Un remue-ménage économique s’annonce.
Le débat économique a rarement été aussi houleux en Israël qu’en ce début 2026. Les ministres s’agrippent à leurs fonctions et s’affrontent publiquement sur les questions économiques ; ce qui donne lieu à des joutes politiques qui visent à conquérir de nouveaux électeurs et à convaincre les plus indécis.
Finances contre Economie
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich n’en finit pas d’affronter un concurrent difficile en la personne du ministre de l’Economie et de l’Industrie Nir Barkat :
- Smotrich s’oppose au programme proposé par Barkat dit « le panier d’Israël » destiné à encourager les enseignes de la grande distribution à vendre à prix bas un panier de 100 produits de base ;
- Barkat s’oppose à la réforme de la filière laitière proposée par Smotrich.
Premier ministre contre Finances
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou n’hésite pas à critiquer, ouvertement ou en coulisses, certaines décisions de ses ministres :
- Netanyahou a annoncé son intention de mettre fin à l’aide américaine contre l’avis de son ministre des Finances ;
- le cabinet de Netanyahou s’oppose au relèvement de la TVA décidé l’an passé par les Finances et à sa reconduction cette année.
Banque centrale contre tous
Le Gouverneur de la Banque centrale Amir Yaron ne perd pas une occasion pour critiquer les mesures phares des ministres, notamment lorsqu’il s’agit de lutter contre la cherté de la vie :
- Yaron s’est opposé à la réforme du « panier des 100 produits » lancée par le ministre de l’Economie ;
- Yaron s’est élevé contre le relèvement du seuil d’exemption pour les importations personnelles à 150 dollars proposé par le ministre des Finances.
- Yaron repousse régulièrement les demandes réitérées de Smotrich d’accélérer la baisse du taux d’intérêt directeur.
Bagatz contre Harédim
La Cour suprême ou Bagatz, acronyme hébreu de la Haute Cour de Justice (Beit Mishpat Gavo’ah LeTzedek) est récemment intervenue dans la gestion des fonds publiques :
- Bagatz a suspendu temporairement le transfert d’environ un milliard de shekels à des écoles ultra-orthodoxes, qui a été réalisé sans autorisation budgétaire préalable ;
- Bagatz a ordonné l’annulation des subventions et réductions fiscales accordées aux Harédim qui ne s’enrôlent pas dans l’armée.
Sur fond de cacophonie économique, les Israéliens ont de plus en plus de mal à faire la part entre mesures conjoncturelles (donc électorales) et réformes structurelles (donc à long terme).
Dans l’Israël de 2026, le superflu et l’indispensable s’embrouillent, ce qui remet à l’ordre du jour une citation paradoxale de Voltaire : « Le superflu, chose très nécessaire »
à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : « Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël » (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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