D. Cohn-Bendit : J.L. Mélenchon a une part de responsabilité

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Daniel Cohn-Bendit : « Jean-Luc Mélenchon a une part de responsabilité dans ce qui s’est passé à Lyon »

La mort du jeune Lyonnais s’inscrit dans une longue histoire d’affrontements entre les deux extrêmes, de gauche et de droite, rappelle l’ancien député européen et leader de Mai 68.

La mort de Quentin Deranque, jeune militant d’extrême droite frappé à mort dans la rue à Lyon le 14 février par des activistes d’extrême gauche, a jeté une lumière crue sur la radicalisation de la vie politique et son expression la plus violente. Sollicité par Le Point, l’ancien leader de mai 1968, ex-chef de file écologiste et député européen, fin observateur de la vie politique, Daniel Cohn-Bendit, nous livre son analyse.

Le Point : Avec la mort de Quentin Deranque, a-t-on franchi une étape dans la violence politique ?

Daniel Cohn-Bendit : Il faut rester lucide : la violence politique, surtout entre l’extrême droite nationaliste fascisante et l’extrême gauche antifasciste, a une longue histoire. Quand le jeune Clément Méric a été tué par des skinheads en 2013, on était dans la même situation, mais à l’inverse. On ne peut pas dire que le drame de Lyon constitue une « nouvelle étape » dans cette histoire, car ces affrontements existent depuis les années 1960, depuis la guerre d’Algérie. Je me souviens, en 1967, des militants d’Occident attaquant le théâtre de l’Odéon avec des barres de fer pour empêcher une représentation des Paravents de Jean Genet. Et je n’oublie pas non plus que dans la grande manifestation gaulliste de 68 sur les Champs-Élysées, il y avait des éléments d’extrême droite qui criaient « Cohn-Bendit à Dachau ! ». La violence est sous-jacente entre l’extrême droite et l’extrême gauche et elle revient, depuis deux ans, dans des villes comme Rennes ou Lyon, notamment, mais dans d’autres aussi. La question est maintenant la suivante : quels sont les responsables politiques qui sont liés à cette violence endémique ?

Les politiques jettent-ils de l’huile sur le feu ?

On ne peut pas dire cela de façon globale. Encore une fois, restons lucides. Mais il est vrai que les responsables politiques essaient d’instrumentaliser la violence à leur profit à partir d’une situation déjà dangereuse. Tout le monde sait qu’il y a, dans l’environnement du Rassemblement national (RN), des groupes nationalistes violents qui gravitent, et que le RN les utilise parfois pour son service d’ordre. De l’autre côté, La France insoumise (LFI) fait appel à la Jeune Garde pour assurer l’ordre de ses réunions, tout en connaissant le militantisme antifasciste violent de cette organisation. Mais ne nous focalisons pas seulement sur LFI : le RN a une relation tout aussi problématique avec la violence.

En l’occurrence, c’est le lien entre LFI et la Jeune Garde qui est en cause dans le drame de Lyon

Absolument. Si l’on parle de la violence, il faut considérer l’espace-temps et bien souligner que c’est une donnée structurante dans les relations entre les deux extrêmes depuis longtemps. Maintenant, dans ce cas précis, c’est LFI qui est concernée. Le parti de Jean-Luc Mélenchon se veut la force politique de toutes les révoltes : qu’elles soient écologistes ou sociales, comme avec les Gilets jaunes. L’ADN politique de LFI, c’est le soulèvement populaire. Jean-Luc Mélenchon a plusieurs fois appelé à des insurrections citoyennes, sans que cela ne fonctionne vraiment.

Il y a un lien organique entre LFI et la Jeune Garde.

Le génome politique de Jean-Luc Mélenchon, c’est le lambertisme [sa matrice trotskiste], donc une conception léniniste de la transformation de la société : à savoir que la libération du peuple ne se fera pas simplement par les urnes, parce que la bourgeoisie défendra son pouvoir par la force jusqu’au bout. Mélenchon a construit LFI comme une organisation qui veut prendre le pouvoir par les élections, mais qui doit aussi se préparer à tous les autres cas de figure. C’est ce qui le fascine dans une organisation comme la Jeune Garde, qui prône la prise de pouvoir révolutionnaire. Il y a un lien organique entre LFI et la Jeune Garde. Quand Jean-Luc Mélenchon continue à se solidariser avec eux tout en disant qu’il est contre la violence, c’est du « mauvais Talmud » [un raisonnement spécieux], car la Jeune Garde prône explicitement l’autodéfense violente.

J’entends que plusieurs ex-Insoumis, comme Clémentine Autain, disent être contre la violence. Elle a quitté LFI notamment à cause du fonctionnement interne antidémocratique, mais ce type de fonctionnement est congénital à un parti post-bolchevique. Dans la conception marxiste-léniniste traditionnelle, le pouvoir politique vient d’en haut, du « Leader Maximo ». LFI est un parti fondamentalement léniniste à la sauce populiste. Il est évident qu’il y a une responsabilité politique de LFI dans la violence à Lyon. Je ne suis pas en train de dire que Mélenchon voulait la mort de ce jeune Quentin, mais par son alliance avec la Jeune Garde, il a une part de responsabilité dans ce qui s’est passé. Cela dit, affirmer aujourd’hui que LFI est la seule force politique sortie de l’arc républicain est faux, car le RN cultive des liens similaires avec des forces d’extrême droite tout aussi violentes.

Trouvez-vous que les réactions des politiques ont été à la hauteur de ce qui s’est passé à Lyon ?

Chaque camp instrumentalise la violence pour son propre profit politique. Beaucoup de responsables ont eu des réactions très superficielles, à gauche, sur la violence des Gilets jaunes ou, à droite, sur les jacqueries paysannes. Chacun pointe l’autre du doigt quand cela l’arrange et se tait quand la violence apparaît dans son propre espace politique. Ils jouent tous au même jeu.

Quand Marine Tondelier proteste contre la dissolution de la Jeune Garde, elle n’a pas à l’esprit que ce groupuscule est à l’opposé de la pratique politique des écologistes.

Marine Tondelier ne s’est guère exprimée sur le drame de Lyon. Comment l’expliquez-vous ?

Marine Tondelier est toujours dans l’illusion d’un accord avec LFI. Elle n’arrive pas à voir que celui-ci ne peut pas fonctionner. Que Jean-Luc Mélenchon ne veut d’accord avec personne. Marine Tondelier est naïve, c’est la meilleure chose que je puisse supposer, parce qu’elle ne comprend pas cela. Quand elle proteste contre la dissolution de la Jeune Garde, elle n’a pas à l’esprit que ce groupuscule est à l’opposé de la pratique politique des écologistes. Mélenchon n’a besoin de personne : sa conception de la politique, c’est lui tout seul contre tout le monde. Le fossé entre la gauche qui défend l’Ukraine et LFI qui refuse de voter un soutien financier à ce pays ne pourra jamais déboucher sur une alliance électorale pérenne.

Êtes-vous inquiet de la montée des violences politiques ?

Ce phénomène s’est accentué depuis quatre ans. On est dans un dénigrement de l’autre qui est aberrant. Souvenez-vous que Raphaël Glucksmann a été exclu de la manifestation du 1er mai 2024 à Saint-Étienne par une cinquantaine de militants insoumis ou de la Jeune Garde. Rappelez-vous aussi que pendant les débats sur les retraites, il y a eu de multiples attaques contre les permanences de la CFDT. La violence est une réalité. Moins on a de fond politique à proposer, plus on est violent.

Le Point

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