Deux jours après le décès de Quentin Deranque, le gouvernement a durci les règles sur les événements politiques organisés dans les universités. Les ministres de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur, Laurent Nuñez et Philippe Baptiste, ont adressé une circulaire conjointe aux recteurs et aux préfets. Datée du 16 février 2026, elle les appelle à faire preuve d’ « une vigilance renforcée » face à la « recrudescence » de « troubles à l’ordre public d’une extrême gravité à l’occasion d’événements organisés par des associations étudiantes ». Quentin Deranque a été passé à tabac en marge d’une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon.
La circulaire, consultée par 20 Minutes, rappelle que « la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels » est garantie aux étudiants. A condition, notamment, que ces libertés « ne troublent pas l’ordre public ». C’est au président de l’université qu’il revient d’autoriser ou d’interdire ces événements – auxquels peuvent assister des personnalités invitées – après « une analyse précise du contexte et du contenu de la réunion ». Les deux ministres demandent de prendre en compte le « climat très particulier de tensions voire de violences extrêmes autour de tels événements, comme en témoigne la tragédie qui vient d’endeuiller Lyon ».
« On n’a pas prévu d’annulation d’évènement »
Cette circulaire va-t-elle pour autant bousculer l’agenda des universités françaises ? « Nous n’envisageons pas d’annuler des conférences organisées par l’école », nous fait savoir le service communication de Sciences Po Lille. Il précise cependant qu’il n’y a pas « énormément » d’événements organisés « en cette période de l’année », marquée par une succession de congés et de périodes d’examen.
Même chose à Sciences Po Paris. « On n’a pas prévu d’annulation d’évènement. On a une grande conférence la semaine prochaine sur les quatre ans de la guerre en Ukraine qui va se tenir », précise l’institution. Elle rappelle que son directeur n’a pas attendu cette circulaire pour interdire des conférences en raison de risques de troubles à l’ordre public. Il l’avait fait, en novembre 2024, lorsque Rima Hassan, déjà, avait été invitée par un groupe d’étudiants pour évoquer l’embargo sur les livraisons d’armes à Israël.
« Pour nous, ça ne change pas grand-chose »
« La circulaire ne fait que rappeler un état du droit qui est assez constant et connu, c’est-à-dire la nécessité de maintenir l’équilibre entre la protection des libertés, notamment d’expression, d’opinions et le maintien de l’ordre public », explique à 20 Minutes Stéphane Braconnier, le président de l’Université Paris-Panthéon-Assas. Le texte rappelle « que les présidents d’université ont cette charge de maintenir l’ordre public à l’intérieur de leur établissement. « Pour nous, ça ne change pas grand-chose. Nous sommes en période électorale et nous n’avons autorisé que peu de conférences ou de réunions à caractère politique, l’enceinte universitaire n’est pas le lieu idéal pour ça. Mais on n’interdit quasiment jamais d’événement, ceux qui nous sont proposés remplissant toutes les conditions. »
Les universités, observe Stéphane Braconnier, sont « des lieux de débats, d’échanges ». « Mais on glisse parfois dans de la propagande politique », poursuit-il. Les présidents d’université doivent jongler entre la neutralité politique du service public de l’enseignement supérieur, l’ordre public, la sécurité, la liberté d’expression… « Il faut jouer avec tous ces principes-là et ce n’est pas toujours facile », insiste-t-il.
La mort de Quentin à Lyon « nous renvoie à nos propres responsabilités de décideur public » et « nous rappelle qu’il peut y avoir des conséquences graves derrière », souligne le président de l’Université Paris-Panthéon-Assas.
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