Russie : Champagne, jet privé et incendie… Le séjour des influenceurs à Courchevel scandalise en pleine guerre en Ukraine

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Dans la luxueuse station de ski Courchevel, en Savoie, le magasin Rendez-vous a fermé ses portes pour une durée indéterminée. En l’espace d’une dizaine de jours, la marque russe a été au cœur d’un tel scandale qu’il a agité jusqu’à la Douma, la chambre basse du pays. L’enseigne de chaussures, vêtements et accessoires fêtait ses 25 ans et les 16 ans de la boutique de Courchevel mi-janvier. A cette occasion festive qui s’est déroulée du 20 au 24 janvier, Rendez-Vous a invité (en jet privé) une dizaine de personnalités russes.

Parmi elles figuraient deux mannequins, deux influenceurs mode, une journaliste, une actrice et une présentatrice de télévision parfois surnommée la « Paris Hilton russe ». « Étonnamment, aucune restriction ne les a empêchées de se rendre en France », grince le site russe d’information Life. Il n’existe toutefois pas d’interdiction absolue d’entrer sur le territoire français pour les Russes, tant qu’ils obtiennent un visa Schengen, malgré les sanctions mises en place depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en Ukraine.

Ksenia Sobtchak, la présentatrice télé, est une figure controversée en Russie qui s’est enrichie lors de la chute de l’Union soviétique, assumant avoir « pillé la Russie ». Depuis 2022, elle a obtenu la nationalité israélienne et utilise ce passeport pour voyager. Les autres participants, s’ils voyagent beaucoup, ne semblent toutefois pas bénéficier d’une double nationalité. Tous vivent en Russie.

Champagne, fourrure et messages du front ukrainien

Sur les réseaux sociaux, le faste de ces quelques jours passés en France, entre voyages en hélicoptère, jéroboams de champagne à près de 900 euros pièce (soit le salaire moyen en Russie) et manteaux de fourrure suscite l’indignation. « Pourquoi pas à Baïkal ? […] Putain, pourquoi la France et Courchevel. Messieurs les influenceurs, vous avez pris une mauvaise voie, là ! », critique une internaute russe sous le post Instagram de la marque. « Pourquoi organiser un événement aussi coûteux en pleine guerre froide, et qui plus est dans un pays qui nous est hostile ? », s’interroge aussi Life – qui continue à éviter l’expression « guerre en Ukraine », interdite en Russie.

Le séjour, qui s’est achevé par un concert privé de Patricia Kaas, aurait coûté plus de 330.000 euros à la marque, soit 30 millions de roubles, selon la chaîne Telegram d’information Baza, suivie par plus de 1,6 million d’abonnés.

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Sur le même réseau social, la chaîne ENews112 a partagé la vidéo d’un soldat russe indigné par ces nouvelles. « N’avez-vous pas honte ? Vous vous dites patriotes ? Qu’avez-vous fait pour votre patrie, pour le front ? Vous montrez comment vous vous amusez et vous divertissez, alors que nous versons notre sang et mourons ici, pour cette patrie », critique l’homme assis dans une forêt enneigée, le visage caché. « Les colis [pour les combattants russes] ne contiennent pas 80.000 roubles de champagne, mais plutôt le strict nécessaire à la vie et au combat : viande en ragoût et biscuits, chaussettes chaudes et sous-vêtements thermiques, garrots et bandages, piles et lampes tactiques », a tancé le site Life.

Les « traîtres pourris » et la soirée « presque nue »

La polémique a donc enflé au point de remonter aux oreilles des responsables politiques russes. Dans un entretien à Ria Novosti, le député Alexandre Tolmachev a été jusqu’à évoquer une « trahison des intérêts du pays ». Son confrère Vitali Milonov, connu pour sa véhémence, a fustigé : « Il reste encore une bande de serpents et de traîtres pourris, imprégnés de valeurs occidentales et qui rêvent de se faire servir dans les boutiques européennes. » Preuve de la tension et de la potentielle dangerosité d’une telle escalade médiatique, un internaute a laconiquement souhaité aux participants que « le Kremlin remarque leur travail ».

De nombreux médias et internautes ont qualifié l’événement de « nouvelle soirée presque nue », en référence au 21 décembre 2023. La blogueuse Anastasia Ivleeva avait organisé dans un club moscovite cette soirée mondaine où les personnalités devaient respecter un dress code minimaliste. Cette fête avait été vilipendée pour son décalage décadent avec la guerre en Ukraine, ainsi que la morale russe, et l’organisatrice avait même écopé d’une amende de 100.000 roubles.

Un incendie « karmique »

Quelques jours seulement après la fin de l’événement en Savoie, le 27 janvier, un impressionnant incendie a ravagé l’hôtel Les Grandes Alpes. Le bâtiment abritait la fameuse boutique de Rendez-vous. Quelque 300 personnes ont dû être évacuées et sur les réseaux sociaux russes, de nombreux internautes se félicitent d’un « retour de karma ». La cause de l’incendie n’a toutefois pas encore été déterminée. L’entreprise a tenté d’éteindre la polémique, contrairement aux influenceurs, particulièrement silencieux. Elle a promis que d’autres aventures étaient prévues en Russie et démenti la baisse de salaire de ses employés. Evitant les excuses officielles, Rendez-vous a préféré lancer un pull « Courchevel », perçu par beaucoup comme provocateur.

Pour Evgenia Milova, chroniqueuse du journal économique russe Kommersant, ce scandale est un excellent exemple de « destruction de la réputation d’une marque ». Cette mauvaise publicité pourrait d’ailleurs lui coûter cher. Certains médias russes ont ainsi accusé l’entreprise de pratiquer l’évasion fiscale à Chypre. Dans sa biographie Instagram, la « Paris Hilton russe » Ksenia Sobtchak écrit : « Je vais continuer à m’envoler jusqu’à ce que je m’écrase ». Une prédiction qui pourrait bien résonner aux oreilles de Rendez-vous ces prochains mois.

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