Le Premier ministre Netanyahou a avalisé fin 2025 la vente de gaz à l’Egypte. Un contrat qui va garantir à l’Etat juif de fortes rentrées fiscales et améliorer ses relations avec son voisin égyptien.
L’accord prévoit l’exportation vers l’Egypte de 131 milliards de mètres cubes de gaz sur une période de 18 ans, pour un montant global de 112 milliards de shekels (35 milliards de dollars).
Méga-accord
L’accord de principe avait été signé en août dernier entre le consortium gazier israélien NewMed Energy qui exploite le gaz et la société Blue Ocean Energy qui achète du gaz naturel pour le marché égyptien.
Les bénéfices que retira Israël de ce méga-contrat sont significatifs :
- des rentrées fiscales estimées à 58 milliards de shekels (18 milliards $) ;
- le renforcement de la position d’Israël en tant que puissance énergétique régionale ;
- l’encouragement à la recherche de gaz dans les eaux économiques d’Israël apparemment riches en gisements gaziers ;
- le renforcement du rôle de l’Egypte comme intermédiaire dans le conflit israélo-palestinien.
Visiblement, il s’agit donc d’un excellent contrat pour les deux partenaires (Israël et Egypte) qu’il aurait été dommage de ne pas approuver.
« Merci Trump ! »
Si Israël a beaucoup à gagner d’un méga-contrat de vente de gaz, pourquoi a-t-il fallu quatre mois pour l’avaliser ? En fait, ce contrat n’est pas un miracle au sens divin du terme ; il s’agit d’une décision pragmatique prise sous la pression du président américain dans un contexte géopolitique agité.
Du reste, la façon qu’a choisie Benyamin Netanyahou pour annoncer en fanfare un « contrat historique » laisse songeur :
- l’exploitation gazière a été privatisée au début des années 2010 ; les sociétés multinationales qui l’extraient du fonds de la mer pour le revendre au gouvernement israélien et l’exporter vers l’étranger, en seront les principales gagnantes ;
- le Premier ministre israélien était sous la pression des Etats-Unis pour finaliser cet accord qui bénéfice aussi à des sociétés gazières américaines (comme le géant de l’énergie Chevron qui détient 40% du champ gazier israélien Léviathan) ;
- le gouvernement israélien ne voit pas d’un bon œil le rôle de l’Egypte comme garant et médiateur dans le déploiement d’une force internationale de stabilisation à Gaza.
En définitive, ce contrat est une bonne nouvelle pour :
- l’économie d’Israël,
- le consommateur égyptien de gaz,
- la stabilité régionale.
On ne peut que regretter que cette bonne nouvelle soit récupérer à des fins politiques par des dirigeants israéliens qui se préparent à la prochaine campagne électorale.
En accélérant la validation d’un contrat gazier dans lequel il n’a pris aucune part, Netanyahou n’a pas seulement voulu s’approprier le crédit politique de la fourniture de gaz à l’Egypte ; il a aussi voulu créer des conditions favorables à sa rencontre prochaine (le 29 décembre) en Floride avec le président américain. Merci Trump !
à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : « Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël » (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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