La méthode Witkoff et la prise de conscience à la Maison-Blanche : pour « gagner » le dossier iranien, l’aval de Netanyahou est indispensable

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L’image de la victoire doit être partagée : l’émissaire Steve Witkoff arrivera en Israël pour une rencontre avec Netanyahou. À l’ordre du jour : une tentative américaine de déterminer quelles sont les lignes rouges qu’Israël accepterait dans le cadre de négociations avec l’Iran, et s’il est possible d’obtenir une « image de victoire ».

Ma’ariv – Anna Barsky

Au cours des dernières vingt-quatre heures, le débat autour de la possibilité de négociations directes entre les États-Unis et l’Iran est passé du registre public à un tumulte assourdissant — et le timing n’est pas le fruit du hasard. En parallèle aux signaux venus de Téhéran évoquant des contacts imminents, Steve Witkoff arrivera aujourd’hui (mardi) en Israël pour une rencontre avec Benjamin Netanyahou. En Israël, on estime que cette visite n’est pas purement protocolaire, mais constitue une tentative américaine de combler des écarts en temps réel — à la fois pour informer, pour avertir, et surtout pour obtenir de la partie israélienne une réponse claire : quel type de démarche serait acceptable à ses yeux, et laquelle entraînerait une opposition publique susceptible de faire capoter l’accord. En Israël, il est clair qu’il s’agit d’une visite organisée dans l’urgence, sur fond d’évolutions concrètes, et non d’un simple tour de table informatif supplémentaire.

En Israël, on estime que le président américain Donald Trump est effectivement intéressé par des négociations, mais pas nécessairement parce qu’il croit qu’elles résoudront la « question iranienne ». La logique qui l’anime, selon ces évaluations, est le désir de produire un résultat qui ressemble à un succès et puisse être vendu comme tel — rapide, mesurable et photogénique. Il ne s’agit pas d’une vision stratégique à long terme, mais de la recherche d’une formule qu’il est possible d’annoncer, même si les désaccords fondamentaux demeurent ouverts.

Sans « l’aval israélien », cela n’aboutira pas

Contrairement à d’autres dossiers, un accord avec l’Iran ne passera pas à Washington sans une « certification » israélienne. Non pas en raison d’un veto formel, mais parce que Netanyahou est perçu par le camp républicain comme le symbole de la ligne dure face à l’Iran. Pour Trump, il est difficile de produire une « image de victoire » face à Téhéran si Jérusalem refuse de s’associer au récit — ou pire, l’attaque publiquement. Il faut donc estimer que Witkoff vient avant tout pour déterminer non pas ce que l’Iran est prêt à discuter, mais ce que Netanyahou refuse catégoriquement d’aborder. Autrement dit : où se situe la ligne à partir de laquelle un résultat peut être présenté comme un succès, et où il sera perçu en Israël comme un échec dangereux.

Le problème apparaît dès le point de départ des discussions. À Téhéran, des messages fermes indiquent que des sujets centraux ne seront même pas mis sur la table des négociations. Si, malgré cela, les Américains avancent vers des pourparlers, la signification concrète pourrait être un renoncement préalable à une partie des exigences formulées par le passé. Des responsables israéliens affirment que si tel est le cadre imposé, Israël pourrait se retrouver avec un arrangement présenté comme une réussite américaine, mais laissant les principaux dangers en dehors de l’accord.

La méthode Witkoff

Parallèlement, pour comprendre pleinement la situation, il ne faut pas ignorer le chaos familier entourant Trump. Même si Steve Witkoff arrive avec une orientation claire, rien ne garantit qu’il détienne une décision présidentielle définitive. L’évaluation, côté israélien, est qu’il s’agit d’un mode de fonctionnement dans lequel l’émissaire avance, teste, construit des cadres — et parfois présente le résultat au président a posteriori, laissant à ce dernier le choix de l’approuver ou d’exiger des ajustements.

À ce stade, il n’est pas déraisonnable de penser que Witkoff cherche d’abord à ouvrir une porte, à revenir avec quelque chose de concret, et seulement ensuite à expliquer à la Maison-Blanche ce qui a été obtenu. Dans un tel processus, Israël doit se montrer vigilant non seulement quant au résultat final, mais aussi quant à la manière dont celui-ci sera présenté et vendu.

Le prix à payer

Sur la table figure également une considération israélienne interne, rarement exprimée à voix haute. Les élections approchent, et la marge de manœuvre de Netanyahou pour parier sur une nouvelle confrontation se réduit. Des sources bien informées estiment que Netanyahou ne cherche pas actuellement un affrontement avec l’Iran dans lequel Trump serait présenté comme le leader et le héros, tandis qu’Israël encaisserait les missiles et paierait le prix à l’arrière. Dans une telle configuration, le succès politique de Trump pourrait se transformer en fardeau politique pour Netanyahou.

Si une confrontation devait entraîner de lourds dégâts à l’arrière israélien, la responsabilité publique incomberait au Premier ministre d’Israël. Même ceux qui estiment que l’élimination de la menace iranienne justifie un coût élevé comprennent le risque d’une action précipitée qui irait trop loin — ou, tout aussi problématique, d’une action limitée produisant beaucoup de bruit pour un résultat maigre.

À l’ordre du jour

De là découle l’objectif de la visite d’aujourd’hui : construire un ensemble d’attentes. Non pas une formule unique, mais un ensemble de paramètres : ce qui sera considéré comme un progrès, ce qui sera perçu comme un écran de fumée, quelle réaction israélienne est nécessaire pour permettre à la Maison-Blanche de présenter une « victoire », et ce qu’Israël recevra en échange du silence ou du soutien. Selon les évaluations en Israël, Netanyahou ne se hâtera pas de poser un ultimatum. Il exposera des exigences, des réserves, des combinaisons possibles — puis Witkoff reviendra après un premier test face aux Iraniens avec une proposition concrète : ici j’ai obtenu, ici non, et ici partiellement.

Au-dessus de tout plane un facteur imposé par Téhéran lui-même : le Guide suprême, Khamenei. Des responsables israéliens estiment qu’il permet actuellement au ministre iranien des Affaires étrangères, Araghchi, de gagner du temps et de donner l’impression d’un processus en cours, sans lui accorder pour autant le mandat de consentir à des concessions substantielles. Si tel est le cas, les discussions pourraient s’effondrer rapidement, non pas en raison d’une crise technique, mais faute de possibilité d’aboutir à quelque chose de réel. Et lorsque cela se produira, le camp favorable aux négociations à Washington aura un intérêt évident : expliquer que le problème ne réside ni dans l’émissaire ni dans la démarche, mais dans le fait qu’il n’y a tout simplement personne avec qui parler. C’est alors que commencera la phase suivante — et elle n’est pas moins dangereuse que les discussions elles-mêmes.

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