La coopération militaire turco-saoudienne s’accélère
La Turquie et l’Arabie saoudite pourraient franchir une nouvelle étape dans leur coopération stratégique en matière de défense. Selon plusieurs informations concordantes, Ankara et Riyad étudient la possibilité d’un investissement conjoint autour du développement du chasseur turc de cinquième génération, baptisé Kaan. Ce projet s’inscrit dans un contexte régional marqué par une course accrue à l’autonomie militaire et à la maîtrise des technologies de pointe.
Le programme Kaan occupe une place centrale dans la stratégie de défense turque. Présenté comme bien plus qu’un simple avion de combat, il est régulièrement décrit par le président Recep Tayyip Erdogan comme un symbole du savoir-faire industriel national et de la volonté d’indépendance stratégique d’Ankara. Ces dernières années, la Turquie a considérablement renforcé son industrie de défense, notamment dans le domaine des drones, devenus un outil majeur de son influence militaire.
La perspective d’un partenariat avec l’Arabie saoudite a été évoquée à la suite d’une visite officielle d’Erdogan à Riyad, avant une étape au Caire. Selon les déclarations présidentielles, le chasseur Kaan aurait suscité un intérêt marqué de la part des dirigeants saoudiens, ouvrant la voie à une coopération industrielle et financière. Pour Ankara, l’enjeu est clair : attirer des investissements capables d’accélérer le développement et la production de cet appareil stratégique.
Membre de l’OTAN, la Turquie se trouve néanmoins dans une position délicate vis-à-vis de ses alliés occidentaux. L’acquisition par Ankara du système russe S-400 a entraîné son exclusion du programme américain F-35, privant son armée de l’air d’un accès direct aux capacités de cinquième génération. Malgré des discussions intermittentes avec Washington, l’hypothèse d’un retour rapide de la Turquie dans ce programme demeure incertaine, renforçant la détermination d’Ankara à développer une alternative nationale.
Le rôle de l’Arabie saoudite dans ce dossier est particulièrement significatif. Traditionnellement dépendante des équipements militaires américains et européens, Riyad cherche à diversifier ses partenariats et à renforcer ses propres capacités industrielles. Si le royaume s’intéresse également au F-35, une implication dans le programme Kaan offrirait une option complémentaire, tout en renforçant ses liens stratégiques avec la Turquie.
Le chasseur Kaan, développé par Turkish Aerospace Industries, a été dévoilé publiquement en 2023 et a effectué son premier vol d’essai début 2024. Sa production en série est envisagée à l’horizon 2028. Le programme a déjà franchi un cap important avec la signature d’un contrat portant sur la vente de plusieurs dizaines d’appareils à l’Indonésie, premier client étranger annoncé.
Dans un environnement régional marqué par de fortes rivalités militaires, ce projet est suivi avec attention. Israël, dont les entreprises de défense comme Elbit Systems, Israel Aerospace Industries et Rafael occupent une position dominante, reste la puissance militaire la plus avancée du Moyen-Orient. Ankara, dont les relations avec Israël demeurent tendues, entend combler son retard technologique et affirmer son autonomie stratégique.
Au-delà de la défense, les discussions entre la Turquie et l’Arabie saoudite s’inscrivent dans un rapprochement plus large, incluant des investissements économiques majeurs, notamment dans le secteur de l’énergie. Cette dynamique témoigne de l’évolution rapide des équilibres régionaux, où les anciennes rivalités laissent progressivement place à des partenariats fondés sur des intérêts stratégiques convergents.
Jérémie de Jforum.fr
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