Au détriment des intérêts stratégiques d’Israël
À l’heure où de nouvelles discussions sensibles se dessinent autour d’un éventuel accord nucléaire avec l’Iran, un climat inhabituel s’installe dans les relations entre Israël et les États-Unis. Contrairement à l’attitude offensive qu’il avait adoptée par le passé, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu choisit aujourd’hui une posture de retenue face à l’administration américaine. Ce silence tranche avec l’épisode marquant de 2015, lorsque Netanyahu avait publiquement défié Barack Obama devant le Congrès, dénonçant avec virulence le premier accord nucléaire conclu avec Téhéran.
Dix ans plus tard, le contexte politique a profondément évolué. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche aurait pu laisser présager une opposition israélienne assumée à toute reprise de négociations avec l’Iran. Pourtant, Netanyahu adopte une stratégie bien plus prudente. Avant une nouvelle session conjointe américaine consacrée au dossier iranien, il a obtenu une rencontre préalable avec l’émissaire américain Steve Witkoff, perçue comme une forme de compensation diplomatique.
Ce choix tactique suscite toutefois une vive inquiétude au sein de la communauté juive américaine, notamment à New York. Plusieurs responsables influents redoutent la montée en puissance de Steve Witkoff, devenu selon eux un acteur central, voire dominant, des relations israélo-américaines. Dans des échanges privés, certains n’hésitent pas à exprimer leur méfiance, estimant que son influence pourrait s’exercer au détriment des intérêts stratégiques d’Israël.
Les critiques visent également Jared Kushner, bien que de manière plus nuancée. Si Kushner est décrit comme ambitieux, il est aussi considéré par certains comme plus structuré, notamment sur le dossier de la reconstruction de la bande de Gaza. À l’inverse, Witkoff est présenté comme un profil plus imprévisible, focalisé sur l’accumulation de pouvoir et la consolidation de son rôle au Moyen-Orient, parfois sans maîtrise approfondie des équilibres régionaux.
Selon plusieurs responsables communautaires, l’envoyé américain agirait souvent sans concertation préalable, gardant ses initiatives confidentielles et informant tardivement ses interlocuteurs. Il lui est même reproché d’anticiper certaines décisions diplomatiques, y compris sur des dossiers aussi sensibles que l’Iran ou la Russie, avant que la ligne officielle de Washington ne soit clairement arrêtée.
Ce qui surprend également ces observateurs, c’est l’absence de réactions visibles de la part de l’opposition israélienne. Alors que les négociations nucléaires figurent parmi les enjeux les plus déterminants pour la sécurité régionale, peu de voix politiques se sont élevées pour questionner le rôle et la méthode de Witkoff. Ce silence contraste avec l’intensité des débats passés, lorsque la question iranienne dominait l’agenda politique israélien.
Dans ce contexte, la prudence affichée par Netanyahu apparaît comme un pari risqué. Entre la volonté de préserver une relation privilégiée avec Washington et la crainte de voir les équilibres diplomatiques lui échapper, Israël avance sur une ligne étroite, tandis que les acteurs américains redéfinissent, parfois sans transparence, les contours du jeu régional.
Jérémie de Jforum.fr
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