique ensanglantée. Pourquoi D.ieu a-t-il donc ordonné que les Cohanim portent des vêtements distinctifs comme étant partie intégrante de leur service du Tabernacle, et plus tard du Temple ?
La réponse repose sur la phrase à deux mots qui apparaît deux fois dans notre paracha, définissant ce que les vêtements devaient représenter : lekavod Ouletiferet, “pour la dignité (ou l’honneur) et la beauté”. Il s’agit de mots inhabituels dans la Torah, ou du moins dans un contexte humain. Le mot tiferet – beauté ou gloire – n’apparaît qu’à trois reprises dans la Torah, deux fois dans notre paracha. Le mot kavod (dignité” ou “honneur) – apparaît seize fois, mais la référence est à la gloire de D.ieu. Dans notre paracha, les deux apparitions sont les deux seules occasions dans lesquelles kavod est appliqué à un être humain. Que se passe-t-il donc ici ?
La réponse est qu’elles représentent la dimension esthétique. Cela n’apparaît pas toujours de manière saillante dans le judaïsme. Il s’agit de quelque chose que nous voyons habituellement avec des cultures radicalement éloignées de la Torah. Plusieurs grands empires, comme l’Égypte, la Grèce et Rome, ont construit des palais et des temples monumentaux. Les cours royales furent marquées par des robes magnifiques, des tuniques, des bouffons et des tenues, chaque rang avec son propre uniforme et sa propre finesse. À l’inverse, le judaïsme semble souvent presque puritain dans son évitement de l’apparat et de l’étalage, favorisant des mots entendus plutôt que des apparences observées.
Mais le service du Tabernacle et du Temple étaient différents. Ici les apparences, la dignité, la beauté, faisaient une différence.
Le Rambam explique que pour ceux qui comprennent véritablement la nature de la vie religieuse, les apparences ne devraient pas compter du tout.
Mais la masse est impressionnée par le spectacle, la grandeur visible, la brillance de l’or, les bijoux du pectoral, la cérémonie à grand spectacle écarlate et mauve, et la pureté cristalline des robes en lin blanc.
De récentes recherches importantes en neurosciences, en psychologie évolutive et en économie comportementale ont établi au-delà du moindre doute que nous ne sommes pas, en grande partie, des espèces rationnelles.
Nous ne sommes pas incapables de raisonner, mais la raison seule ne nous mène pas à l’action. Pour cela, nous avons besoin d’émotion, et l’émotion va plus loin que le cortex préfrontal, le siège du cerveau pour la réflexion consciente.
L’art parle à l’émotion. L’art nous affecte de manière bien plus profonde que les mots.
C’est pour cela que l’art a une spiritualité qui ne peut être exprimée autrement que par l’art. Cela s’applique à la beauté visuelle et à la cérémonie spectaculaire du service du Tabernacle et du Temple, incluant les tenues et insignes des Cohanim.
L’esthétique dans le judaïsme est l’art consacré à la grande gloire de D.ieu. C’est pour cela que le mot kavod, “gloire”, est attribué dans la Torah seulement à D.ieu, et au Cohen qui officie dans la maison de D.ieu.
Le judaïsme croit en l’art au service de D.ieu, redonnant à D.ieu, par une offrande votive, une partie de la beauté qu’Il a insufflée dans ce monde. Il y a un endroit pour l’esthétique dans la avoda.
Car la beauté inspire l’amour, et de l’amour descend le service du cœur.

PHILOSOPHIE DE RABBI SACKS
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