Benyamin Netanyahou a longtemps présenté la lutte contre le coût de la vie comme un objectif majeur de son gouvernement ; or depuis trois ans, il laisse son ministre des Finances mener seul le combat contre l’inflation.
Le gouvernement israélien va déposer prochainement à la Knesset son projet de loi de finances pour 2026 ; les députés auront jusqu’au 31 mars pour l’approuver, ce qui permettra d’éviter des élections anticipées.
Une des mesures phares du plan économique 2026 concocté par le ministre des Finances Smotrich, et approuvé par un récent Conseil des ministres, est bien la lutte contre la cherté de la vie.
Mieux vaut tard
En fait, Bezalel Smotrich a attendu la quatrième et dernière année de son mandat à la tête du ministère des Finances pour se lancer dans la lutte contre la cherté de la vie ; il propose notamment :
- une réforme de la filière laitière pour l’ouvrir à la concurrence étrangère,
- une taxe sur les superprofits des banques,
- une plus grande concurrence sur le marché bancaire et le marché du crédit,
- la lutte contre l’argent noir.
Des réformes excellentes et qui partent de bonnes intentions, mais qui arrivent un peu tard ; à croire qu’en année électorale, les élus sont prêts à tout pour montrer de l’empathie avec le consommateur israélien et s’attirer la sympathie des électeurs.
Alors, mieux vaut tard que jamais ? Pas sûr : Bezalel Smotrich vise surtout à laisser derrière lui l’image d’un politicien qui se préoccupe du portefeuille des citoyens.
Pour l’heure, le ministre des Finances Smotrich doit affronter un concurrent difficile en la personne du ministre de l’Economie et de l’Industrie Nir Barkat ; ce dernier vient de publier son propre programme de lutte contre le coût de la vie, dit « le panier d’Israël » et destiné à encourager les enseignes de la grande distribution à vendre à prix bas un panier de 100 produits de base.
Absence remarquée
Dans cette cacophonie ministérielle autour de la lutte contre la cherté de la vie, on est en droit de se demander où est donc passé le Premier ministre ; trop occupé à résoudre des dossiers sécuritaires et diplomatiques, Benyamin Netanyahou laisse ses ministres s’empêtrer dans des mesures économiques incertaines.
En fait, Netanyahou se garde le droit de réagir en fonction des résultats de la politique de lutte contre la cherté de la vie que mènent séparément les ministres Smotrich et Barkat :
- en cas d’échec, il expliquera qu’il n’était pas impliqué dans la politique de ses ministres,
- en cas de réussite, il s’en appropriera le crédit en expliquant que les mesures prises étaient totalement les siennes.
Dans la théorie économique, la « main invisible » est une expression qui symbolise le libéralisme économique : les actions individuelles des acteurs économiques contribuent aussi à l’intérêt collectif, sans qu’il soit nécessaire d’une intervention de l’Etat.
En Israël de 2026, la main invisible de Benyamin Netanyahou plane sur l’économie d’Israël mais elle est surtout guidée par l’intérêt personnel du Premier ministre : survivre politiquement jusqu’aux prochaines législatives.
Le consommateur israélien attendra…
à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : « Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël » (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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