Coupe du monde 2026 : « Personne ne prendra ce risque… » Pourquoi le boycott est une utopie (pour l’instant)

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Jouer ou ne pas jouer, telle est la question… Les provocations répétées de Donald Trump à l’égard de l’Europe, de l’Afrique et globalement du monde entier ont fait remonter l’idée d’un boycott de la Coupe du monde cet été. Le président des États-Unis s’imagine déjà bomber le torse, aux quatre coins du pays, devant des centaines de millions de téléspectateurs. Participer à « son » Mondial peut logiquement hérisser le poil, et certains pays commencent à se poser des questions.

L’art de botter en touche

Déjà le cul entre deux chaises avec la Coupe du monde 2022 au Qatar, l’Allemagne s’interroge encore. Près d’un Allemand sur deux serait favorable à un boycott selon un sondage (47 %). Le vice-président de la fédération nationale de football (DFB), Oke Göttlich, a lancé un pavé dans la mare en appelant à « discuter sérieusement de cette question ».

Selon le journal Bild, son président Bernd Neuendorf n’est pas sur la même longueur d’onde. Il aurait été « très agacé » par les déclarations de son collègue. Le gouvernement, qui essaie de composer tant bien que mal avec les menaces douanières du locataire de la Maison-Blanche et son appétit pour le Groenland, n’a pas souhaité se positionner en affirmant que cette décision relevait de la DFB.

En Norvège, la fédération avait organisé un congrès extraordinaire en 2021 pour voter sur un boycott du Mondial 2022 – les délégués avaient finalement décidé de voter contre à une nette majorité. Aujourd’hui, la présidente de la fédération Lise Klaveness a reconnu « de vives inquiétudes » face aux récents événements, en ajoutant que toute décision affectant la politique étrangère norvégienne était « de la responsabilité du gouvernement ». La prudence est aussi de mise au Danemark, premier pays concerné par le dossier groenlandais, alors que l’équipe nationale jouera sa qualification en mars.

Et la France ? Les autorités ont déjà tranché… et il ne se passera rien. « Pas de volonté de boycott » du côté de la ministre des Sports Marina Ferrari, ni du côté de la FFF. La cote d’une absence totale de prise de risque était à 1,01 : bingo. Le toujours très prudent Philippe Diallo ne veut surtout pas « mélanger la politique et le sport ». Il rappelle dans Ouest-France que le sport « est un lieu de rassemblement » et assure qu’il « n’y a aucune volonté de la part de la FFF de boycotter la Coupe du monde aux États-Unis ».

Donald Trump et son meilleur ami, le président de la FIFA, Gianni Infantino.
Donald Trump et son meilleur ami, le président de la FIFA, Gianni Infantino. - Chris Carlson/AP/SIPA

« Tout le monde ira »

Le débat a le mérite d’exister, nourri par les déclarations des élus politiques, les appels des ONG et les pétitions. Aux Pays-Bas, l’une d’elles a recueilli 150.000 signatures. Néanmoins, aucune fédération n’a affiché une détermination claire pour aller dans ce sens. On peut le comprendre : la Coupe du monde ne se joue que tous les quatre ans, et les places sont chères – même si c’est un peu moins le cas aujourd’hui avec le format élargi à 48 équipes.

Le ticket pour le Mondial ne se trouve pas dans une pochette-surprise, il faut aller le chercher avec les dents. En mars, la République démocratique du Congo jouera son 13e match depuis le début des qualifications. La Bolivie augmente les enchères avec potentiellement 20 matchs, et l’Irak fait encore plus fort avec un total de 21 rencontres depuis le début de sa campagne en novembre 2023. Imaginez un peu que vous sortiez d’un tel parcours du combattant pour que l’on vous dise finalement que vous ne jouerez pas pour des raisons extra-sportives…

« Participer à la Coupe du monde, c’est très compliqué. Les pays ne vont pas renoncer parce que Donald Trump a un comportement agressif. […] Quel que soit le comportement de Trump, les saillies racistes, les déclarations intempestives, les menaces, tout le monde ira », estime Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, sur son compte YouTube.

Se tirer une balle dans le pied

Un boycott isolé aurait un impact limité. Or, « nous sommes dans une ère de mondialisation, qui fait qu’il est fortement risqué d’utiliser le boycott, explique à 20 Minutes Eric Monnin, directeur du Centre d’études et de recherches olympiques universitaires (CEROU) et ambassadeur de l’université Marie et Louis Pasteur. Dans un monde interconnecté, boycotter, c’est se mettre en difficulté soi-même, se marginaliser par rapport aux ententes économiques, politiques, etc. Qui va prendre ce risque ? Personne. »

D’autant plus que le sujet divisera l’opinion publique. « Priver une population de cette Coupe du monde, c’est aussi se mettre à dos une frange de la population, reprend Eric Monnin. Regardez les JO de Paris, qui ont été un exutoire pour la population française et internationale. Pendant les Jeux, il n’y a plus de problème, tout va bien. Tout le monde attend avec impatience la Coupe du monde pour  »se donner la fête à soi-même » comme disent les sociologues. »

D’autant que les règles de la FIFA sont claires, un pays qui déserterait l’événement serait exclu des futures compétitions. » En 1996, le gouvernement du Nigeria avait refusé d’envoyer son équipe nationale à la CAN sur fond de tensions avec le pays hôte du tournoi, l’Afrique du Sud. La CAF avait suspendu les Super Eagles pour quatre ans, avec comme conséquence de les priver de la CAN 1998.

« Il vaut mieux participer et parler »

En revanche, « ne pas boycotter ne veut pas dire se taire », assure Pascal Boniface. « Il vaut mieux participer et parler, prendre position, que rester à la maison et se taire. » En 2022, l’Allemagne avait profité de la Coupe du monde pour pointer le non-respect des droits humains au Qatar, malgré les obstacles dressés par la FIFA, qui avait refusé le port d’un brassard One Love. Les Danois avaient également fait entendre leur voix.

« Sensibles » aux alertes des associations, les joueurs de l’équipe de France avaient quant à eux décidé de « soutenir les ONG qui œuvrent pour la protection des droits humains ». « En étant présent, il y a la possibilité d’envoyer des signes, qui montrent que le monde est en train de se réveiller, acquiesce Eric Monnin. Il ne faut surtout pas l’oublier, tout est politique. Le sport est un soft power, le sport est politique. » On suivra de près la conférence de presse de Kylian Mbappé au mois de mars, quand la question lui sera immanquablement posée.

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