Mort de l’artiste Matti Caspi. L’incroyable histoire typiquement israélienne de la soirée spéciale « Matti Caspi » de Raanana.

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Un hommage transformé en acte de solidarité nationale

Au départ, l’élan de solidarité semblait limpide. Les recettes du concert hommage prévu à Raanana devaient servir à financer les soins médicaux de Matti Caspi, figure légendaire de la chanson israélienne, aujourd’hui atteint d’un cancer avancé. Mais une décision inattendue a bouleversé le destin de cet argent, révélant au grand jour la collision entre l’émotion populaire, les principes religieux et la détresse nationale.

La question du sabbat au cœur de la décision

Le concert se tiendra le 30 août dans l’amphithéâtre de Raanana, un lieu devenu symbolique pour les grandes messes musicales. Pourtant, sa préparation impliquant du travail dès la veille, donc pendant le sabbat, l’association Lehoshit Yad, qui avait pris en charge la collecte pour Caspi, a tranché : impossible d’accepter que l’argent destiné au chanteur provienne d’un événement marqué par la profanation du jour sacré. Dès lors, les fonds seront redirigés vers une autre cause, tout aussi brûlante : le soutien aux familles des otages encore détenus à Gaza.

Une annonce qui change tout

Dans un communiqué transmis aux spectateurs, la décision a été justifiée au nom de la halakha, la loi religieuse. Selon l’association, accepter un don issu d’une telle organisation constituerait une transgression. « Il a donc été décidé que l’ensemble des revenus du spectacle hommage à Matti Caspi serait reversé au quartier général des familles des otages et disparus », précise le texte. Cette déclaration a fait l’effet d’un coup de tonnerre, alors même que la campagne avait déjà permis de récolter plus de cinq millions de shekels pour le chanteur.

Matti Caspi, un artiste face à la maladie

Ce revirement n’efface pas l’élan populaire qu’a suscité l’annonce de la maladie de Caspi. L’artiste, âgé de 74 ans, lutte depuis plusieurs mois contre un cancer agressif qui exige des traitements lourds et coûteux. Son nom, associé depuis un demi-siècle à certaines des plus belles pages de la musique israélienne, avait suffi à mobiliser non seulement le public mais aussi les milieux économiques : le Forum des affaires, qui regroupe les plus grandes entreprises du pays, avait déjà acheté une part importante des billets afin de contribuer à sa guérison. Désormais, ces mêmes fonds prendront un chemin différent, celui des familles plongées dans l’attente et la douleur.

Une scène artistique au service d’un message plus grand

L’événement lui-même conserve une portée exceptionnelle. Sur scène, les plus grandes voix de la chanson israélienne rendront hommage au maître, offrant un panorama vibrant de la culture musicale nationale. La production a été confiée à une équipe chevronnée et tous les billets ont trouvé preneur. Mais à la charge émotionnelle d’un hommage à un artiste malade vient s’ajouter une dimension politique et religieuse qui confère à ce rendez-vous une tonalité singulière.

Une décision imposée par l’association religieuse

Contrairement à ce que certains spectateurs ont pu croire, ce n’est pas Matti Caspi qui a renoncé aux recettes de son concert, ni ses producteurs.

La décision revient entièrement à l’association Lehoshit Yad*. Connue pour gérer des collectes en faveur des malades, elle a considéré qu’il était religieusement interdit d’accepter de l’argent issu d’un spectacle organisé en marge du shabbat. Pour respecter cette ligne, elle a imposé que l’intégralité des fonds soit transférée aux familles des otages. Caspi, de son côté, n’a pas publiquement contesté cette réorientation, acceptant de fait que sa propre souffrance soit placée en retrait face à une cause nationale jugée prioritaire.

Quand l’intime rencontre le collectif

Cette histoire dépasse le simple cadre d’un concert. Elle met en lumière la manière dont les valeurs, les croyances et les tragédies collectives s’entrechoquent dans la société israélienne. La santé d’un chanteur adulé, la rigueur d’un commandement religieux et la souffrance des familles d’otages se retrouvent soudain liés, révélant une vérité troublante : dans ce pays, chaque geste de solidarité peut devenir une scène où se rejouent les fractures et les espoirs d’une nation tout entière.

*Pourquoi Matti Caspi ne peut pas recevoir l’argent ?

Parce que les fonds provenaient d’un spectacle préparé pendant le shabbat. Pour une association religieuse, soutenir un malade avec cet argent équivaudrait à lui donner un bénéfice direct tiré d’une transgression. Comme Caspi était le destinataire désigné, l’argent devenait religieusement « impropre » pour lui.

Pourquoi les familles des otages, elles, peuvent le recevoir ?

La logique est différente : les familles d’otages représentent une cause nationale et collective, une détresse publique.
L’argent qui leur est destiné n’est pas considéré comme un profit personnel, mais comme une aide urgente pour une mission nationale — faire pression, sensibiliser, soutenir psychologiquement et logistiquement les proches des otages. Aux yeux de l’association, cet usage « collectif » sanctifie l’argent, même si son origine pose problème.

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