Le chiffrement quantique, bouclier stratégique israélien
Face à l’accélération des menaces numériques, la sécurité des données n’est plus seulement une question de protection immédiate, mais aussi d’anticipation stratégique. En Israël, cette réalité prend une dimension particulière avec l’émergence du concept « récolter maintenant, déchiffrer plus tard », une méthode utilisée par des acteurs étatiques et des groupes sophistiqués consistant à intercepter aujourd’hui des données chiffrées dans l’espoir de pouvoir les exploiter demain grâce aux avancées de l’informatique quantique.
Lors du festival de l’innovation Sparks à Tel-Aviv, Tal Inbar, vice-président du développement commercial et des partenariats stratégiques chez Heqa Security, a mis en garde contre cette menace croissante. Selon lui, des puissances hostiles, dont l’Iran, collectent déjà massivement des communications sensibles, misant sur le jour où les capacités de calcul quantique permettront de contourner les systèmes de chiffrement actuels. Dans ce contexte, le chiffrement quantique n’est plus perçu comme une technologie expérimentale, mais comme une composante essentielle de la défense nationale.
Le principe est simple mais redoutable : même si une information ne peut pas être déchiffrée aujourd’hui, elle conserve toute sa valeur stratégique si elle devient lisible demain. Cela concerne aussi bien les communications militaires que les données gouvernementales, financières ou industrielles. Pour Israël, dont l’économie et la sécurité reposent largement sur l’innovation technologique, ignorer ce risque reviendrait à exposer des décennies de secrets stratégiques.
Les débats ont également souligné que la réponse ne peut être uniquement technologique. Tal Inbar insiste sur la nécessité d’une réglementation adaptée, capable de favoriser une adoption responsable et rapide du chiffrement quantique à grande échelle. Israël dispose, selon lui, d’un atout rare : une combinaison de recherche scientifique de haut niveau, d’industries de défense civiles performantes et d’un environnement réglementaire capable d’évoluer rapidement.
Cette vision est partagée par Dorit Dor, cofondatrice du fonds Qbeat Ventures, qui rappelle que l’informatique quantique transforme déjà la manière de résoudre des problèmes complexes. Si les ordinateurs quantiques restent encore limités en taille et en stabilité, leur progression est rapide et leur potentiel d’impact sur la science, la sécurité et l’économie est considérable. Pour éviter un décrochage stratégique, Israël devra consentir des investissements durables, combinant capitaux privés, soutien public et excellence académique.
L’écosystème quantique israélien s’appuie déjà sur des universités reconnues, des start-up innovantes et des entrepreneurs expérimentés. Toutefois, selon Dor, ces forces doivent être soutenues par des fonds spécialisés capables de comprendre les cycles longs propres aux technologies quantiques, qui exigent patience et vision à long terme.
De son côté, Nir Minerbi, fondateur et PDG de Classiq, estime que l’avantage comparatif d’Israël réside autant dans les logiciels que dans le matériel. Il plaide pour le développement de solutions compatibles avec l’informatique quantique, capables de relier des machines encore expérimentales à des applications concrètes. Algorithmes, intégration aux systèmes existants et partenariats internationaux constituent, selon lui, la clé pour maintenir la compétitivité israélienne.
Dans un monde où les données d’aujourd’hui peuvent devenir les vulnérabilités de demain, le chiffrement quantique apparaît ainsi comme un pilier stratégique, à la croisée de la cybersécurité, de la souveraineté numérique et de la défense nationale.
Jérémie de Jforum.fr
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