Le mystère du falafel du 18 janvier
Chaque 18 janvier, un geste simple réunit des millions d’Israéliens : manger un falafel. Derrière cette habitude devenue nationale se cache une histoire profondément marquée par la mémoire de la Shoah, la survie et la reconstruction. Baptisée « opération Dougo », cette journée commémorative mêle souvenir individuel et identité collective, transformant un aliment populaire en symbole de résilience.
À l’origine de cette tradition se trouve David Leitner, surnommé Dougo. Né en Hongrie en 1930, il est déporté à l’âge de 14 ans à Auschwitz avec sa famille en 1944. Séparé des siens, il survit dans des conditions extrêmes. Le 18 janvier 1945, il est contraint de participer à l’une des marches de la mort organisées par les nazis lors de l’évacuation du camp. Épuisé, affamé, proche de l’effondrement, il puise alors une force inattendue dans un souvenir d’enfance.
Sa mère, Golda, lui racontait qu’en Eretz Israël existaient de petits pains ronds qui poussaient sur les arbres. Cette image presque irréelle, associée à une terre de promesse et d’abondance, lui permet de continuer à avancer. Dougo survivra à la marche et à la guerre. Après la Shoah, il fera son alya et participera à la fondation du mochav Nir Galim, près d’Ashdod, incarnant cette reconstruction personnelle et nationale.
Peu après son arrivée en Israël, une scène du quotidien donne corps à la métaphore maternelle. En se promenant au marché Mahane Yehuda, à Jérusalem, Dougo découvre des boulettes de falafel dorées, rondes et abondantes. Il y voit l’écho concret du récit de sa mère. Dès lors, il prend une décision intime : chaque 18 janvier, il mangera autant de falafels que possible pour célébrer trois choses essentielles — sa survie, la fin de la faim et l’accomplissement du rêve familial de vivre en Israël. Il racontait avec humour que, dans sa jeunesse, il pouvait en manger plus de trois à lui seul.
En 2016, cette tradition personnelle change d’échelle. L’institut éducatif pour le souvenir de la Shoah de Nir Galim lance officiellement « l’opération Dougo », invitant l’ensemble de la population à manger un falafel le 18 janvier. Le geste se diffuse rapidement dans tout le pays. Écoles, bases militaires, ministères, prisons, lieux de travail, ambassades et mouvements de jeunesse s’approprient cette initiative. Sur les réseaux sociaux, les participants publient des photos accompagnées de la formule « Am Israël Haï ».
La portée symbolique de l’événement attire également les plus hautes autorités. En 2019, le président Reuven Rivlin y prend part. En 2020, le chef d’état-major Aviv Kochavi diffuse à son tour une image marquant son soutien. En 2023, la ministre Orit Struck invite Dougo à la Knesset, où ils partagent un falafel avec plusieurs députés. Ce sera la dernière participation publique de David Leitner, décédé quelques mois plus tard à l’âge de 93 ans.
En 2025, la tradition s’est poursuivie. Le président de la Knesset, Amir Ohana, et le député d’opposition Michael Biton ont servi ensemble des falafels, au-delà des clivages politiques, en hommage à Dougo. Un geste simple, devenu rituel national, rappelant que la mémoire peut aussi se transmettre par la vie quotidienne.
Jérémie de Jforum.fr
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