En Russie, les clients du géant de la distribution Lenta prennent le temps de scruter les étiquettes des aliments avant de les glisser dans leur caddie. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les prix ont flambé, mettant en difficulté des dizaines de millions de Russes. Début février, le président Vladimir Poutine s’est réjoui que l’inflation ait été « ramenée à 5,6 % » en 2025, contre 9,5 % en 2024. En clair : les prix augmentent, mais moins vite qu’avant. Son enthousiasme a toutefois du mal à être partagé par celles et ceux forcés de compter chaque rouble.
« J’ai plutôt l’impression inverse, je vois des augmentations de prix plus fréquentes qu’à mon arrivée », réagit Maya*. Cette jeune Sud-Asiatique vit à Moscou depuis 2023 pour poursuivre ses études. « Au début, c’était annuel, puis deux fois par an, et maintenant, j’ai l’impression que c’est tous les deux ou trois mois. » Pour certains Russes, cette litanie d’augmentations devient impossible à absorber. « Je dépense tout l’argent que je gagne, je n’arrive plus à épargner. Je suis sûr que le rouble va s’effondrer, comme il y a trente ans », assène Serguey*, un quinquagénaire né à l’époque de l’URSS.
Moins de 300 euros de smic
David*, lui, est Britannique mais se rend très régulièrement en Russie pour rendre visite à la famille de sa femme russe. « Tout est bien plus cher qu’avant la guerre. Pour moi, la Russie était autrefois très bon marché avec mon salaire britannique mais la plupart des prix sont désormais comparables à ceux de l’Europe occidentale ». Or, le salaire minimum russe ne s’élève qu’à 27.093 roubles, soit environ 294 euros mensuels en 2026.
« J’ai la chance d’avoir des parents qui prennent en charge mes dépenses mais je remarque que certains étudiants commencent à faire des économies drastiques pour joindre les deux bouts », confie Maya. Le salaire moyen se situe à 100.000 roubles, soit environ 1.086 euros, avec des disparités régionales marquées. En Ingouchie, une région russe située juste au nord de la Géorgie, le salaire moyen n’est que de 41.000 roubles, soit 445 euros. Bien des Russes sont « déjà en mode survie », selon Maya. Le moindre écart de prix se ressent sur leur budget.
D’écrasantes factures d’énergie
« J’ai arrêté d’acheter du jus d’orange. Il était à 30 roubles (30 centimes) il y a quinze ans, 100 roubles (un euro) il y a trois ans et 200 roubles (deux euros) maintenant. Désormais, il disparaît même des rayons », raconte Serguey, qui vit à Ekaterinbourg dans le district de l’Oural. Il cite également le prix du maquereau en conserve qui a presque doublé. « Le prix de l’alcool m’a vraiment frappé : il a plus que triplé ces dernières années », ajoute David. Maya, elle, déplore que les tomates coûtent désormais deux fois plus cher que les autres légumes. Elle cite aussi le prix de ce shampooing qui est passé de 1.200 roubles [13 euros] à près de 4.000 roubles [43 euros].
Le secteur de l’énergie n’a pas échappé à cette hausse des prix. Sur des factures du fournisseur Gazeks consultées par 20 Minutes, le prix du gaz est passé de 4.925 roubles à 7.084 roubles pour 1.000 m³ entre 2020 et 2025, soit une hausse d’environ 44 %. A la fin du mois de décembre 2025, Serguey* a déboursé 22 % de plus que cinq ans auparavant, malgré une baisse de sa consommation.
Un braquage pour du beurre
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les prix ont augmenté de 45 %, selon les statistiques officielles. Ils avaient déjà explosé lors du Covid-19, comme dans de nombreux pays. Et lorsque les augmentations touchent à des produits essentiels de la vie quotidienne, la colère s’intensifie. Ainsi, le prix du beurre a provoqué une grande colère à l’automne 2024 dans le pays. Au point qu’un homme a braqué un supermarché à Ekaterinbourg en novembre pour subtiliser 20 kg de la précieuse denrée.
Serguey confie être épuisé par la situation. En psychothérapie et sous antidépresseurs, il explique être « profondément frustré par la guerre et animé par un sentiment de culpabilité ». Son beau-fils a émigré en Espagne « où il est bien plus heureux » et le Russe envisage de le rejoindre un jour avec sa femme. Mais aussi pour entreprendre cette démarche, il estime qu’il lui faudra « plus de force » et des économies que l’inflation l’empêche aujourd’hui de constituer.
*Les prénoms ont été modifiés
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