La Histadrut toujours contre la concurrence
L’annonce de l’ouverture d’une base opérationnelle de Wizz Air en Israël a déclenché une onde de choc dans le secteur aérien local. La compagnie hongroise à bas coûts, déjà présente sur plusieurs liaisons entre l’Europe et Tel-Aviv, souhaite renforcer sa présence en installant une base permanente sur le territoire israélien. Une initiative qui suscite une vive réaction syndicale.
La Histadrut, principale centrale syndicale du pays, a officiellement déclaré un conflit de travail sectoriel dans l’aviation. Elle dénonce une décision prise sans concertation préalable avec les représentants des salariés. Selon elle, l’implantation d’une base low-cost étrangère pourrait déstabiliser un secteur déjà éprouvé par la pandémie, les crises économiques successives et les tensions sécuritaires régionales.
Le mouvement concerne potentiellement plus de 11 000 employés. Sont visées les principales compagnies israéliennes : El Al, Arkia, Israir et Air Haifa, ainsi que l’Autorité des aéroports, qui administre notamment l’aéroport Ben Gurion Airport, principal hub international du pays, mais aussi Ramon et Haïfa.
Au cœur des inquiétudes : l’équilibre concurrentiel. Wizz Air exploite un modèle économique fondé sur des coûts réduits, une rotation rapide des appareils et une forte pression sur les charges salariales. L’ouverture d’une base locale signifie généralement la stationnement d’avions et d’équipages sur place, ce qui permet d’augmenter le nombre de fréquences et d’optimiser les coûts opérationnels. Pour les compagnies israéliennes, cela pourrait se traduire par une intensification de la concurrence sur les lignes européennes, segment stratégique et lucratif.
La Histadrut craint une érosion progressive des conditions de travail et des salaires si les transporteurs nationaux sont contraints de s’aligner sur les standards low-cost. Le secteur aérien israélien revêt une dimension particulière : au-delà de l’aspect commercial, il constitue un élément stratégique, notamment en période de crise sécuritaire, où la continuité des liaisons internationales est cruciale.
Ces dernières années, Israël a progressivement ouvert son marché aérien à la concurrence internationale, notamment à travers des accords de ciel ouvert avec l’Union européenne. Cette politique a favorisé une baisse des prix et un élargissement de l’offre pour les passagers, mais elle a également accentué la pression sur les acteurs locaux. El Al, par exemple, a traversé une restructuration majeure après la pandémie, avec un soutien financier important de l’État et des efforts de rationalisation internes.
Pour l’instant, la déclaration de conflit constitue une étape préliminaire. Elle ouvre la possibilité de négociations, mais pourrait aussi déboucher sur des mesures plus larges si aucun compromis n’est trouvé. Les discussions à venir porteront probablement sur les garanties sociales, les règles de concurrence et les mécanismes de protection de l’emploi.
En toile de fond de cette mobilisation, certains observateurs soulignent que la Histadrut défend avant tout les acquis des compagnies déjà installées sur le marché. Or, ces mêmes transporteurs ne se sont pas privés d’augmenter significativement leurs tarifs pendant la guerre, profitant d’une offre réduite et d’une demande contrainte. À ce titre, El Al fait actuellement l’objet de procédures et pourrait être exposée à une amende conséquente si les autorités estiment que certaines pratiques tarifaires ont dépassé les limites admises.
Plus largement, cette controverse renvoie à un débat récurrent en Israël : celui des situations de quasi-monopole dans plusieurs secteurs stratégiques. Qu’il s’agisse de l’aviation, de l’alimentation ou de l’énergie, la concentration du marché limite souvent la concurrence et freine mécaniquement la baisse des prix pour le consommateur. L’enjeu dépasse donc le seul cas de Wizz Air : il interroge l’équilibre entre protection de l’emploi, ouverture à la concurrence et défense du pouvoir d’achat.
Jérémie de Jforum.fr
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