Le halal n’en finit plus de faire parler de lui. Alors que l’enseigne de restauration rapide KFC vient d’annoncer le lancement, le 21 janvier prochain, d’une offre halal dans 24 de ses 404 restaurants français, une campagne vidéo du magasin Carrefour Sartrouville, a, elle, mal tourné. Après l’annonce, dans une vidéo publiée sur TikTok, de l’ouverture d’un nouveau service de boucherie halal dans ce magasin des Yvelines, l’enseigne a été la cible d’une salve de commentaires haineux, racistes et mensongers sur les réseaux sociaux.
« Une folie absolue » s’insurge un internaute avant de crier à une « perte de notre identité », quand un autre évoque une « islamisation de la France », et qu’un dernier appelle carrément au boycott de l’enseigne de grande distribution. Face à ce déferlement, la vidéo du magasin, publiée le 17 janvier sur le réseau social chinois, n’est désormais plus disponible.
Pourtant, Carrefour s’est lancé sur le marché du halal depuis bien longtemps. Un marché tout à fait légal, encadré par plusieurs certifications et une législation française et européenne stricte sur l’abattage. Et dans lequel plusieurs autres grandes enseignes se sont également engouffrées.
FAKE OFF
Certifiée, en France, par plusieurs organismes français et européens, la viande halal est arrivée dans les rayons de l’enseigne Carrefour en 2010 avec le lancement de sa propre marque, « Carrefour halal ». Et elle n’est pas la seule. Le groupe Casino, qui détient notamment Franprix, Monoprix et Naturalia, l’avait précédé un an plus tôt, en lançant la sienne, baptisée Wassila.
Si au début, les deux enseignes ne comptaient que quelques produits « tests », la gamme s’est très vite élargie, la grande distribution y voyant un nouveau marché économiquement porteur sur lequel se positionner. En 2016, un rapport sénatorial sur « l’organisation et le financement de l’Islam en France » estimait le marché global du halal dans l’Hexagone entre 4 et 6 milliards d’euros. Suffisant pour que les principaux acteurs de la grande distribution s’y intéressent, mais pas sans quelques règles.
L’abattage « rituel » encadré par une directive
En France, aucun chiffre officiel n’a, pour l’heure, été publié par le gouvernement, en raison de l’aspect religieux de la pratique. Les certifications permettant aux marques d’obtenir un « label » halal sont, en effet, délivrées par des mosquées, notamment celles de Paris, d’Ivry Courcouronnes et de Lyon.
Depuis 2009 néanmoins, la pratique de « l’abattage rituel » indispensable à cette « labélisation » est strictement encadrée par une directive européenne. En temps normal, si les abattoirs sont tenus de respecter une obligation d’étourdissement de l’animal avant sa mise à mort, une dérogation a été créée en cas d’abattage rituel, visant à « respecter la liberté de religion et le droit de manifester sa religion ou ses convictions par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites, tel que le prévoit l’article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne », précise le texte. Sans cette dérogation, interdiction pour les abattoirs de pratiquer l’abattage rituel. Ils sont néanmoins de plus en plus nombreux à la demander.
L’association d’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), qui dénonce depuis de nombreuses années l’absence de mention sur le mode d’abattage des viandes commercialisées, met régulièrement à jour les chiffres concernant le nombre d’abattoirs ayant obtenu cette dérogation en France. Ainsi, en 2021, 34 % de l’ensemble des abattoirs de l’Hexagone étaient autorisés à effectuer des abattages rituels. En octobre 2025, sur les 187 abattoirs de boucherie (hors porcs) agréés par les services du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ils sont « entre 45 % et 60 % » à avoir obtenu une dérogation « pour pratiquer un abattage sans étourdissement sur au moins une espèce, afin de répondre aux demandes de viandes halal ou kasher », écrit l’OABA.
Une demande consommateur plus forte
Pour autant, si le marché de la viande halal a très largement augmenté ces dernières années, il ne représente qu’une part infime des ventes des principales enseignes de supermarchés et d’hypermarchés française.
Un document transmis à 20 Minutes par l’institut Circana, spécialisé dans l’analyse de la consommation dans les secteurs de la grande distribution, montre une légère augmentation « des volumes, tous produits confondus, de 0,9 %, en 2025, en grande distribution ». Dans le détail, le jambon halal, qui ne représente pourtant que 16,8 % des différents jambons vendus en grande surface, observe une augmentation de 15,2 % de ses ventes, tandis que la charcuterie de volaille qui représente, elle, 69,3 % de ce type de produits a augmenté de 3,3 %.
« Les produits halal sont donc un pan très dynamique de la consommation à la fois car l’offre produite s’étoffe en magasin, mais également car la demande consommateur est forte », nous précise-t-on, chez Circana. Un communiqué du ministère de l’Agriculture portant sur les comportements alimentaires en 2025, relativise, cependant, la tendance et précise que « le marché du halal (viande, plats préparés, confiserie, etc.) pèserait jusqu’à 3,5 % du chiffre d’affaires des entreprises françaises dans le secteur alimentaire, mais seulement 0,14 % des ventes de produits alimentaires réalisées en GMS ».
Malgré une légère augmentation, la France reste donc très loin d’une « islamisation » via les rayons de la grande distribution.
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