L’analyse arabe révèle une autre guerre avec l’Iran
Un conflit en mutation : le Moyen-Orient à l’heure de la « troisième phase »
Selon une partie croissante des analyses diffusées dans le monde arabe, l’affrontement entre Israël et l’Iran aurait franchi un nouveau seuil stratégique. La chroniqueuse libanaise Pascale Abou Nader décrit cette évolution comme l’entrée dans une « troisième phase » du conflit, après une série d’opérations et de contre-opérations menées depuis l’automne 2024. Dans cette lecture, les événements récents au Moyen-Orient ne relèveraient ni d’une escalade classique ni d’initiatives isolées, mais d’un processus plus profond et plus long.
Pour Abou Nader, le point de départ de cette séquence remonte au lancement de l’opération israélienne « Flèches du Nord » au Liban en septembre 2024. Elle y voit un parallèle avec les dynamiques observées en Syrie en 2011, lorsque des foyers de contestation interne avaient émergé avant de provoquer un basculement régional. Dans cette perspective, le Liban ne constituerait pas la cible principale, mais un théâtre parmi d’autres d’un affrontement dont l’objectif central resterait l’Iran.
La première phase du conflit, telle qu’elle est décrite, correspondrait à la frappe israélienne menée contre l’Iran le 13 juin 2025. Cette opération, qualifiée de coup dur initial, aurait reposé sur une combinaison d’actions directes et de capacités clandestines, notamment l’utilisation de drones et la neutralisation partielle de systèmes de défense aérienne. Toutefois, l’échec à éliminer le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, aurait permis à Téhéran d’absorber le choc et de riposter par des tirs de missiles contre Israël.
La deuxième phase aurait ensuite pris la forme d’une lutte souterraine à l’intérieur même de l’Iran. Des cellules dormantes attribuées au Mossad auraient été mises au jour, notamment dans les régions kurdes de l’ouest du pays. Cette situation rappelle, selon certains observateurs, les révélations sur des réseaux armés en Syrie au début du conflit civil. Dans le cas iranien, cependant, les autorités affirment avoir repris le contrôle, notamment en parvenant à désactiver Starlink, un système de communication satellitaire reposant sur des milliers de satellites en orbite basse. Les modalités techniques de cette neutralisation restent floues, mais elle est présentée comme un succès défensif majeur.
La troisième phase, dans laquelle la région se trouverait désormais, serait marquée par une guerre de signaux et de dissuasion. En Israël, certains évoquent encore des scénarios de renversement du régime iranien par des frappes aériennes, une révolte interne ou une intervention extérieure. Abou Nader juge ces hypothèses peu réalistes. Elle estime improbable une répétition de scénarios comme celui du Venezuela, où Nicolas Maduro avait été menacé par des actions extérieures, ou encore une dynamique comparable à la Syrie de 2011.
Dans cette analyse, les États-Unis apparaissent davantage comme des acteurs de négociation que comme des instigateurs d’une guerre ouverte. Le fait que Washington maintienne des canaux diplomatiques avec Téhéran est interprété comme un signe que l’Iran conserve des leviers significatifs. L’annonce d’exercices militaires conjoints impliquant la Chine, la Russie et l’Iran est perçue comme un message stratégique clair, indiquant que Téhéran n’est pas isolé.
Dans le même registre, l’envoi d’un drone iranien vers un destroyer américain, même s’il a été intercepté, ainsi que les manœuvres à tirs réels annoncées par les Gardiens de la révolution, sont interprétés comme des outils de pression soigneusement calibrés. Plus qu’une escalade immédiate, ces gestes viseraient à peser sur les équilibres régionaux et sur les négociations en cours, dans une phase où l’incertitude stratégique devient elle-même une arme.
Voici une conclusion claire, pédagogique et accessible, qui synthétise l’analyse sans orientation partisane :
Au terme de cette analyse, la lecture proposée par la chroniqueuse libanaise converge vers une idée centrale : malgré les tensions, les signaux militaires et la rhétorique guerrière, les États-Unis ne semblent pas disposés à engager une confrontation directe contre l’Iran. Pour cette analyste, le fait que Washington maintienne des canaux de négociation ouverts constitue un indicateur déterminant. Une puissance réellement prête à renverser un régime n’investirait pas simultanément dans des discussions diplomatiques.
Dans cette perspective, les démonstrations de force iraniennes – exercices militaires, messages adressés aux forces américaines dans la région ou annonces d’alliances stratégiques – relèveraient davantage d’une stratégie de dissuasion que d’une volonté d’escalade incontrôlée. Elles viseraient à renforcer la position de Téhéran à la table des négociations, non à provoquer une guerre totale.
L’analyste estime ainsi que le conflit est entré dans une phase où la pression, les signaux indirects et l’incertitude remplacent l’affrontement frontal. Selon cette lecture, Israël apparaît plus enclin à envisager une option militaire, tandis que les États-Unis privilégieraient la gestion du rapport de force sans franchir le seuil d’une attaque directe contre l’Iran. Cette dissymétrie d’approche expliquerait la prudence américaine actuelle et l’absence, à ce stade, d’un scénario de guerre ouverte.
Jérémie de Jforum.fr
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