Pourquoi l’influence iranienne résiste en Europe
Malgré les récentes décisions politiques européennes, l’influence iranienne reste solidement ancrée sur le continent. Le vote du Parlement européen en faveur de l’inscription du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur la liste des organisations terroristes marque un tournant symbolique, mais son impact opérationnel demeure incertain. Selon plusieurs experts en sécurité, cette désignation arrive tardivement face à des réseaux implantés depuis des décennies, souvent sous des apparences parfaitement légales.
La résolution adoptée prévoit des sanctions ciblant quinze responsables iraniens ainsi que plusieurs entités liées au régime, en réaction à la répression violente des manifestations en Iran. Si cette initiative est perçue comme un signal politique fort, elle ne garantit pas à elle seule le démantèlement d’un système d’influence sophistiqué, transnational et profondément enraciné dans les structures européennes.
Pour Jonathan Hackett, ancien spécialiste du contre-espionnage au sein des Marines américains, l’enjeu principal réside dans l’application concrète des mesures. Chaque État membre reste responsable de la mise en œuvre des restrictions financières et juridiques, un processus historiquement inégal. Selon lui, le CGRI conserve des leviers importants, notamment à travers des circuits bancaires indirects et des sociétés écrans opérant dans des pays clés comme l’Allemagne ou la Suisse. Sans une action coordonnée et rigoureuse, ces mécanismes continueront de fonctionner malgré la nouvelle classification.
La complexité juridique constitue un autre obstacle majeur. Roger Macmillan, expert en sécurité et ancien dirigeant de médias spécialisés sur l’Iran, souligne que la distinction entre soutien politique à un État souverain et appui à une organisation terroriste reste floue. Certaines manifestations ou expressions publiques peuvent ainsi échapper aux poursuites, même si la désignation du CGRI abaisse désormais le seuil d’intervention des services de sécurité.
Au-delà du cadre légal, les experts insistent sur l’ampleur du réseau iranien en Europe. Celui-ci s’étend à des fondations culturelles, des associations caritatives, des entreprises de façade, mais aussi à des circuits criminels. Dans de nombreux cas, les intermédiaires impliqués ne mesurent pas toujours leur lien indirect avec le CGRI, ce qui complique l’identification et la neutralisation des structures concernées.
Face à ces limites, la saisie d’avoirs apparaît comme un levier prioritaire. Contrairement aux expulsions ou aux procédures pénales longues, le gel et la confiscation de biens peuvent produire des effets rapides. Des exemples récents montrent que certains acteurs proches du pouvoir iranien ont su contourner les sanctions et même en tirer profit. La constitution de fortunes importantes en Occident a, selon les analystes, largement atténué l’impact réel des mesures restrictives sur l’élite iranienne.
Les experts estiment que rendre ces acteurs « financièrement toxiques » pourrait fragiliser durablement les circuits de financement du régime. Même si de nouveaux intermédiaires émergent, le coût, la lenteur et les risques accrus affaibliraient l’efficacité globale du système.
Enfin, l’influence iranienne ne se limite plus aux réseaux physiques. Elle s’exerce désormais massivement en ligne, via des médias, des relais d’opinion et des pressions indirectes sur les diasporas. Les familles restées en Iran constituent un moyen de coercition efficace, incitant certains expatriés à coopérer. Dans ce contexte, plusieurs spécialistes plaident également pour un encadrement plus strict des médias liés au régime opérant depuis l’Europe.
L’Iran, concluent-ils, fonctionne comme une structure hydrique : chaque canal neutralisé peut être remplacé. Seule une stratégie de long terme, coordonnée et résolument financière, pourrait en réduire durablement l’influence.
Jérémie de Jforum.fr
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