Conseil de paix pour Gaza : un accueil glacial des capitales

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Conseil de paix pour Gaza : un accueil glacial des capitales

Les invitations envoyées par Donald Trump à une soixantaine de capitales pour rejoindre un « Conseil de la paix » élargi, initialement centré sur Gaza, ont provoqué une réaction mêlant prudence et inquiétude parmi les dirigeants mondiaux. Derrière l’ambition affichée de créer un organe international plus efficace, de nombreux diplomates redoutent un affaiblissement du rôle central des Nations Unies, déjà fragilisées par les divisions géopolitiques actuelles.

Selon le projet de charte circulant dans les chancelleries, ce Conseil serait présidé à vie par Trump et commencerait ses travaux par la supervision du dossier de Gaza avant d’élargir son champ à d’autres conflits. Les États membres se verraient accorder des mandats limités à trois ans, sauf contribution financière exceptionnelle dépassant le milliard de dollars, ouvrant alors la voie à une présence durable. La Maison Blanche présente cette architecture comme un mécanisme incitatif, destiné à attirer des pays « profondément engagés » en faveur de la stabilité mondiale.

À ce stade, seule la Hongrie du Premier ministre Viktor Orbán a officiellement accepté l’invitation, revendiquant une approche pragmatique face aux échecs répétés des structures multilatérales classiques. D’autres gouvernements, notamment en Europe occidentale, se montrent beaucoup plus réservés. En Italie, Giorgia Meloni a évoqué la volonté de « faire sa part », sans préciser si cet engagement concernait spécifiquement Gaza ou une conception plus large de la paix internationale. Au Canada, le Premier ministre Mark Carney a donné un accord de principe, tout en soulignant que les modalités restaient floues.

L’usage du terme « charte » dans les documents transmis a suscité de vives interrogations. Plusieurs diplomates européens y voient l’esquisse d’une structure concurrente à l’ONU, voire une « ONU alternative » façonnée selon la vision de Trump. Certains craignent que ce nouveau cadre n’entre en collision directe avec les principes fondateurs de l’organisation internationale, déjà mise à l’épreuve par les vetos et abstentions au Conseil de sécurité, notamment sur le dossier de Gaza où la Russie et la Chine ont refusé d’accorder un rôle renforcé aux Nations Unies au-delà de 2027.

Du côté de l’ONU, le discours officiel reste mesuré. Le secrétaire général António Guterres rappelle que les États sont libres de s’associer dans des formats variés, tout en affirmant que les Nations Unies poursuivront leur mandat. La présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, a toutefois averti qu’affaiblir l’unique institution disposant d’une légitimité morale et juridique universelle pourrait ramener le monde vers des périodes de grande instabilité.

Le projet de Trump s’inscrit dans une défiance ancienne à l’égard du multilatéralisme. L’ancien président a souvent critiqué le coût et l’efficacité de l’ONU, alors même que les États-Unis restent son principal contributeur financier et accusent aujourd’hui d’importants arriérés. En parallèle, la Maison Blanche a dévoilé une liste de membres fondateurs du futur Conseil des gouverneurs, incluant Marco Rubio, Steve Witkoff, Jared Kushner et Tony Blair, un choix qui alimente déjà les controverses.

Sur le terrain, le plan prévoit qu’une administration technocratique palestinienne, supervisée par un conseil international, pilote la gouvernance de Gaza durant une phase transitoire. Hamas et Israël ont donné leur accord de principe, même si le gouvernement de Benjamin Netanyahu a fait savoir que certains aspects, notamment la composition d’un conseil exécutif incluant la Turquie et le Qatar, n’avaient pas été discutés en amont. Cette initiative, que Trump présente comme le prélude à un rôle de pacificateur mondial, continue ainsi de diviser, entre promesse d’efficacité et crainte d’un bouleversement durable de l’ordre international.

Jérémie de Jforum.fr

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