Le yuan peut-il détrôner le dollar ? Cette question de géopolitique économique agite depuis plusieurs mois les marchés financiers. En période de déficits budgétaires et commerciaux records aux États-Unis, de craintes sur la dette publique et l’indépendance de la Fed, l’attractivité du dollar baisse, pendant que celle du yuan continue de s’épanouir. De là à imaginer la fin de l’hégémonie du dollar dans l’économie mondiale, les transactions internationales ou les réserves mondiales en devises ? Pas si sûr…
Inclus dans le panier de devises du Fonds monétaire international depuis 2015, le yuan s’installe progressivement, mais sûrement, dans les échanges internationaux. « La Chine règle une part croissante de ses échanges commerciaux en yuan, soit environ 25 % de ses échanges, remarque l’économiste Victor Lequillerier, président du think tank BSI Economics. Au vu du poids commercial qui ne cesse d’augmenter, des parts de marché chinoises à l’export qui explosent, Pékin installe peu à peu sa monnaie comme une monnaie de référence », souligne l’économiste.
« Environ 4 % des échanges mondiaux » se font en yuan
Expansion de son système de paiement interbancaire transfrontalier, paiements de ses achats d’énergie en yuans, création d’un écosystème financier avec le développement du yuan numérique, la monnaie chinoise s’internationalise. Elle lui permet de poursuivre des objectifs commerciaux, comme faciliter ses échanges, mais les buts sont aussi stratégiques. Ils visent à donner à la Chine plus d’autonomie monétaire et d’influence dans l’ordre financier mondial.
« Cependant, les règlements et les transactions internationales en yuan restent assez limités, à environ 4 % des échanges mondiaux », relève Victor Lequillerier. Et la part du yuan dans les réserves de change des banques centrales des pays « n’atteint que près de 2 %, ce qui reste faible, et ne progresse plus depuis 2022, note l’économiste. Cela montre que le yuan ne perce pas franchement. »
Malgré ses ambitions, le yuan fait face à des obstacles que Pékin hésite à lever. La monnaie n’est pas librement convertible, la Chine maintenant un contrôle strict des capitaux pour éviter une déstabilisation de son économie. Le cours du yuan est fixé par la Banque populaire de Chine (PboC), et peut être dévalué arbitrairement pour favoriser les exportations chinoises. De quoi rendre frileux les investisseurs.
Freins mis en place par la Chine
Enfin, la Chine rechigne à ouvrir ses marchés financiers et accepter un déficit commercial pour devenir la monnaie mondiale de référence. « Les autorités chinoises ne souhaitent pas une monnaie forte car leur croissance repose encore et toujours sur les exportations, rappelle Victor Lequillerier. Et une devise forte n’est pas le meilleur des atouts pour continuer à gagner des parts de marché à l’export. »
Même si le dollar s’érode lentement, sa domination dans l’économie mondiale n’est pas à l’ordre du jour avant des décennies, remarque le président de BSI Economics. Et le yuan, ni aucune autre devise, ne peut le concurrencer pendant longtemps. « On a bien vu que même l’euro, qui aurait vraiment pu menacer l’hégémonie du dollar, l’engouement pour la monnaie avait pris du plomb dans l’aile pendant la crise des dettes souveraines », juge Victor Lequillerier.
Et si depuis 2020, l’euro est la seule devise du top 3 des monnaies mondiales qui regagne du terrain, elle reste encore très, très loin de concurrencer le dollar.
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