Qui sont ces influenceurs occidentaux au service de l’Iran
Alors que les tensions internes secouent l’Iran, Téhéran déploie une stratégie de communication sophistiquée pour défendre son récit à l’étranger. Au cœur de ce dispositif : une « diplomatie d’accès » consistant à autoriser sélectivement l’entrée de journalistes et d’influenceurs occidentaux perçus comme favorables ou disposés à évoluer dans un cadre strictement contrôlé.
Ces dernières semaines, plusieurs personnalités médiatiques étrangères ont ainsi été invitées à couvrir la situation depuis l’intérieur du pays. Leurs reportages ont largement relayé la version officielle selon laquelle les violences seraient le fait d’« émeutiers soutenus par l’étranger », et non des forces de sécurité. Cette ligne correspond au discours constant des autorités iraniennes, qui imputent les morts et l’instabilité à des ingérences extérieures.
Le paysage médiatique iranien est étroitement surveillé. Si l’article 24 de la Constitution évoque la liberté de la presse, la loi sur la presse de 1986 accorde aux autorités de vastes pouvoirs pour censurer tout contenu jugé contraire aux intérêts de la République islamique ou offensant envers les institutions religieuses et politiques. Des ONG internationales classent régulièrement l’Iran parmi les pays où la liberté de la presse est la plus restreinte, avec arrestations, intimidations et condamnations de journalistes indépendants.
Selon Roger Macmillan, ancien responsable d’un média persan dissident, il ne s’agit pas d’un espace pluraliste mais d’un « discours encadré par l’État ». Toute voix divergente peut être assimilée à une menace sécuritaire. Ce contrôle s’est aussi manifesté début janvier par un black-out internet massif, dénoncé par des institutions européennes et onusiennes, accusant Téhéran de chercher à limiter la diffusion d’images liées aux violences.
Avec le rétablissement progressif de l’accès numérique, les autorités auraient repris des méthodes plus classiques : inviter des figures influentes capables de parler à un public occidental. Le rôle des Gardiens de la révolution serait central dans cette stratégie, visant à modeler le « champ informationnel », selon l’historienne militaire Lynette Nusbacher.
Contrairement aux journalistes traditionnels, les influenceurs ne sont pas soumis à des rédacteurs en chef ni à des chartes déontologiques formelles. Des personnalités comme Bushra Shaikh ou l’activiste américaine Calla Walsh ont diffusé des contenus depuis l’Iran reprenant largement les éléments de langage officiels. L’une a relayé des témoignages décrivant des manifestants violents ; l’autre a salué le programme de missiles « indigène » du pays lors d’une visite au Centre d’exposition aérospatiale iranien et affirmé que les troubles seraient orchestrés par la CIA ou le Mossad.
Pour Jonathan Hackett, spécialiste du contre-espionnage, cette stratégie vise un public occidental peu familier des réalités iraniennes. L’objectif serait de proposer un récit alternatif, subtil mais aligné sur celui du régime, afin de contrebalancer les accusations de répression.
La question éthique est au cœur du débat. Tsuriel Rashi, expert en déontologie, souligne la différence entre témoignage personnel et journalisme professionnel. La crédibilité repose sur la vérification croisée des sources, la contextualisation et l’indépendance méthodologique. Or, en Iran, même les médias établis doivent composer avec des conditions strictes : accompagnateurs officiels, contrôle des images, restrictions sur les lieux filmés, exclusion de certains sujets sensibles.
Un exemple récent illustre ce dilemme : lorsque BBC a obtenu un accès limité au pays, la diffusion des images aurait été conditionnée à des restrictions, notamment concernant leur utilisation par le service en persan. Cette approche pragmatique vise à maintenir une présence sur le terrain tout en gérant des contraintes politiques importantes.
La stratégie iranienne met ainsi en lumière une tension structurelle : refuser l’accès signifie renoncer au reportage direct ; l’accepter implique de naviguer dans un environnement encadré. Entre influence assumée et journalisme sous contrainte, la bataille ne se joue pas seulement dans la rue, mais aussi dans l’arène mondiale de l’information.
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