En 1910, lorsque David Ben Gourion se rendit à Thessalonique, il ne faisait pas du tourisme. Il voulait savoir si les petites nations pouvaient réellement s’autogérer. Ce qu’il découvrit le laissa sans voix.
Chaque samedi, la ville s’arrêtait. Pas à cause d’une loi, mais parce que les travailleurs, principalement juifs, choisissaient de respecter le Shabbat. Les dockers étaient juifs. Les commerçants étaient juifs. Les panneaux étaient en ladino, la langue judéo-espagnole des Juifs séfarades. Les synagogues n’étaient pas cachées, elles remplissaient des quartiers entiers. La ville était un modèle de culture juive vivante.

Ben Gourion réalisa alors que l’État juif n’était pas un rêve. Il en voyait un aperçu à Thessalonique.
Surnommée la « Mère d’Israël » et la « Jérusalem des Balkans », Thessalonique fut pendant plus de trois siècles la plus grande ville juive séfarade au monde et la seule grande ville européenne où les Juifs étaient majoritaires.
Les Juifs constituaient 68 % de la population en 1613. Ce n’était pas de l’histoire ancienne. C’était l’Europe du XXe siècle. Une ville où la culture juive ne survivait pas seulement, elle dominait.
Puis, en 1943, en cinq mois, tout fut effacé.
Lorsque l’Espagne expulsa ses Juifs en 1492, des milliers de réfugiés fuirent, et beaucoup trouvèrent refuge à Thessalonique, sous le règne de l’Empire ottoman. Le sultan Bayezid II les accueillit chaleureusement, voyant dans leur savoir-faire une richesse précieuse.
Les Juifs transformèrent Thessalonique: ils ouvrirent la première imprimerie de la ville et fondèrent 42 synagogues, chacune portant le nom de la ville d’origine.
La ville devint un centre commercial prospère. Les Juifs y étaient des marchands, des artisans, des banquiers. En 1519, ils étaient déjà la majorité, et en 1613, près de 70 %.
Sous la domination ottomane, les Juifs s’autogéraient : leurs tribunaux traitaient les affaires civiles, et les rabbins supervisaient l’éducation et le droit.
Au XIXe siècle, des industriels juifs propulsèrent la modernisation de la ville.
Mais tout changea en 1912, lorsque la Grèce prit le contrôle de Thessalonique. Les Juifs, qui avaient vécu sous l’Empire ottoman, devinrent des étrangers sous le nationalisme grec.
Le grand incendie de 1917 détruisit un tiers de la ville, y compris de nombreuses synagogues et archives communautaires.
En 1941, les nazis arrivèrent. Ils spolièrent les Juifs, les envoyèrent au travail forcé, et en mars 1943, 46 000 Juifs furent déportés à Auschwitz.
Le massacre fut total : 96 % de la population juive fut exterminée.
Aujourd’hui, moins de 2 000 Juifs vivent dans une ville de plus de 800 000 habitants.
Leurs synagogues sont en ruines, et les bâtiments ont été remplacés par des églises et des tavernes. Mais les survivants se battent pour que le monde n’oublie pas.

Sources :
National Archives
Harvard Business School
JForum.fr
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