Le nord-est syrien au bord du chaos

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Le nord-est syrien au bord du chaos

Le nord-est de la Syrie est entré dans une phase critique. Alors que les forces gouvernementales syriennes progressent au-delà de l’Euphrate, les Kurdes se préparent à ce qu’ils décrivent comme une menace existentielle. Face à l’avancée des troupes de Damas et de groupes armés islamistes alliés, les autorités kurdes appellent désormais à une intervention internationale urgente afin d’éviter un scénario de massacres à grande échelle.

À la tête de cet appel figure Îlham Ehmed, coprésidente du Conseil démocratique syrien et responsable diplomatique de facto de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, souvent désignée sous le nom de Rojava. Lors d’un point de presse, elle a affirmé que toute tentative des forces de Damas de pénétrer durablement dans les régions kurdes déclencherait une « résistance totale », ajoutant que la population était déjà mobilisée.

La crise actuelle n’est pas le fruit d’un événement isolé. Depuis la prise de contrôle de Damas par Hayat Tahrir al-Sham en décembre 2024, deux entités politiques incompatibles coexistent sur le territoire syrien. D’un côté, le gouvernement central dirigé par le président Ahmed Sharaa, ancien chef djihadiste connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Julani, qui cherche à imposer un pouvoir sunnite centralisé avec l’appui de la Turquie et le soutien politique du Qatar et de l’Arabie saoudite. De l’autre, l’administration kurde laïque et pro-occidentale, protégée jusqu’à récemment par une garantie sécuritaire tacite des États-Unis.

La tentative de compromis entre ces deux pôles s’est rapidement effondrée. Un accord prévoyant une intégration progressive de l’administration kurde dans l’État syrien a échoué sur la question du calendrier et du contrôle réel des forces armées. Dès lors que la protection américaine a semblé s’estomper, Damas a opté pour une solution militaire.

Sur le terrain, les conséquences ont été rapides. Après avoir franchi l’Euphrate, les forces gouvernementales ont repris le contrôle de Raqqa et de Deir ez-Zor, régions majoritairement arabes. Les structures locales affiliées aux Forces démocratiques syriennes s’y sont dissoutes ou ralliées à Damas. Les ressources énergétiques stratégiques de Deir ez-Zor sont désormais aux mains du pouvoir central, renforçant considérablement sa position.

La pression s’exerce désormais sur les zones à majorité kurde. La province d’Hassaké est menacée, tandis que la ville emblématique de Kobanî se retrouve encerclée sur plusieurs axes, la frontière turque fermée constituant le dernier verrou. Les autorités kurdes y ont décrété une mobilisation générale.

Les accusations formulées par Îlham Ehmed sont particulièrement graves. Elle affirme que des exactions systématiques ont été commises par des groupes djihadistes opérant aux côtés des forces de Damas : profanations de corps, tortures de prisonnières et exécutions de femmes combattantes ou civiles. Des images diffusées en ligne, revendiquées par leurs auteurs, alimentent la crainte d’un retour en force de méthodes associées à l’État islamique, pourtant vaincu militairement en 2019 par les FDS avec le soutien occidental.

Dix ans après avoir joué un rôle central dans l’élimination du « califat », les Kurdes syriens se retrouvent ainsi confrontés à une nouvelle offensive djihadiste, cette fois menée sous l’autorité d’un gouvernement syrien reconnu internationalement. L’enjeu immédiat est désormais de savoir si la reconquête du nord-est par Damas peut se faire sans basculer dans une spirale de violences massives, dont les civils kurdes feraient une nouvelle fois les frais.

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