Guerre économique : Et si les Etats-Unis coupaient l’accès à Visa et MasterCard, comment l’Europe s’en sortirait-elle ?

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La relation entre les Européens et les Etats-Unis va de mal en pis. A propos du Groenland, que le président des Etats-Unis veut voir devenir américain, Donald Trump menace de surtaxes douanières les pays qui s’y opposeraient, dont la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Quant au refus d’Emmanuel Macron de rejoindre son « Conseil de paix », le dirigeant républicain a répondu en menaçant, d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français. Si les taxes douanières représentent un moyen de rétorsion favori, elles ne sont pas les seules dans les mains de l’ancien allié.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les États‑Unis ont multiplié les sanctions individuelles, principalement via l’Office for Foreign Assets Control (OFAC), une agence du département du Trésor des États-Unis. Visé par ces sanctions, le juge français de la Cour pénale internationale (CPI) Nicolas Guillou, impliqué dans le dossier du mandat d’arrêt visant le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a témoigné en octobre des difficultés auxquelles il était confronté dans sa vie quotidienne. « Ces sanctions […] interdisent à toute personne physique ou morale américaine, y compris leurs filiales à l’étranger, de fournir des services à une personne sous sanctions, que ce soit à titre onéreux ou à titre gratuit », expliquait-il.

Visa et MasterCard représentent 69 % des transactions par carte en zone euro

Ainsi, les comptes de ce juge auprès d’« entreprises américaines sont fermés », comme « Airbnb, Amazon, Paypal », et « les paiements sont la plupart du temps supprimés ». La raison tient en ce que les entreprises américaines Visa et MasterCard représentent 69 % des transactions par carte en zone euro, selon la Banque de France. Quant aux solutions de paiements Apple pay et Google Pay, elles sont aussi américaines.

En cas de rétorsion contre les Européens, les Etats-Unis pourraient-ils décider de couper les services de Visa et MasterCard aux Européens, comme cela a pu être fait pour Nicolas Guillou ? « Non seulement c’est techniquement possible, mais c’est aussi très simple, rapporte Joël‑Alexis Bialkiewicz, président de DeluPay et expert des infrastructures de paiement en France. Visa et Mastercard étant soumises au droit américain, si demain l’OFAC décide de sanctionner un pays ou toute l’Union européenne, ces réseaux devront obéir. On l’a vu notamment avec l’Iran. Des entreprises européennes parfaitement légales au regard du droit européen ont été coupées des réseaux de paiement américains, du jour au lendemain ».

Dépendance européenne aux systèmes de paiements américains

Une telle mesure serait économiquement désastreuse, engendrant des perturbations économiques majeures. Elles affecteraient les consommateurs, mais plus largement les entreprises et les systèmes financiers de part et d’autre de l’Atlantique. « Ce serait économiquement douloureux pour les États-Unis, mais sans commune mesure avec le coût pour l’Europe », selon Joël‑Alexis Bialkiewicz, qui évoque une « asymétrie totale » dans les relations transatlantiques, au profit des Etats-Unis.

Si le scénario d’une coupure est aujourd’hui hypothétique, il illustre la dépendance européenne aux systèmes de paiements américains. Car 25 ans après l’introduction de la monnaie unique, une solution numérique de paiement paneuropéenne et souveraine reste à construire. L’alternative la plus avancée, aujourd’hui, est Wero, un portefeuille de paiement numérique paneuropéen basé sur les virements instantanés SEPA développé par l’European Payments Initiative (EPI), un consortium de banques européennes. Utilisable en magasin, en ligne et entre particuliers, elle fonctionne dans l’Union européenne et est indépendante de Visa et MasterCard. Selon Martina Weimert, la patronne de la société chargée du développement de Wero, European Payments Initiative (EPI), Wero comptait à la mi-2025 en France « 15,9 millions » d’utilisateurs actifs, c’est-à-dire ayant déjà utilisé le service, « 2,3 millions » de clients en Allemagne et « proche de 7 millions » en Belgique. Reste que son déploiement est lent à l’échelle européenne, et l’acceptation des commerçants est encore limitée. « Wero n’est pas encore au point pour les paiements, contrairement à DeluPay, indique Joël‑Alexis Bialkiewicz. Si nous avons quelques milliers d’utilisateurs aujourd’hui en France, notre solution est capable, demain, de traiter des centaines de milliers, voire des milliards de transactions dans toute l’Europe ».

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Quant à l’euro numérique, soutenu par la Banque centrale européenne, le cadre législatif de la version dématérialisée des pièces et des billets fait actuellement l’objet d’un débat au Conseil et au Parlement européen. La finalisation du projet de règlement est attendue courant 2026. Il devrait permettre des transferts d’argent entre particuliers ainsi que les paiements par téléphone et par carte chez les commerçants et en ligne. Fonctionnant également « hors-ligne », son plafond serait, selon les discussions en cours, de 3.000 euros. Mais la mise en circulation de l’euro numérique n’interviendrait pas avant 2028. Un temps infini, au regard des déclarations menaçantes quasi quotidiennes des Etats-Unis.

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