Drame mondial : l’Union européenne place la force militaire de Téhéran dans la même catégorie que le Hamas, Daech et Al-Qaïda, à la suite de la répression brutale des manifestations au cours desquelles des milliers de personnes ont été tuées.
La cheffe de la diplomatie européenne : « Si vous vous comportez comme des terroristes, nous vous traiterons comme tels. »
David Fechtwanger
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé aujourd’hui (jeudi) d’une mesure dramatique et sans précédent : classer les Gardiens de la Révolution iranienne comme organisation terroriste. L’Europe rejoint ainsi les États-Unis, le Canada et l’Australie, qui ont déjà inscrit la force militaire du régime iranien sur leurs listes terroristes.
Cette décision intervient dans le contexte de la répression violente des manifestations de masse en Iran, au cours desquelles, selon les estimations, des milliers de protestataires ont été tués – peut-être même davantage. Les Gardiens de la Révolution avaient alors été mobilisés pour renforcer les forces de sécurité et ont joué un rôle central dans les opérations de répression.
L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a rapporté cette semaine que les Gardiens de la Révolution, aux côtés des forces de police et d’agents en civil, ont été directement impliqués dans l’écrasement meurtrier des manifestations, de concert avec les membres de la milice Bassidj, subordonnée au commandement des Gardiens.
La haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a déclaré avant la réunion des ministres à Bruxelles : « Si vous vous comportez comme des terroristes, il faut vous traiter comme tels », précisant que cette désignation place les Gardiens de la Révolution « sur la même ligne qu’Al-Qaïda, le Hamas et Daech ». Le ministre allemand des Affaires étrangères s’est lui aussi dit confiant quant à l’adoption de la décision – ce qui s’est effectivement produit.
Les Gardiens de la Révolution constituent un pilier central du système de sécurité iranien et opèrent parallèlement à l’armée régulière. Depuis leur création après la révolution islamique de 1979, ils sont chargés de protéger le régime des ayatollahs contre les menaces internes et externes. Au-delà de cela, par l’intermédiaire de la Force al-Qods – leur branche extérieure – ils sont responsables de la création et du soutien de réseaux terroristes à travers le Moyen-Orient, notamment le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et des milices en Syrie et en Irak.
Un diplomate occidental estime qu’environ 200 000 personnes servent dans les rangs des Gardiens de la Révolution. « C’est une véritable armée d’élite – disposant de capacités terrestres, navales et aériennes, mieux équipée et mieux financée que l’armée régulière iranienne », a-t-il déclaré. Au-delà du domaine sécuritaire, les Gardiens exercent également une influence décisive sur l’économie iranienne et possèdent de vastes conglomérats dans des secteurs stratégiques. « C’est un empire au sein de l’empire », a résumé un chercheur français.
La décision européenne a été prise un jour après que la France a annoncé son soutien à la mesure, malgré des inquiétudes initiales concernant le sort de citoyens européens détenus en Iran comme leviers de pression. Le ministre français des Affaires étrangères a souligné qu’au vu des crimes de la répression, il n’y avait plus lieu d’hésiter, appelant à la libération de milliers de prisonniers et à l’arrêt de la vague d’exécutions.
Parallèlement à cette annonce, l’Union européenne a fait savoir qu’elle imposait de nouvelles sanctions contre quinze hauts responsables iraniens, parmi lesquels le ministre de l’Intérieur, le chef de la police et le procureur général, ainsi que des commandants supérieurs des Gardiens de la Révolution. Ces sanctions comprennent une interdiction d’entrée sur le territoire de l’UE et le gel de leurs avoirs. En outre, six entités iraniennes ont été sanctionnées, dont des organismes chargés de la surveillance d’Internet, coupé durant les manifestations.
L’Iran a déjà averti que la décision européenne aurait des « conséquences dévastatrices », mais en Europe on a précisé que cette mesure constitue une réponse directe à la répression violente et aux activités terroristes du régime. Cela intervient dans un contexte de rumeurs croissantes sur une possible frappe américaine contre l’Iran, et sous la pression exercée par le président des États-Unis, Donald Trump, pour relancer des négociations sur un accord nucléaire – assorties de menaces explicites si Téhéran persiste dans son refus.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a salué la décision des ministres européens de qualifier les Gardiens de la Révolution iranienne d’organisation terroriste, la décrivant comme une « décision importante et historique ». Selon lui, il s’agit du fruit d’un effort diplomatique prolongé mené par Israël depuis des années, et intensifié ces dernières semaines, afin d’obtenir une reconnaissance internationale de la responsabilité des Gardiens dans la diffusion du terrorisme et la déstabilisation régionale.
Sa’ar a souligné que cette désignation donne pour la première fois un nom clair à l’acteur central de l’activité terroriste du régime iranien, et que, désormais, toute action des Gardiens de la Révolution en Europe deviendra illégale et pénalement répréhensible. Il a ajouté que cette mesure revêt une lourde signification économique pour le régime de Téhéran, les Gardiens contrôlant une part considérable de l’économie iranienne, de sorte que l’impact attendu sera large.
Le ministre a encore indiqué que la décision porte également un message moral et public important à destination des citoyens iraniens, et en particulier des femmes et des hommes du peuple iranien qui luttent pour leur liberté face à un régime oppressif et violent. Selon lui, cette déclaration constitue en elle-même un coup sévère porté à la légitimité internationale du régime iranien, et marque une atteinte significative à son image et à son statut sur la scène mondiale.
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