À l’image de Paris, où Sarah Knafo, candidate de Reconquête, a éclipsé le candidat RN Thierry Mariani, il n’est pas interdit de penser qu’un candidat à la présidentielle comme Bruno Retailleau puisse faire la même chose face à Jordan Bardella, qui risque en définitive d’être le seul candidat présidentiable du RN après le 7 juillet 2026.
À moins d’un miracle, Marine Le Pen, qui se sait condamnée, risque de voir le match depuis le banc de touche.
Bruno Retailleau ne craint plus personne dans son parti puisqu’il devance largement Laurent Wauquiez, alors que les deux anciens Premiers ministres, Édouard Philippe et Gabriel Attal, portent sur leur front le sceau de l’infamie macronienne.
Rien n’est joué, mais Retailleau apparaît comme honnête, droit et surtout constant dans ses engagements.
Au moment où les Français ne supportent plus l’inconstance politique et, par-dessus tout, le manque de volonté réelle et d’action, un tandem Retailleau-Darmanin pourrait être une solution crédible. Quant à la gauche avec ses divisions internes, risque de ne pas être présente au second tour de l’éléction.
L’essentiel, pour les troupes de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, est de décrédibiliser au plus vite la candidature du président de LR pour éviter l’émergence d’une candidature de droite.
Tout d’abord, il y a les railleries. C’est Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) qui poste une image sur le réseau social X, quelques minutes après la déclaration de candidature de Bruno Retailleau, président des Républicains (LR) à la présidentielle de 2027. L’image est une photo détournée de l’ancien ministre de l’Intérieur tenant son chien et regardant par la fenêtre. À la place d’un paysage, il y a un graphique sur le nombre de titres de séjours délivrés, un chiffre en hausse en 2025. Une image qui est censée valoir mille mots, ou bien valoir un discours politique construit contre une candidature de droite qui a déjà dévoilé une partie de son programme.
Dans ses propos, le RN laisse croire qu’il prend le président de LR à la légère. « L’expérience de Bruno Retailleau est une médaille en chocolat qui récompense la nullité de son bilan, lâche Sébastien Chenu, vice-président RN de l’Assemblée nationale, ancien de l’UMP. Homme des petites tambouilles, il feint l’opposition alors que ses amis de LR siègent au gouvernement. Une hypocrisie totale pour un candidat à la crédibilité zéro. » La charge est violente. « Il reprend les propositions de Marine Le Pen, fait valoir Jean-Philippe Tanguy, bras droit de la chef de file nationaliste, sur BFMTV. Moi, ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi monsieur Retailleau n’a pas soutenu au deuxième tour Marine Le Pen en 2022, ni en 2017 d’ailleurs, et pourquoi il est allé soutenir monsieur Macron au gouvernement, pourquoi il a siégé avec des ministres socialistes. » « La droite, c’est moins de 5 % à la dernière présidentielle », entend-on souvent dans les rangs du RN.
C’est que l’essentiel, pour les troupes de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, est de décrédibiliser au plus vite cette candidature. Pour le président du RN, cet objectif est même primordial tant il s’est donné pour mission de faire disparaître la droite pour que rien n’existe entre le parti nationaliste et le centre. C’était ce qu’il avait voulu faire pendant la campagne des européennes de 2024, et c’est ce qu’il entend réaliser s’il est candidat à la présidentielle. Marine Le Pen, en s’alliant avec Éric Ciotti, alors président de LR, au lendemain de la dissolution de juin 2024, avait cru détruire enfin le parti héritier de l’UMP.
Désigné comme une cible prioritaire par le parti nationaliste
Mais LR est toujours vivant. Lors de son passage au ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau a même fait une percée remarquée dans les sondages grâce à une incarnation, une ligne et une promesse d’action. L’homme, et sa ligne politique, ont plu aux électeurs de droite évidemment, mais aussi aux électeurs du RN. Le sénateur de Vendée avait alors été désigné comme une cible prioritaire par le parti nationaliste. En réalité, seule sa sortie confuse et solitaire du gouvernement a stoppé son ascension.
Bruno Retailleau peut-il être un danger pour le futur candidat RN ? Tout dépendra qui de Marine Le Pen ou Jordan Bardella sera sur la ligne de départ de la présidentielle. La première a déjà eu affaire à un candidat qui a été à deux doigts de la détrôner : c’était Éric Zemmour, lors de la présidentielle de 2022. Elle estime avoir battu l’ancien chroniqueur de CNews grâce à sa ligne politique, qui n’est pas de droite, fait-elle valoir, et sa capacité à parler aux classes populaires.
La grande inconnue porte sur Jordan Bardella. Le plan B du RN pour la prochaine présidentielle se donne l’image d’un homme qui veut changer la ligne de son parti pour la rendre plus compatible avec… la droite. La confrontation sera donc frontale avec le projet de Bruno Retailleau. Que feront les électeurs face à ces deux incarnations, si l’un et l’autre sont bien candidats ? Le président du RN arrivera-t-il à préserver le capital électoral que Marine Le Pen a créé depuis quinze ans ? Réaliste, un cadre nationaliste répète régulièrement : « Les électeurs ne nous appartiennent pas. » Cela sonne comme un avertissement.
JForum.Fr & le Figaro
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